On aime bien, à Montréal, s’acharner sur les Maple Leafs comme sur une piñata à une fête d’enfants. À Toronto aussi, direz-vous…

Mis à jour le 10 mai
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Mais il faut leur reconnaître du mérite, mardi soir. Ils avaient déjà deux buts de retard après sept minutes de jeu. Leur gardien Jack Campbell, chassé lors du match précédent, était chancelant.

L’improbable retour des Leafs, qui l’ont emporté 4-3 pour prendre les devants trois matchs à deux dans cette série de premier tour contre le Lightning de Tampa Bay, s’est peut-être amorcé sur un tapis et non sur la glace.

Dans l’ombre, Jason Spezza, à peine cinq minutes d’utilisation lors du match, a prononcé un vibrant discours à l’intention de ses coéquipiers dans le vestiaire entre la première et la deuxième période.

« C’est un grand leader qui en a vu d’autres, a confié l’un des héros de la rencontre, William Nylander, aux journalistes. Il sait ce que ça prend [pour gagner] et quand il parle, on écoute. Il a dit que notre effort n’était pas suffisant et qu’il fallait nous battre. Nous avons retrouvé nos jambes en deuxième. »

Le groupe s’est sans doute dit que de retourner à Tampa contre les doubles champions de la Coupe Stanley à un match de l’élimination ne constituerait pas l’idée du siècle pour passer un post mortem, et une autre année, agréable.

On s’est donc donné une autre chance d’éviter l’élimination avant le deuxième tour pour la 19saison de suite…

La tension commençait à être vive à Toronto et certains joueurs ont sans doute bien dormi après la rencontre.

John Tavares, 10 points en 17 matchs de séries depuis son arrivée à Toronto, a permis aux Leafs de reprendre espoir en faisant dévier une rondelle devant le filet en supériorité numérique en deuxième période et il a préparé le but égalisateur de Morgan Rielly en troisième.

Nylander, deux points lors des quatre premiers matchs, un autre joueur associé aux malheurs des Leafs en séries, a explosé avec trois points dans ce cinquième match. Sur son but en troisième, un autre souffre-douleur des médias et des fans, Justin Holl, a préparé le jeu avec une relance efficace et rapide. Holl avait été qualifié de pire défenseur du club par un journaliste lors d’un échange acerbe entre l’entraîneur-chef et le reporter après la défaite de dimanche.

À tout seigneur tout honneur, Auston Matthews, 60 buts en saison, en a enfin marqué un gros en séries, le but gagnant, avec un peu plus de six minutes à faire en troisième…

Et enfin, il y a le gardien Jack Campbell, dont on ne donnait pas cher de la peau après quelques minutes. Il s’est ressaisi de brillante façon, même si ses déplacements n’étaient pas toujours au point. Il a réussi son plus gros arrêt aux dépens de Nikita Kucherov, de l’épaule, sur un tir de l’enclave, dans les instants précédant le but gagnant.

Mais le Lightning ne se serait pas retrouvé dans sa position actuelle s’il n’avait pas écopé de pénalités à répétition, deux fois d’ailleurs pour s’être retrouvé avec un joueur en trop sur la glace, et ainsi redonné vie aux Leafs.

« Nous nous sommes assoupis avec notre avance et nous avons oublié le plan de match, a déploré Steven Stamkos. Il faut nous regrouper. Nous savions que la série ne serait pas facile. Ils sont bons de l’autre côté. Nous serons prêts. »

On ne gagne cependant pas deux Coupes Stanley par hasard, et les Leafs auront fort à faire pour achever les champions et les empêcher de devenir le premier club en 40 ans à remporter trois Coupes de suite. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.