À voir les forces en présence, ç’aurait pu être un désastre. Le Canadien s’en est plutôt tiré avec une très honorable défaite de 3-2 en prolongation contre l’Avalanche du Colorado, samedi.

Mis à jour le 22 janvier
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
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Ce point arraché en prolongation, le Tricolore le doit surtout aux jeunes Nick Suzuki et Cayden Primeau. Le premier était de toutes les occasions de marquer des Montréalais. Le deuxième en a bloqué une puis une autre.

Mais deux vétérans ont aussi eu leur mot à dire : Tyler Toffoli et Artturi Lehkonen, incidemment les deux ailiers de Suzuki. Même si les trois avants ont surtout été opposés au trio de Nathan MacKinnon, ce sont eux qui ont animé l’attaque montréalaise. Lorsque le trio de Suzuki était sur la patinoire à 5 contre 5, le Canadien a dominé l’Avalanche 4-0 aux chances de marquer de qualité, selon Natural Stat Trick. Un exploit, étant donné la qualité de l’opposition.

PHOTO JACK DEMPSEY, ASSOCIATED PRESS

Artturi Lehkonen (62) et Ben Chiarot (8) devant le gardien Darcy Kuemper (35)

« On n’en a pas vraiment parlé, mais on savait ce qui nous attendait, a reconnu Toffoli. On pense qu’on a fait du bon travail, mais au bout du compte, on a perdu et on veut gagner des matchs. »

Lehkonen restera toujours Lehkonen : un joueur à l’effort irréprochable, attentif aux détails, que ses coéquipiers affectionnent. « J’adore son jeu, a dit Toffoli. Il fait bien les petites choses. […] Ce soir, il aurait dû marquer trois ou quatre buts, mais on va passer ça sous le silence ! »

Car c’est ça aussi, Lehkonen : un joueur aussi malchanceux autour du but que John Candy dans des moyens de transport pendant le congé du Thanksgiving.

Toffoli, lui, est un homme transformé. On a passé les mois d’octobre et de novembre à se demander où était le Tyler Toffoli de la saison écourtée 2021, celui qui a marqué 28 buts en seulement 52 matchs.

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Tyler Toffoli compte quatre points en trois matchs.

On revoit ce Toffoli depuis son retour de la liste des blessés. « J’étais blessé, il y a eu la COVID, des choses agréables comme ça ! La compagnie des gars me manquait », a-t-il décrit. Toffoli compte quatre points en trois matchs, un échantillon court, mais impressionnant étant donné qu’il a affronté de bonnes équipes.

« C’est le Tyler qu’on connaît. On l’a vu l’an passé, a évalué l’entraîneur-chef du Canadien, Dominique Ducharme. Son début de saison a été difficile, l’été a été court. Le fait d’avoir été blessé a peut-être été un avantage, car il a beaucoup plus d’énergie, il patine bien. Il joue du bon hockey. »

Un dilemme

Ce qui nous amène à Kent Hughes. Que le nouveau directeur général du Canadien opte pour une reconstruction ou une réinitialisation rapide, des transactions sont inévitables, et on sait tous que certains contrats seront à peu près impossibles à larguer.

Ceux de Lehkonen et Toffoli ne le sont pas. Le premier est en dernière année de contrat, peut aider une équipe en séries et ne coûtera pas les yeux de la tête par après. Le deuxième a une entente bonne pour deux autres saisons, à 4,25 millions de dollars par saison, et à 29 ans, il a encore du bon hockey à offrir avant d’arriver à son déclin.

Lors de son point de presse inaugural, Hughes a décrit la réalité des DG, qui se résume trop souvent à « acheter haut et vendre bas ». L’analogie boursière se prêtait davantage aux contrats que les joueurs décrochent, mais elle peut aussi s’appliquer aux transactions.

À Montréal, on a tendance à l’oublier, car Marc Bergevin se faisait une spécialité d’« acheter » des joueurs dont la valeur était en baisse. On peut penser à Max Domi, à Tomas Tatar ou à Josh Anderson. Mais n’oublions pas que de l’autre côté, les Coyotes, les Golden Knights et les Blue Jackets ont échangé ces joueurs au moment où ils avaient besoin du proverbial changement de décor.

Lehkonen et Toffoli sont donc des joueurs que Hughes pourrait « vendre haut » s’ils continuent leur bon travail.

Mais ce sont aussi des joueurs qui ont leur utilité dans cette équipe. Lehkonen est un joueur qu’un coach peut employer « n’importe où, à gauche, à droite, dans des rôles différents. Il va toujours garder son identité », dixit Ducharme.

Cette saison, Suzuki a connu ses meilleurs moments lorsque Toffoli était un de ses ailiers. En séries l’an passé, les deux étaient constamment jumelés. Suzuki sera payé comme un premier centre à compter de l’an prochain ; il y a de pires idées que de le laisser jouer avec un ailier avec qui il a de la complicité.

Dans le détail

Une tornade chez l’Avalanche

Lors de la visite de l’Avalanche à Montréal en décembre, Samuel Girard avait eu à répondre à des questions sur des rumeurs de transaction l’entourant, rumeurs qu’il a démenties de façon convaincante en racontant une conversation qu’il a eue avec son patron, Joe Sakic. Comme son équipe, Girard n’a pas connu un grand début de saison, mais à la base, échanger un défenseur de 23 ans qui possède un contrat raisonnable sous le plafond salarial (cinq millions par saison pour encore cinq ans) ne semblait pas être l’idée du siècle. Samedi, il a démontré son utilité de façon éclatante, en préparant les buts d’Alex Newhook et de Valeri Nichushkin en avantage numérique. Dans les deux cas, c’est lui qui a contrôlé le jeu avant d’y aller de la passe payante, justifiant son surnom, la « Tornade ». Par sa présence, il permet donc à l’Avalanche de compter sur une deuxième unité d’avantage numérique dangereuse ; c’est en effet cette unité qui a inscrit les deux filets.

Et de cinq !

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Nick Suzuki

Un autre match, un autre but en avantage numérique. Pour un cinquième match de suite, le Tricolore a touché la cible en supériorité numérique. Il s’agit de la plus longue séquence de succès de l’équipe depuis les cinq premiers matchs de la campagne écourtée 2021, cette drôle de période où tout ce que Tyler Toffoli et Jeff Petry touchaient se transformait en but. Il faut dire que le premier avantage d’un homme du CH, en début de match, laissait croire que la séquence allait s’arrêter. Après une chute de Mike Hoffman en zone offensive, plus rien ne fonctionnait. Mais l’unité pilotée par Nick Suzuki était partout lors de la deuxième occasion, en troisième période. C’est Suzuki lui-même qui a touché la cible, non sans l’aide de Christian Dvorak, qui a été à la fois alerte et habile pour rejoindre son coéquipier à l’embouchure du filet.

Une recrue à surveiller

Trevor Zegras et Lucas Raymond font tourner les têtes cette année parmi les recrues de la Ligue nationale, mais il ne faudrait pas non plus oublier Alex Newhook. Il n’a peut-être pas les statistiques offensives des deux autres, mais son but en première période samedi était son 9e de la saison, en 30 matchs. Projetée sur 82 matchs, sa production lui vaudrait 25 buts, un chiffre plus qu’intéressant pour un joueur de première année. Sur son but, il a montré qu’il possède le tir pour embêter les gardiens adverses. Il aurait aussi facilement pu obtenir une mention d’aide ou deux, n’eût été les arrêts de Cayden Primeau sur des jeux qu’il a préparés. Newhook, un des trois Terre-Neuviens à avoir joué dans la LNH cette saison, a été repêché au 16e rang en 2019, soit un rang directement derrière Cole Caufield. Le petit ailier droit du CH semblait en avance dans son développement sur Newhook le printemps dernier, mais voilà que les rôles sont inversés cette saison. À suivre au cours des prochaines années.

Ils ont dit

La première chose, c’est quelques journées de repos. Il n’a pas patiné hier, ni aujourd’hui [samedi] et il n’ira pas sur la glace [dimanche]. À partir de là, nos thérapeutes ont bon espoir que ça s’améliore. Si ça ne s’améliore pas, ça pourrait aller là [opération]. Mais nos thérapeutes pensent que ça peut se régler au jour le jour.

Dominique Ducharme, au sujet de la blessure à Samuel Montembeault

Je ne regarde pas tant le nombre de tirs, car c’est comptabilisé différemment d’une place à l’autre et ils avaient le doigt rapide ce soir. Je regarde plus les chances. On essaie vraiment de donner des tirs de la périphérie. Parfois, tu vas donner plus de tirs, mais on essaie qu’ils soient le moins dangereux possible.

Dominique Ducharme, au sujet des 46 tirs accordés par le Canadien

Il a été très solide, il fait du bon travail pour se préparer et il était prêt. On est contents de voir qu’un jeune gardien, contre une des meilleures équipes de la LNH, a montré du caractère et a joué un bon match.

Ducharme, à propos de Cayden Primeau

Ça t’aide à te mettre dans le match quand tu reçois plein de tirs. Bravo aux gars, ils ont bloqué plein de tirs. J’aurais pu recevoir plus de tirs.

Cayden Primeau

Il nous a manqués. Il peut faire de bonnes choses sur la glace, il a une voix dans le vestiaire que tout le monde respecte.

Artturi Lehkonen, au sujet de Tyler Toffoli

En hausse

Cayden Primeau

PHOTO ISAIAH J. DOWNING, USA TODAY SPORTS

Cayden Primeau

La définition même d’un joueur en hausse. Il a été retiré après deux périodes à son dernier départ et rebondit avec une performance étincelante contre la meilleure attaque de la LNH.

En baisse

Chris Wideman

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Chris Wideman

On l’a très peu remarqué mis à part pour sa pénalité en troisième période, qui aurait pu faire mal au Canadien.

Le chiffre du match

13 : 50

Alexander Romanov a joué 13 min 50 s, son plus petit temps d’utilisation cette saison. Il avait sa place dans le « top 4 » en novembre et en décembre. À lui de la récupérer.