(Toronto) Il y a de ces retours qui prennent du temps… et puis il y a de ces retours qui prennent vraiment beaucoup de temps.

Publié le 8 avril
Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

Prenons Elvis, par exemple. En 1968, le roi Presley s’est pointé devant les caméras pour la première fois en huit ans, face à une foule en délire et, surtout, face à lui-même, afin de rappeler, à lui et au reste du monde, que le roi, le vrai roi, c’était encore lui.

En gros, c’est un peu ce que Carey Price cherche à faire ces jours-ci.

La saison est perdue, il n’y a plus d’enjeu véritable, mais comme Elvis avant lui, Carey Price veut tenter le retour des retours. On aura compris que les paramètres sont légèrement différents – on présume que la guitare et la combinaison de cuir ne serviront pas cette fois-ci –, mais il y a dans ce retour la quête d’un homme qui cherche à retrouver sa place au zénith.

Je pense qu’il est prêt pour son retour. [Brendan] Gallagher l’a dit plus tôt cette semaine, les gars ont de la misère à marquer contre lui lors des entraînements !

Samuel Montembeault, au sujet de Carey Price

Elvis, c’est bien connu, imposait un certain respect par sa seule présence. Dans le cas qui nous préoccupe, c’est un peu la même chose.

« Depuis qu’il a repris l’entraînement, ce que je trouve le plus impressionnant, c’est que les gars sont intimidés quand ils se présentent devant lui pour tirer, a ajouté le gardien québécois. Il est gros devant le filet, c’est un excellent gardien, et les joueurs ont presque peur en arrivant devant lui ! Alors je dirais qu’il est prêt… »

Prêt pour quand, au juste ? Ça, c’est le bout compliqué. Depuis son dernier match, qui remonte déjà à la grande finale, le 7 juillet, Carey Price se « rapproche » d’un retour à la même vitesse qu’Axl Rose se « rapprochait » de la parution de Chinese Democracy. Il y a des retours plus longs que d’autres, de toute évidence.

Dans l’immédiat, la date exacte du grand retour de Price demeure inconnue, et tout ce que l’on sait, c’est que le moment tant attendu n’aura pas lieu samedi soir à Toronto, lorsque le Canadien va visiter les Maple Leafs. On suit ça « au jour le jour », s’est contenté de répondre – de répéter, en fait – Martin St-Louis, cette fois vendredi, au terme d’un entraînement facultatif en banlieue de la ville.

On ne sait trop si le coach du CH a vu le fameux Comeback Special de 1968, mais on le sent fébrile à l’idée d’assister au retour du gardien au numéro 31. Les deux hommes ont d’ailleurs eu une franche discussion en sautant sur la glace vendredi.

« J’ai joué avec Carey dans Équipe Canada, alors il m’est familier, sa personnalité m’est familière, a ajouté St-Louis. C’est bien de le revoir avec nous en ce moment, et il faut comprendre que ce n’est pas facile, tout ça. Tenter un retour, ce n’est pas juste le côté physique qui est difficile, c’est aussi le côté psychologique ; il y a des journées où ça se passe moins bien, où tu as l’impression de faire un pas en avant, puis une autre vers l’arrière. C’est un défi de conserver un bon état d’esprit, et c’est parfois difficile d’y voir clair. Mais Carey est un professionnel, et il essaie de tout donner chaque jour. »

Les plus fins observateurs l’ont déjà souligné : le Carey Price d’avril 2022 a fière allure, et pour un peu, on serait tenté de se laisser aller aux plus élogieuses des dithyrambes, et de prétendre qu’il affiche déjà sa forme de trophée Vézina, même sans avoir pris part à un seul match en neuf mois.

C’est sans doute là le plus grand défi qui guette celui ou celle qui veut oser le grand retour : remonter dans le temps, et retrouver la fougue de naguère.

C’est ce qu’Elvis a fait en 1968. C’est ce que Carey Price veut faire maintenant.

« Carey est un joueur de hockey et il aime la compétition, a conclu Martin St-Louis. Il le fait pour lui-même. Pour se prouver qu’il est capable de se sentir bien devant le filet. »

Petry samedi soir ?

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Jeff Petry

Le retour de Jeff Petry est (probablement) moins attendu que celui de Carey Price, mais les partisans du défenseur aguerri peuvent commencer à se réjouir peu à peu, car ça s’en vient. En fait, Martin St-Louis a même laissé entendre que Petry « est tout près », et qu’il pourrait prendre part au match de samedi soir à Toronto contre les Maple Leafs. Rappelons que le joueur de 34 ans n’a pas joué depuis le match du 24 mars au Centre Bell, alors qu’il avait subi une blessure lors de la visite des Panthers de la Floride.

Gare à un certain Auston Matthews…

Auston Matthews n’est sans doute pas le favori des partisans du Canadien, mais même les plus farouches fans du CH devront admettre qu’il connaît une pas pire saison. En 66 rencontres, l’attaquant vedette des Leafs a déjà 56 buts au compteur, un sommet dans la Ligue nationale de hockey. En plus, il est sur une solide lancée, ayant marqué 11 buts à ses 10 derniers matchs. « Quand tu joues contre ce genre de joueur, tu dois toujours savoir où il est sur la glace, a expliqué Martin St-Louis. Marquer 56 buts, c’est tout un exploit. Je pense que chaque génération a connu ses défis afin de pouvoir marquer des buts, mais c’est sûr que dans le hockey d’aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’espace sur la glace, et les gardiens sont très bons. »