Comment survivre à la défaite sans pour autant la banaliser ?

Mis à jour le 30 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
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La question est sérieuse, et elle est surtout d’actualité. Surtout quand un club fonce à vive allure vers un record de franchise pour le nombre de matchs perdus au cours d’une saison.

Cette question, il est de plus en plus difficile de ne pas se la poser. Notamment après cette autre défaite, une 29e en 60 minutes et une 36e au total en incluant les joutes ayant nécessité la prolongation. Le dernier revers en lice, celui de dimanche, ce sont les Blue Jackets de Columbus qui l’ont infligé au Tricolore, cette fois par la marque de 6-3.

Quelques heures avant la partie, deux représentants de La Presse ont rencontré le nouveau directeur général Kent Hughes. Ce dernier a évoqué plusieurs sujets, notamment celui de la « fragilité » de son équipe sur le plan mental. Le nombre de défaites, certes, mais encore davantage le nombre de défaites par déclassement complet pèse lourd. Celle contre les Jackets n’entre pas tout à fait dans cette catégorie, mais celle de la veille contre les Oilers d’Edmonton y correspondait tout à fait.

Après une énième déconfiture, « personne ne va sourire et l’accepter », a souligné Hughes. « C’est normal. On n’est pas la première équipe de dernière place où les joueurs ne sont pas contents. »

Or, un risque guette : « Il reste encore une quarantaine de matchs à jouer [maintenant 38]. Si on perd chaque match et que personne ne veut être à l’aréna, ce n’est pas un environnement positif. »

De retour à la question initiale : comment ne pas les banaliser, ces défaites ? Au terme de la rencontre, sa première en 2022, Brendan Gallagher a servi une mise en garde. Les attentes ne sont bien sûr plus les mêmes qu’au début de la saison, a-t-il convenu, alors que de participer aux séries éliminatoires n’est plus qu’une folle utopie. « Mais ça ne change rien au fait qu’on veut gagner des matchs, a-t-il rappelé. À la minute où on devient insensibles à la défaite, c’est qu’on pratique le mauvais sport. »

Paul Byron, lui aussi un revenant, a abondé dans le même sens. À son premier match de la saison 2021-2022, il a avoué avoir peiné à trouver son rythme. Mais certaines bagarres devant le filet ont rappelé qu’il n’avait rien perdu de sa hargne.

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Paul Byron

« Il y a eu des moments dans ma vie où je ne savais jamais si je disputais mon dernier match, a raconté Byron. Tu ne sais jamais si quelqu’un va te remplacer ; chaque jour, tu te bats pour ton job. […] Beaucoup de légendes ont porté ce chandail, fais de ton mieux pour respecter le logo à l’avant, à chaque match. C’est un minimum. »

Et d’ajouter : « Si tout le monde agit de la sorte, de bonnes journées vont arriver. »

D’ici la fin de la saison, les vétérans devront montrer l’exemple, a ajouté Josh Anderson.

Fragiles

Va donc pour la volonté, remède par défaut contre la banalisation de la médiocrité. La flamme brûle encore, en tout cas chez ces trois joueurs-là.

Mais la fragilité, elle, est bien réelle. Sur le plan de l’effectif, tout spécialement en défense et devant le filet par les temps qui courent. Sur le plan de l’exécution – retournez voir les deux revirements de calibre international commis par Jeff Petry et Kale Clague qui ont porté la marque à 4-1 en première période. Et sur le plan de la confiance, évidemment.

Si les équipes en confiance font leur chance, le contraire est aussi vrai. Le cinquième but des Blue Jackets en a été une illustration parfaite. Après avoir réduit l’écart à 4-3, le Canadien a pris d’assaut le filet de Joonas Korpisalo, qui a dû se démener pour éviter que l’égalité soit créée.

Désirant garder l’attaque en vie, Chris Wideman a tenté de s’aventurer vers le fond du territoire des visiteurs, mais s’est fait prendre à contrepied. La rondelle est partie de l’autre côté. Surnombre. But. 5-3.

On ne blâme pas Wideman d’avoir essayé. Il devient quand même difficile de ne pas se navrer du résultat qui, lui, ne change pas.

La défaite procure à l’entraîneur-chef Dominique Ducharme un sentiment qu’il « déteste », a-t-il assuré. Vous pouvez donc imaginer son indice du bonheur cette saison, et encore plus depuis 21 matchs : son équipe n’en a remporté que deux.

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L’entraîneur-chef Dominique Ducharme

Le Tricolore amorcera ce lundi une semaine complète de congé. « Après la pause, on va revenir et s’assurer qu’on part dans la bonne direction », a promis l’entraîneur-chef.

Il a aussi estimé que personne, dans le vestiaire, n’était insensible à l’accumulation des échecs. Il reste à souhaiter que cette observation soit juste. Car la promesse des jours meilleurs, elle, commence à être usée.

Dans le détail

De nouveaux problèmes

Les très, très optimistes se réjouiront du fait que le Canadien n’a rien donné aux Blue Jackets à la suite de batailles perdues devant le filet. On se souvient que samedi, les Oilers s’y étaient amusés comme Ron Duguay dans l’allée des fixatifs à la pharmacie. Sauf que dimanche, le Tricolore a tout de même accordé six buts (cinq si on exclut celui dans un filet désert). Cette fois, ce sont la vitesse et les revirements qui ont coulé le Tricolore. Les deux premiers filets de Columbus, de même que le but d’assurance de Cole Sillinger en milieu de troisième période, ont été le résultat de contre-attaques orchestrées en zone des Blue Jackets ou en zone neutre. Deux autres ont été inscrits en échappée après des revirements de Jeff Petry et de Kale Clague. « On était assez bons pour transporter la rondelle. On a vu que ça fonctionnait, donc on a continué, a noté l’attaquant Patrik Laine. Ça nous a rapporté en première période. Il faut rester attentif à ça, noter les faiblesses de l’autre équipe et les exploiter. »

Le plus productif de 2021

Il est plutôt rare que ni l’un ni l’autre des deux premiers choix d’une année de repêchage ne fassent le saut directement dans la LNH. Mais c’est le cas cette saison, puisqu’Owen Power et Matty Beniers sont retournés à l’Université du Michigan. En leur absence, Cole Sillinger est donc le seul membre de la cuvée 2021 à avoir passé toute la saison dans la LNH. Repêché au 12e rang, le fils du grand voyageur Mike Sillinger a montré qu’il possède tout un tir des poignets. C’est en effet avec ce tir qu’il a inscrit le cinquième filet des siens. En 39 matchs, il compte 15 points, dont 7 buts. Notons aussi que malgré ses 18 ans, il est employé au centre, chose que certaines organisations hésitent à faire. « Sa première moitié de match était correcte, sans plus. Mais plus ça devenait serré, meilleur il était, a noté l’entraîneur-chef des Blue Jackets, Brad Larsen. C’était un gros moment pour lui. Il deviendra un très bon joueur. Il est vraiment compétitif quand les enjeux sont élevés. »

Les retrouvailles

Ça aura pris 15 mois, mais Max Domi et Josh Anderson ont finalement renoué avec leur ancienne équipe. C’était en effet le premier duel Canadien-Jackets cette saison, et ces deux équipes ne se sont pas affrontées l’an dernier, puisque les matchs étaient seulement intradivision. « C’est un peu bizarre, je crois qu’il ne reste que huit ou neuf gars avec qui j’ai joué », a observé Anderson après le match. Ce dernier souhaitera vite oublier ces retrouvailles ; il a terminé sa soirée avec un différentiel de – 4, une fiche ingrate quand on prend le temps d’analyser les quatre buts marqués par Columbus quand il était sur la patinoire. Sur le premier, c’était un tir que Samuel Montembault aurait dû arrêter. Sur le deuxième, Jeff Petry a permis à Eric Robinson de s’échapper, tandis que sur le troisième, son trio bourdonnait sans cesse en zone adverse afin de créer l’égalité. Le quatrième a été marqué dans un filet désert. Dans le camp adverse, Domi a été blanchi, mais il a obtenu une chance de marquer en milieu de match.

Ils ont dit

Carey est un guerrier. Je sais qu’il veut revenir, son but n’a pas changé. Je l’admire tellement, et je me sais chanceux d’avoir passé 10 ans avec le meilleur gardien de la ligue. Il a toujours été incroyable dans tout ce qu’il fait, et je suis sûr qu’il fait la même chose dans sa rééducation.

Brendan Gallagher sur Carey Price

On les a laissés à eux-mêmes. Ils sont jeunes, ils vont apprendre de ça ; quand tu traverses l’adversité, que tu te bats, tu apprends sur toi-même. Ce sont des gars de caractère, ils vont trouver des solutions, mais on doit faire du meilleur travail devant eux. On se sent coupables de ne pas les aider davantage.

Brendan Gallagher sur les gardiens Samuel Montembeault et Cayden Primeau

C’est certain qu’on aurait aimé finir sur une autre note. Avoir du temps nous permettra peut-être d’avoir des gars de retour après la pause, on va voir. Ça pourrait être positif.

Dominique Ducharme sur la semaine de congé qui s’amorce

Je dois y aller avec le match, avec ce qui se passe à ce moment-là. Nos gardiens font partie de la solution, eux aussi. Il y a une façon pour eux d’amener de l’énergie et une façon pour les joueurs devant eux d’amener de l’énergie. Il faut que tout le monde fasse son travail.

Ducharme sur le travail de ses gardiens

On a obtenu 36 tirs. Je ne vais pas critiquer nos joueurs. Mais on se met dans le pétrin quand on essaie de faire de beaux jeux. […] J’aimerais qu’on aille plus au filet. On a eu 36 tirs, on aurait pu en avoir plus. Mais on a joué de façon directe ce soir.

Brad Larsen, entraîneur-chef des Blue Jackets

Le but [de Cole Sillinger] était vraiment important. Ça nous a redonné une avance de deux buts. Mais j’étais à bout de souffle, je n’ai pas vu le jeu. Quant à mon but dans le filet désert, c’est lui qui m’a fait la passe, donc je lui en devrai une.

Patrik Laine

En hausse

Artturi Lehkonen

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Artturi Lehkonen et TylerToffoli

Avec deux autres points, le voilà à 18, un total bon pour le quatrième rang chez le Canadien. Sa superbe coordination avec Jake Evans en infériorité numérique a redonné espoir au CH en troisième période.

En baisse

Rem Pitlick

On se demandait qui allait écoper au retour de Paul Byron et de Brendan Gallagher. On a eu la réponse. Cédric Paquette a été laissé de côté, et après avoir joué presque 20 minutes la veille (un sommet en carrière) Rem Pitlick été limité à moins de 8 minutes dimanche.

Chiffre du match

4

Pour un quatrième match de suite, le gardien qui a amorcé le match ne l’a pas terminé chez le Canadien. Est-ce un record ? Au moment de publier, nos services de recherche n’étaient pas en mesure de le déterminer. Mais ce n’est pas impressionnant.