On ne saurait trop dire si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle que Kent Hughes n’ait pas vu en direct la rencontre de sa nouvelle équipe, mardi soir.

Mis à jour le 19 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
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Le nouveau DG du Tricolore se trouvait en effet au Vermont pour assister à un match universitaire pendant que ses ouailles signaient une rarissime victoire de 5-3 à Dallas.

On se doute bien qu’il saura mettre la main sur la partie et qu’il la visionnera sous peu – l’a-t-il même déjà dévorée dans un couette et café de Burlington ?

Que lui révélera donc ce match ? Toutes sortes de choses.

Ce qu’il sait déjà, et trop bien sans doute, c’est que son équipe est dans le trouble jusqu’au cou. Que sa saison est déjà loin au large. Que les brèches à colmater sont multiples.

À bien des égards, le ruban de mardi soir le lui rappellera.

Exemple facile : avant la rencontre, les Stars de Dallas étaient 21es de la LNH pour le nombre de tirs au but par match et 23es pour le nombre de buts marqués. Malgré plusieurs joueurs de talent, on ne parle pas là d’une machine offensive.

De voir Samuel Montembeault recevoir 51 tirs, un sommet en carrière, trahit donc quelques (!) failles dans la muraille défensive du CH, alors que le seul arrière digne de mention qui manquait à l’appel était Joel Edmundson.

Petite parenthèse sur ledit Montembeault : il a maintenant connu quatre de ses huit matchs les plus occupés dans la LNH au cours du seul dernier mois. C’est beaucoup de rondelles. Le natif de la Mauricie a toutefois répondu à l’appel mardi en livrant une performance inspirée, et comme l’a dit Nick Suzuki, n’eût été ses « arrêts acrobatiques », le dénouement aurait été différent. Fin de la parenthèse.

Mais ce que Kent Hughes verra aussi dans ce match, ce sont certainement des signes encourageants. Christian Dvorak qui se dégêne. Josh Anderson qui retrouve son rythme. La complicité instantanée entre Tyler Toffoli et Nick Suzuki, du jamais-vu (ou presque) depuis le début de la saison. Alexander Romanov qui continue de s’affirmer en défense, notamment en désavantage numérique. Une attaque à cinq qui peut fonctionner.

Solution

Tous ces éléments, malgré l’échantillon limité, constituent un début de collecte de données pour le nouveau DG.

Car, et cette fois c’est vrai, le Canadien vient d’amorcer le début du reste de sa saison. Les 45 matchs disputés sous les regards croisés de Hughes et de son patron Jeff Gorton serviront, invariablement, à évaluer chacun des joueurs sous contrat avec l’équipe. Bien sûr, ceux disputés sous l’ancienne administration et même ceux disputés, parfois dans des conditions épouvantables, dans la période précédant l’embauche de Hughes comptent encore. Mais les prochains seront encore plus importants.

Ils révéleront la vraie nature des joueurs du club, alors que, comme jamais auparavant, les projecteurs seront sur eux, et sur eux seuls.

Personne n’y échappera. Ni ceux qui sont les plus à risque de partir, ni ceux qui sont virtuellement assurés de rester.

Deux attaquants ont montré, mardi, qu’ils étaient prêts à cette période d’examen.

Si le mot « reconstruction » devait être prononcé par Kent Hughes lors de sa présentation aux médias montréalais, ce mercredi, vous pouvez être assurés que le nom de Tyler Toffoli sera prononcé quotidiennement dans les rumeurs d’échange d’ici la date limite des transactions. Son contrat est l’un des plus alléchants pour les autres équipes de la ligue, et son profil est à l’avenant : il a marqué 20 buts, ou produit à un rythme annualisé égal ou supérieur, au cours de cinq des sept dernières saisons, en comptant celle-ci.

À presque 30 ans, et après plus de 600 matchs, il comprend la situation. Il a beau dire que les changements dans la direction ne sont « pas de [ses] affaires » et que son travail est de « jouer au hockey », il a quand même livré sa vision de la suite des évènements.

« Je veux faire partie de la solution, a-t-il dit. Je pense que je suis un bon joueur pour les gars qui sont ici ; je veux être un leader, un gars que les autres regardent et qui mène par l’exemple. […] Je veux travailler, je veux gagner. »

Lucide, il a néanmoins ajouté que « si ce n’est pas ce qui arrive, [il va] passer à autre chose ». Au travail, donc !

Faire mieux

Nick Suzuki, lui, n’est pas dans la même situation. Avec en poche une prolongation de contrat de huit ans qui entrera en vigueur à l’été 2022, et vu son statut de premier (et unique) centre stable de cette équipe, il n’en est pas à se demander si la direction voudra bien de lui, mais il ne désire pas moins faire bonne impression.

Autant son entraîneur que lui étaient conscients qu’il devait – et pouvait – en donner plus que l’unique point qu’il avait récolté au cours de ses 10 derniers matchs.

« Dom m’a défié de faire mieux, de faire tout ce que je pouvais pour aider mon équipe à gagner », a-t-il raconté après la rencontre au cours de laquelle il a récolté deux points.

Son entraîneur lui a rappelé qu’il devait jouer plus intensément, être de toutes les batailles, attaquer le filet. Et c’est ce qui est arrivé.

« Maintenant, il faut qu’il refasse ça à Vegas, au Colorado, au Minnesota », a énuméré Dominique Ducharme, en référence aux trois prochaines destinations de son club.

« C’est encore un jeune joueur, mais il commence à avoir pas mal de bagage derrière lui. Il faut qu’il l’amène à ce niveau-là. » Le niveau que l’on a déjà vu et dont on sait qu’il est à sa portée.

C’est donc par ces quelques observations que s’amorce la nouvelle vie des joueurs du Tricolore.

Une vie certes teintée par les déboires indélébiles des derniers mois. Mais qui, et c’est la bonne nouvelle, est surtout devant eux.

Ça ne veut pas dire que ce sera plaisant. Mais au moins, ils pourront aspirer à mieux.

Dans le détail

Dvorak en beauté

PHOTO LM OTERO, ASSOCIATED PRESS

Christian Dvorak déjoue le gardien Jake Oettinger.

Ce n’est pas une mince affaire : pour la première fois de la saison, et ce, à son 38e match, le Tricolore a inscrit un but en avantage numérique dans trois matchs consécutifs. Peu habitué aux célébrations cette saison, Christian Dvorak a rendu possible cet exploit, et de fort belle manière. Le guilleret personnage, d’abord placé devant le filet, a profité du fait que Tyler Toffoli a attiré la couverture vers lui au fond du territoire pour se laisser glisser vers le milieu de l’enclave. Désormais au poste de pivot (« bumper », en anglais), il est devenu une option de passe évidente pour Toffoli après un bel échange avec Nick Suzuki. Tic-tac-toe, comme on disait en 1996. Une exécution sans faille, peut-être la plus réussie de la saison pour le Tricolore à cinq contre quatre.

Presque la controverse

À la fin de la deuxième période, la rondelle a glissé lentement, lentement derrière Samuel Montembeault. Le gardien s’est toutefois couché sur le disque à temps, et à la reprise vidéo, on n’a pas pu déterminer que l’objet avait complètement traversé la ligne rouge : pas de but. Puis, en troisième, Josh Anderson a marqué alors que le filet était déplacé. Verdict : le but est bon. À la télévision, l’analyste Marc Denis s’est amusé en évoquant le « 0 en 12 » qu’aurait peut-être dénoncé Dominique Ducharme si les choses s’étaient déroulées autrement. Il faisait ainsi référence à l’obscur calcul de l’entraîneur-chef, qui s’est plaint au cours des derniers jours que son équipe perdait les décisions contestées. Après la défaite de la veille en Arizona, il avait en effet avancé être « 0 en 11 », parce qu’il avait perdu la contestation du quatrième but des Coyotes. En réalité, le CH n’a été impliqué que dans cinq contestations d’un entraîneur cette saison, et a été avantagé une fois. Pour vos dossiers, donc : un en cinq.

Drouin en eaux troubles

Jonathan Drouin n’avait jamais écopé d’une pénalité majeure avant ni d’une inconduite de partie. Il peut maintenant coudre ces deux écussons sur sa veste à la suite d’une curieuse séquence en troisième période. Opposé à Tyler Seguin à la mise en jeu, il a vu le joueur des Stars lui asséner un double-échec à la tête dès que la rondelle a quitté la main de l’arbitre. Furieux, le Québécois a répondu, lui aussi avec son bâton, à la différence que Seguin était rendu au sol et que Drouin l’a atteint directement à la gorge. La rencontre a alors pris fin pour le numéro 92 du Canadien, et il ne faudra pas se surprendre si la LNH lui impose une peine additionnelle. D’ordinaire très solidaire de ses joueurs, Ducharme n’a pas défendu son attaquant avec beaucoup de vigueur après la rencontre, soulignant seulement que, « clairement, Seguin n’essaie pas de gagner la mise au jeu ». « On va voir ce que la ligue décide », a-t-il ajouté.

En hausse

Christian Dvorak

PHOTO JEROME MIRON, USA TODAY SPORTS

Mike Hoffman et Christian Dvorak

Son meilleur match de la saison. Deux buts (deux beaux !), une domination au cercle de mise en jeu et une pénalité provoquée à un moment-clé en troisième période.

En baisse

Jonathan Drouin

Sa pénalité majeure en troisième période était complètement inutile et aurait pu fragiliser l’avance de son équipe. Une suspension serait tout aussi inopportune, alors que Drouin et Josh Anderson semblaient de nouveau se trouver sur la glace.

Le chiffre du match

51

Le Canadien avait passé 51 jours, ou 14 matchs, sans se donner une avance de deux buts. La dernière fois ? Le 27 novembre à Pittsburgh, veille du congédiement de Marc Bergevin. Ce n’est donc jamais arrivé dans l’ère avec-pas-de-DG.

Ils ont dit

PHOTO JEROME MIRON, USA TODAY SPORTS

Samuel Montembeault et Nick Suzuki

On a été bons, surtout en désavantage numérique : Samuel [Montembeault] a fait de gros arrêts, mais j’ai aussi aimé l’engagement de nos joueurs, qui ont bloqué des lancers. Ça nous a donné une victoire, elle est appréciée.

Dominique Ducharme

Je dirais que ça m’a pris la première moitié du match avant de pouvoir retrouver mon souffle… mais Jake [Evans] et Nick [Suzuki] m’ont permis de faire du bon travail, et Monty a été bon. On va la prendre, cette victoire.

Tyler Toffoli, de retour au jeu après quelques semaines d’absence

C’était génial de retrouver [Tyler Toffoli], c’est une part importante de cette équipe. Il était emballé de revenir, et compter sur un gars comme lui aura toujours un impact. C’était plaisant de jouer ensemble.

Nick Suzuki

On a obtenu 111 tentatives de tir et 30 chances de marquer. […] Ils ont profité de toutes leurs chances, et pas nous. Ç’aurait pu être 7-5 très facilement, mais leur kid devant le filet a été incroyable.

Rick Bowness, entraîneur-chef des Stars