(Columbus) Martin St-Louis dit qu’il s’attarde à corriger les tendances, et non pas les erreurs circonstancielles, dans son approche avec ses joueurs.

Il sera intéressant de voir si ce raisonnement s’appliquera aux gardiens, car au terme du premier quart de la saison, une tendance nette se dégage : Samuel Montembeault offre les meilleures performances devant le filet du Canadien.

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Mercredi, il a réalisé 30 arrêts face aux Blue Jackets, dans une victoire de 3-1 du Tricolore. Un peu comme pour montrer que son faux pas de la semaine dernière, dans une défaite de 6-4 ici même, n’était justement qu’une erreur de parcours.

« Surtout quand le canon te pète six fois dans les oreilles, c’est dur de l’oublier !, a lancé Montembeault. Ça a vraiment été un bon match ce soir et je suis content de repartir avec la victoire. »

St-Louis, puisqu’on en parle, a d’ailleurs livré une réponse révélatrice d’entrée de jeu à son point de presse d’après-match : « Je pense que un, c’est Samuel Montembeault. » Autrement dit, cette victoire a d’abord été possible grâce au travail du gardien.

Il n’a pas tort. On doute que défensivement, le CH soit arrivé en Ohio avec la confiance au plafond. Cette équipe venait de se faire détruire par Buffalo, et avait accordé 26 buts à ses 5 sorties précédentes.

À savoir si la performance de Montembeault bousculera ses plans pour vendredi à Chicago, St-Louis n’a pas voulu s’avancer. « On a des plans », a-t-il rappelé, précisant que « les performances » peuvent parfois changer la donne. « Mais pour ce soir, on va savourer la victoire. »

Soit. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas tant le match de vendredi qui est intéressant, que le partage général des tâches. Jusqu’ici, Allen dispute essentiellement deux matchs sur trois, et c’est cette proportion qui sera intéressante à surveiller.

Sauf que St-Louis a recours aux statistiques dans sa prise de décisions. Que disent-elles ? Que Montembeault a l’avantage sur Jake Allen jusqu’ici.

Indicateurs de Samuel Montembeault

  • Fiche : 4-2-1
  • Moyenne : 2,57
  • Soutien offensif : 2,86 buts par match
  • Efficacité (toutes situations) : ,922
  • Efficacité à forces égales : ,919
  • Efficacité en désavantage numérique : ,917

Indicateurs de Jake Allen

  • Fiche : 6-7-0
  • Moyenne : 3,61
  • Soutien offensif : 2,84 buts par match
  • Efficacité (toutes situations) : ,891
  • Efficacité à forces égales : ,888
  • Efficacité en désavantage numérique : ,884

Si on voulait rajouter une couche, on préciserait que c’est Montembeault qui a été désigné les trois fois que le Tricolore disputait un deuxième match en 24 heures, comme c’était d’ailleurs le cas mercredi. Montréal a remporté deux de ces trois matchs.

Ces chiffres ne signifient pas que Montembeault est devenu un gardien numéro 1 dans la LNH ; il faut un échantillon plus représentatif que sept matchs pour tirer une telle conclusion. Mais entre lui et Allen, il n’y a pas photo cette saison, comme on dit au Tour de France.

« Monty a été excellent toute la saison. Chaque fois qu’il est devant le filet, il nous donne de la confiance et il fait des arrêts au bon moment. C’est tout ce que tu demandes d’un gardien », a résumé l’attaquant Kirby Dach.

Un pansement ?

Le héros de la soirée avait le triomphe modeste. « Je voyais bien la rondelle ce soir, et d’après moi, Savard aussi, parce qu’il a autant d’arrêts que moi ! »

Montembeault parle ici de David Savard, qui a terminé sa soirée avec six rondelles bloquées à sa fiche. Comme il le fait soir après soir.

PHOTO JAY LAPRETE, ASSOCIATED PRESS

David Savard célèbre son but marqué en troisième période.

Le Canadien a certes été meilleur que ce qu’il a montré dernièrement, mais le fait est qu’il a battu une équipe de bas de classement qui est privée du tiers de son effectif habituel en raison des blessés, parmi lesquels on retrouve Zach Werenski, un des très bons défenseurs de la LNH.

Selon Natural Stat Trick, les Jackets ont tout de même eu l’avantage 6-3 aux chances de marquer de grande qualité à 5 contre 5. C’est en deuxième période que les Montréalais ont été les plus généreux, permettant non pas une, mais deux échappées en 15 secondes à Mathieu Olivier et Gustav Nyquist.

« Ça donne de l’énergie à l’équipe, ça aide le coach à respirer, a expliqué St-Louis. Les gardiens, ça met des pansements sur les plaies, des fois. »

En effet, St-Louis doit surtout voir l’arbre derrière la forêt et se demander si la bonne tenue de son gardien ne sert pas de « pansement » aux travers collectifs de son club. Cette réponse ne viendra peut-être pas vendredi, puisque le Canadien a rendez-vous avec une des pires attaques de la LNH à Chicago.

En hausse : Sean Monahan

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Sean Monahan

Au sein d’un trio que Martin St-Louis a qualifié de « pesant », avec Joel Armia et Josh Anderson, Monahan a gagné 65 % de ses mises au jeu et a connu une bonne soirée. Il n’a pas volé son but dans un filet désert.

En baisse : Evgenii Dadonov

PHOTO JAY LAPRETE, ASSOCIATED PRESS

Evgenii Dadonov devant Joonas Korpisalo

Il a souvent eu la rondelle sur sa palette, mais il finissait généralement en la redonnant à l’adversaire.

Le chiffre du match : 1

Pour la première fois de la saison, Joel Armia était sur la patinoire pour un but du Canadien. C’était peut-être dans un filet désert, mais on doute que le Finlandais s’en plaigne.

Dans le détail

La fin d’une époque

Comme les toasts et les avocats, Kaiden Guhle et David Savard étaient inséparables depuis le début de l’année. Les deux gaillards avaient disputé les 19 premiers matchs de la saison ensemble, jusqu’à ce que St-Louis les sépare pour ce duel contre les Blue Jackets. Guhle est toujours jumelé à un vétéran-Joel Edmundson-mais il joue maintenant à droite. La recrue s’est plutôt bien défendue pour cette première affectation sur son côté opposé. Savard, lui, est maintenant jumelé au très fluide Mike Matheson. Ce dernier se débrouillait fort bien jusqu’à son revirement, tôt en troisième période, qui a mené au but de Mathieu Olivier. Matheson jouait effectivement comme il le fait quand il est dans ses meilleures dispositions, soit en se servant de son coup de patin pour échapper à la pression. Il l’a fait à quelques reprises en première période. Matheson en était seulement à un troisième match cette saison, donc il faudra attendre quelques duels avant de le voir au sommet de son art.

Le choc des quatrièmes trios

Décidément, Mathieu Olivier prend goût à affronter le Canadien. Pour un deuxième match de suite, l’homme fort a touché la cible contre le Bleu-Blanc-Rouge. En fait, ses deux seuls buts de la saison ont été enfilés contre Montréal. Comme la semaine dernière, il a de nouveau marqué d’un bon tir des poignets, cette fois du côté rapproché. Il doit une fière chandelle à l’autre ailier au sein de son trio, Eric Robinson, qui a exercé la pression sur Matheson afin de provoquer le revirement. C’était une récompense bien méritée pour le quatrième trio des Jackets, qui a connu une bonne soirée. Le quatrième trio du CH a également marqué, quand Arber Xhekaj a touché la cible sur une passe de Jake Evans. C’était seulement un deuxième point cette saison pour Evans, à l’opposé du quatrième centre de Columbus, Sean Kuraly, qui totalise déjà six buts.

Des spectateurs en congé…

Les Blue Jackets ont attiré plus de 16 000 spectateurs par match en moyenne lors des quatre dernières saisons, mais cette séquence sera vraisemblablement menacée. Avant la rencontre, leur moyenne était de 15 800, dans un aréna de 18 000 sièges, et on vous confirme qu’il y avait pas mal plus que 2200 bancs vides pour ce match. Même dans le bol inférieur, de larges sections dans les coins étaient vides. Le chiffre officiel : 14 197. Les collègues estiment que le congé de l’Action de grâce n’est pas à l’origine de cette modeste foule, puisque l’horaire est généralement favorable aux familles. Le mauvais début de saison de l’équipe (trois victoires dans les 12 premiers matchs), par contre, n’a sans doute pas aidé. Les Blue Jackets ont attiré 18 000 spectateurs seulement trois fois cette saison : lors du match d’ouverture, puis contre les Red Wings de Detroit et les Penguins de Pittsburgh, deux équipes qui sont à trois heures de route d’ici. Au moins, la soirée rétro, où les clins d’œil aux années 1990 et 2000 foisonnaient, a donné lieu à une bonne ambiance pendant les arrêts de jeu.

Ils ont dit

En tant que groupe, on a décidé qu’il fallait être meilleurs défensivement. On en est tous capables et on savait que contre Buffalo, ce n’était même pas proche de ce qu’on peut faire.

Kirby Dach

Ça nous a donné du momentum, mais il fallait aussi se réveiller. C’était des inattentions avec un gars derrière nous, il ne faut pas que ça arrive trop souvent. Monty a fait deux gros arrêts coup sur coup.

David Savard

C’est chanceux, mais j’étais à la bonne place au bon moment. C’est toujours le fun d’avoir un bon match contre ton ancienne équipe. C’est juste un plus que la rondelle ait dévié sur moi.

David Savard

Ça a été une game beaucoup plus simple. Je suis content qu’on a joué le match qui était devant nous et pas essayer d’inventer le jeu.

Martin St-Louis