En matière d’honnêteté, difficile de surpasser Maxim Lapierre.

Publié le 23 déc. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

« Je suis content d’avoir été aux Jeux olympiques, mais compare un trio Klinkhammer-O’Dell-Lapierre avec Huberdeau-Crosby-MacKinnon, ce n’est pas la même chose », lance l’ancien joueur et coanimateur de La poche bleue. « Même moi, j’aurais aimé que ce soit la vraie Équipe Canada ! »

Ce que Lapierre, Rob Klinkhammer et Eric O’Dell ont vécu en 2018, des joueurs comme Philippe Maillet, Jordan Weal et Daniel Audette le vivront cet hiver aux Jeux olympiques : représenter le Canada, tout en sachant très bien qu’en d’autres circonstances, ils n’y seraient pas.

Ce n’est évidemment pas le tournoi que les amateurs auraient souhaité dans un monde idéal. L’absence des joueurs de la LNH pour la deuxième édition de suite signifie donc que Connor McDavid, Auston Matthews, Leon Draisaitl et autres talents exceptionnels ne s’affronteront pas dans un tournoi d’élite avant 2026.

Décevant pour les partisans, mais les joueurs n’ont pas boudé leur plaisir. Prenez Derek Roy, ancien attaquant des Sabres. En février 2018, il avait 34 ans et jouait à Linköping, en Suède.

Il était venu près de participer aux Jeux de Vancouver, en 2010. Le Franco-Ontarien était alors au cœur d’une saison de 69 points, après en avoir amassé 70 et 81 lors des deux campagnes précédentes. Mais il n’avait pas été retenu.

L’invitation de Hockey Canada pour PyeongChang était donc un cadeau du ciel pour Roy.

« Je me souviens du premier match du tournoi, contre la Suisse, pendant le warm-up. Je m’étirais et j'ai levé la tête. Des fois, tu regardes dans la foule et tu ne vois personne.

« Mais là, j’ai vu ma famille avec un gros drapeau du Canada. J’ai regardé mon chandail. Je me suis dit : “Oh my God, je suis aux Jeux olympiques !” C’est là que je l’ai vraiment réalisé. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Thomas, en 2018

Des jeunes ou des vieux ?

En 2018, Hockey Canada s’était tourné vers des joueurs comme Roy et Lapierre, qui avaient de l’expérience dans la LNH, mais qui étaient en deuxième moitié de carrière. L’âge moyen des joueurs était de 31 ans ; le plus jeune du groupe était l’ancien du Canadien Christian Thomas, 25 ans.

Équipe Canada avait tendu une perche à Cale Makar, 19 ans, en vain.

Des voix s’élèvent maintenant pour que la sélection canadienne ouvre ses portes aux plus jeunes, par exemple à des joueurs qui disputeront le Mondial junior, la semaine prochaine. L’idée ne plaît pas à nos deux joueurs sondés, notamment parce que certains de ces patineurs avaient l’occasion de prouver ce dont ils sont capables sur une grande scène pour la première fois.

Quelques gars de notre équipe n’avaient jamais joué dans la LNH. C’était donc cool pour eux. Ils avaient joué toute leur carrière en Europe, mais c’étaient de bons joueurs aussi.

Derek Roy

« Il faut faire attention, prévient Lapierre. Oui, j’aime ça voir des jeunes. Mais prends les meilleurs d’Europe… Tu ne vas pas te balader dans le parc ! Auston Matthews a joué à Zurich à 18 ans, et je l’affrontais. Il était bon, mais ce ne sont pas tous des Auston Matthews, les juniors !

« Prends Cole Caufield en ce moment… Les meilleurs joueurs de la Russie sont plus forts qu’une équipe de la Ligue américaine. C’est un gros calibre, même si ce n’est pas la LNH. »

Leçon de vie

Pour Derek Roy comme pour Maxim Lapierre, la participation aux JO a constitué une bonne leçon de vie qui s’applique à tout jeune hockeyeur.

« En 2010, j’avais été l’un des derniers joueurs retranchés, rappelle Roy. Et huit ans plus tard, je suis l’un des assistants au capitaine. C’est la preuve que tu ne sais jamais ce qui peut arriver et que tu dois continuer à travailler fort. »

Le parcours de Lapierre était encore plus improbable. De son propre aveu, il n’était pas dans les plans et avait été invité à la Coupe Spengler (qui tenait lieu de camp d’évaluation pour Équipe Canada) au tout dernier moment, « parce qu’on avait eu des blessés », précise-t-il. Comme il jouait à Lugano, en Suisse, il était à deux heures de route de Davos.

On a paqueté les affaires et on est partis à 5 h du matin pour arriver à temps pour l’entraînement. J’étais un remplaçant. On avait des exercices de désavantage numérique, et ils ont dû aimer ma vitesse. J’ai commencé sur le quatrième trio, j’ai fini le premier match sur le deuxième.

Maxim Lapierre

« J’avais faim, je voulais prouver que j’avais ma place, j’avais 600 matchs dans la LNH, rappelle Lapierre. Je devais casser ma réputation de joueur de quatrième trio dans la LNH pour celle d’un gars rapide capable de produire de l’attaque en Europe.

« Peu importe ton âge, peu importe ce que tu as fait dans ta carrière, tu dois toujours te prouver. J’ai appris que, quand tu ne lâches pas, tout peut arriver. J’avais recommencé à me dire de continuer d’y croire, comme quand j’étais jeune. »

Aujourd’hui, Roy et Lapierre ont une médaille de bronze olympique dans leurs souvenirs. Combien de hockeyeurs peuvent en dire autant ?