(Québec) Max Pacioretty a-t-il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas chez les Golden Knights de Vegas ? Ou ses propos ont-ils été simplement mal interprétés ?

Mis à jour le 10 août
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Difficile de se positionner pour l’instant. Les déclarations du numéro 67, échangé il y a quelques semaines aux Hurricanes de la Caroline, ont néanmoins causé un effet certain sur trois ex-coéquipiers.

Croisés en marge du Pro-Am Gagné-Bergeron, évènement caritatif tenu mardi au Centre Vidéotron, à Québec, Jack Eichel, Jonathan Marchessault et Marc-André Fleury se sont exprimés au sujet d’une sortie explosive de leur ex-coéquipier.

Mise en contexte : le 28 juillet dernier, en entrevue avec Chris Nilan et Tim Stapleton, du balado Raw Knuckles, l’ancien capitaine du Canadien s’est dit navré de l’absence d’« imputabilité » au sein de l’organisation à Vegas.

Concédant que la pression n’avait pas toujours été facile à gérer pendant ses 10 saisons passées à Montréal, Pacioretty a avoué avoir tiré une grande « fierté » d’avoir pris sur lui, en public, la responsabilité des passages à vide du CH. Quand il a été échangé aux Golden Knights, juste avant la saison 2018-2019, il dit avoir d’abord vécu un soulagement, mais avoir rapidement trouvé « bizarre » le manque d’imputabilité dans l’environnement du club.

Je ne veux pas dire entre joueurs. Mais on ne sentait la pression venir de personne d’autre, que ce soit les entraîneurs, la direction… Je pouvais connaître un mauvais match et tout le monde me disait bonjour en souriant le lendemain à l’aréna.

Max Pacioretty

Autant les partisans que les médias semblaient peu s’émouvoir de la saison pénible qu’ont connue les Knights en 2021-2022 – ils ont raté les séries éliminatoires pour la première fois de leur jeune histoire.

« Je ne dis pas que je voulais que ce soit comme à Montréal, mais à Montréal, pendant une année comme ça, la moitié de la ville aurait été en flammes, poursuit-il. Là, on se présente à l’aréna, il fait 27 oC, on fait laver nos voitures, on va acheter nos aliments organiques, on joue au golf… Il faut changer ça. »

Et de conclure : « Je n’aurais jamais pensé me sentir comme ça. »

Chimie perdue

Marc-André Fleury a fait la preuve que le silence est parfois plus éloquent que les paroles.

Invité à commenter la théorie de Pacioretty, le gardien a affiché le large sourire qui le caractérise. Tentant visiblement d’éviter de se mettre les pieds dans les plats, il a d’abord rappelé qu’il devait avoir été « difficile » pour les Knights, comme pour Pacioretty, de rater les séries. Il faut dire que Fleury n’a suivi la situation que de loin : même s’il était l’une des plus grandes vedettes de l’organisation et qu’il venait de remporter le trophée Vézina, il a été échangé l’été dernier aux Blackhawks de Chicago contre des compensations ultérieures – il évolue aujourd’hui avec le Wild du Minnesota.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Marc-André Fleury

Pacioretty vient de connaître un sort identique : même s’il a été l’un des meilleurs pointeurs de son club depuis quatre ans, il est aujourd’hui un membre des Hurricanes de la Caroline. Lui aussi n’a valu que des compensations ultérieures en retour – aussi bien dire : rien.

Fleury a fini par souligner que quand il jouait à Vegas, il « voulait gagner chaque soir, peu importe que ce soit un mardi ou un jeudi, au début ou à la fin de l’année ».

Sur la gestion difficile à suivre de l’équipe, il a rappelé qu’à la saison inaugurale des Knights, « on n’avait pas les plus gros noms, mais la chimie était vraiment bonne ».

Depuis, « on dirait que chaque saison, ils laissent partir trois ou quatre gars pour en amener d’autres ». De plus « gros noms », qui ont eu pour effet que la chimie de la première année « s’est dissipée ». « C’est un peu triste », a-t-il conclu.

« Mal interprété »

Membres actuels des Golden Knights, Jack Eichel et Jonathan Marchessault ont quant à eux avancé que les propos de Pacioretty avaient été « mal interprétés ».

La Presse a réécouté l’extrait en entier. La pointe adressée au personnel de l’organisation ne pourrait être plus claire.

« Je n’ai pas besoin que mon directeur général ou mon entraîneur me disent qu’ils veulent faire les séries. Je sais qu’on veut les faire. Je sais quelle équipe on a », a répliqué Marchessault.

Le meilleur pointeur de l’histoire des Knights estime que ce sont plutôt les joueurs qui doivent prendre leur destin en main.

Si chaque joueur se regarde dans le miroir et dit qu’il veut faire le travail nécessaire pour connaître du succès et aider l’équipe à gagner chaque soir, normalement l’équipe connaîtra du succès. C’est comme ça que je le vois.

Jonathan Marchessault

Jack Eichel a été moins tranché. Lui aussi croit que c’est à ses coéquipiers et à lui de répondre des succès et des insuccès de leur équipe.

Il a néanmoins concédé que « parfois, quand tu joues à un endroit comme Vegas, où il fait beau toute l’année, tu peux perdre le fil de la saison ».

« C’est un sentiment différent quand c’est nuageux et qu’il neige », a-t-il ajouté.

À moins de gagner la Coupe Stanley, il y a toujours moyen de faire mieux.

Jack Eichel

Les deux attaquants ont communiqué avec Pacioretty après la diffusion de l’entrevue. Ils disent demeurer en bons termes avec lui, insistant sur l’utilisation hors contexte de ses propos.

Il demeure que sa déclaration a suffisamment ébranlé au moins deux de ses coéquipiers pour qu’ils lui téléphonent afin de mettre les choses au point.

Max Pacioretty, ultimement, aura-t-il brassé le vestiaire des Knights davantage après son départ que pendant son règne ? La réponse se définira sur la glace la saison prochaine.

Par ailleurs, les Hurricanes ont annoncé mardi soir que Pacioretty devrait passer sous le bistouri pour réparer un tendon d’Achille déchiré. Il sera absent pour une durée de six mois.