Il y a trois ans, Sean Monahan n’était pas que l’un des meilleurs joueurs des Flames de Calgary. Il était l’un des meilleurs de la LNH.

Mis à jour le 18 août
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

De 2014-2015 à 2018-2019, l’attaquant a terminé au 24e rang des pointeurs du circuit, devant Evgeny Kuznetsov, Aleksander Barkov et Artemi Panarin, entre autres. Seulement 12 patineurs ont marqué plus de buts que lui dans l’intervalle.

Pourtant, ce n’est pas le Canadien qui a cédé un choix de premier tour pour l’acquérir, jeudi. Ce sont les Flames qui ont payé cher pour se débarrasser de lui.

La seule composition de cette transaction trahit à quel point la carrière de Monahan est en déclin. Depuis ses 82 points de 2018-2019, sa production dégringole à vue d’œil : seulement 23 points, dont 8 buts, en 65 matchs la saison dernière. Rien, en somme, qui ne justifie les 6,375 millions qu’il empoche annuellement en vertu d’un contrat qui se terminera en 2023.

À Calgary, ce joueur à caractère strictement offensif n’a jamais été sur la même longueur d’onde que Darryl Sutter, entraîneur-chef reconnu pour son obsession du jeu défensif. La saison dernière, il a rendu un différentiel de -15, de loin le pire chez les Flames, l’un des clubs qui ont accordé le moins de buts de toute la ligue. En mars dernier, il a été rayé deux fois de la formation.

Ses deux dernières campagnes, par ailleurs, se sont conclues par des opérations aux hanches, des interventions majeures qui nécessitent de longues et douloureuses périodes de rééducation. Parlez-en à Paul Byron, qui a raté la majorité des matchs du CH la saison dernière et qui devrait s’absenter de nouveau l’automne prochain.

Le premier à être conscient de la situation, c’est évidemment Monahan lui-même. Son nom est lié à toutes sortes de rumeurs depuis des mois, si bien qu’on ne doute pas de son honnêteté lorsqu’il dit à quel point il est « emballé » par le « nouveau départ » qui s’offre à lui chez le Canadien.

« J’ai beaucoup de choses à prouver », a-t-il admis lors d’un point de presse virtuel organisé par le CH, tard jeudi soir.

« Je veux surtout me les prouver à moi-même, a-t-il renchéri. Je sais que je suis un excellent joueur, mais la route a été cahoteuse. Toutes ces blessures pèsent lourd, mentalement. »

À l’entendre parler, on comprend qu’au cours des dernières années, même lorsqu’il était prétendument « en santé », Monahan n’était pas au sommet de sa forme.

« Tu apprends à vivre avec ça, dit-il. J’aurais dû [subir ces opérations] il y a longtemps, c’était mon choix de jouer malgré tout. »

Il a aujourd’hui décidé de se « prioriser ». Quatre mois après sa dernière opération, le voilà sur la glace quatre fois par semaine. Il souhaite participer au camp d’entraînement du Canadien « dès le premier jour », mais avertit d’emblée que s’il sent que quelque chose cloche, il ne précipitera rien. Il a suffisamment joué en dépit de la douleur, et il veut à tout prix éviter les régressions. Ceci dans le but de démontrer que ce n’est pas par hasard s’il a été choisi au 6e rang du repêchage de 2013 et s’il a déjà été considéré comme l’un des marqueurs les plus redoutés du circuit.

« Je me sens à nouveau moi-même, a-t-il assuré. Je travaille dur, je me sens bien. C’est un bon sentiment. »

« Un très bon joueur »

Même si son point de presse a été assombri par les nouvelles peu reluisantes concernant l’état de santé de Carey Price, le directeur général du Canadien, Kent Hughes, semblait évidemment satisfait de sa dernière acquisition.

Sur le plan financier, il a fait une fleur aux Flames en acceptant un lourd contrat. Le DG s’en tire tout de même avec un choix de premier tour et avec un joueur dont les performances ne peuvent aller que vers le haut. À 27 ans, Monahan a encore beaucoup de hockey devant lui et pourrait se trouver une niche à Montréal s’il y retrouvait ses repères. Une bonne récolte offensive pourrait aussi en faire une monnaie d’échange intéressante à la date limite des transactions.

Avant tout, Hughes rappelle qu’il a mis la main sur « un très bon joueur de hockey ».

Bien que l’Ontarien soit identifié comme un joueur de centre, il ne semble pas clair pour Hughes s’il se destine à cette position ou à l’aile. S’il se retrouvait au centre, il rejoindrait Nick Suzuki, Christian Dvorak, Kirby Dach et Jake Evans, complétant un groupe « fort » dont il serait le doyen.

« Je crois fermement que pour connaître du succès, les équipes doivent avoir une présence imposante au centre de la glace », a ajouté Hughes.

La décision sur la manière de l’utiliser reviendra toutefois à l’entraîneur-chef Martin St-Louis, a-t-il rappelé.

Dans tous les cas, l’organisation a espoir de voir renaître le joueur qu’il a déjà été. Et non celui qui disputait régulièrement moins de 12 minutes par match l’hiver dernier.