(Elmont, New York) Le match Golden Knights-Islanders est fini depuis une heure lorsque l’on prend place dans la navette qui relie le tout nouveau UBS Arena à la gare fonctionnelle la plus proche.

Publié le 19 déc. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

« Que faites-vous avec votre grosse valise ? s’étonne le chauffeur.

– Je suis venu au match directement de l’aéroport. Mais j’ai fait ça pour rien, le match de demain est annulé.

– Le match est annulé ? Congé pour moi ! »

On aurait aimé vous rapporter des réactions aussi enthousiastes des joueurs, mais voici le mieux que l’on a obtenu.

« On l’a appris en rentrant au vestiaire après le match », a admis Jean-Gabriel Pageau, quelques minutes après une défaite de 4-3 des Islanders en tirs de barrage.

« La LNH et l’Association des joueurs ont pris la bonne décision. On aime jouer devant nos partisans, on jouait bien dernièrement, mais c’est hors de notre contrôle. Je suis sûr qu’ils ont pris la décision en fonction de la sécurité des joueurs et des familles. »

Les cobayes

On devine que personne ne sera fâché, chez les Islanders, d’éviter d’accueillir le Canadien, une équipe à risque d’éclosion. Dans les deux derniers jours, deux joueurs ont été inscrits à la liste des absents liés à la COVID-19 (Artturi Lehkonen et Laurent Dauphin), et Cédric Paquette est en isolement préventif en attendant des résultats de tests.

C’est que les insulaires ont déjà donné en matière de virus. Fin novembre, un peu avant l’explosion des cas dans la LNH, ils avaient sept joueurs indisponibles au même moment. Un seul de leurs matchs a été reporté, mais leur éclosion a coïncidé avec une séquence de 11 défaites de suite.

C’est pourquoi Barry Trotz, entraîneur-chef de l’équipe, n’était guère porté à s’émouvoir lorsqu’il s’est fait demander s’il approuvait la décision de la LNH de poursuivre la saison, malgré les éclosions un peu partout.

« Ils ont les chiffres et les personnes pour prendre ces décisions. Si tu peux jouer, tu joues, a simplement répondu le Manitobain. Personne ne nous prenait en pitié quand on avait nos cas de COVID. Nous et Ottawa avons été les cobayes, afin de permettre à la ligue d’amasser des données. Malheureusement, ça n’a pas fonctionné pour nous et on doit maintenant se sortir du pétrin. »

C’est sans doute aussi pourquoi l’équipe est si vigilante dans ses mesures de protection. Depuis l’éclosion d’il y a un mois, les Islanders fonctionnent exclusivement par visioconférence pour les entrevues. Par ici, on soupçonne toutefois que la prévention a le dos large et que le toujours méfiant Lou Lamoriello en profite pour éloigner les journalistes, mais c’est là une tout autre discussion…

Pour ou contre la pause ?

Officiellement, il y avait huit équipes en arrêt complet dans la LNH au moins jusqu’à Noël, dont le Canadien et les Maple Leafs, en date de dimanche soir. Dans les faits, on peut aussi ajouter les Sénateurs, les Jets, les Oilers et les Canucks ; même si ces équipes n’ont pas suspendu leurs activités, l’annulation des matchs nécessitant des passages aux frontières signifie qu’elles ne joueront vraisemblablement pas d’ici au passage du bon Saint-Nicolas dans leur cheminée.

Avec près de la moitié des équipes en pause, il y a donc lieu de se demander si une pause généralisée ne serait pas la meilleure option, qu’elle soit jusqu’à Noël ou jusqu’au 1er janvier.

L’option sera encore plus jouable s’il est confirmé que les joueurs de la LNH ne participeront pas aux Jeux olympiques, car cela permettrait de reprogrammer des matchs en février.

Brendan Gallagher n’a pas trop voulu s’avancer sur la question.

« On doit jouer 82 matchs, et on savait qu’on allait composer avec ça et qu’il y avait la possibilité qu’on doive reprendre des matchs. Tu ne veux pas jouer devant des gradins vides non plus », a rappelé le petit ailier droit du Canadien.

« Si tu peux déplacer des matchs pour avoir un amphithéâtre plein et que la solution passe par deux semaines d’arrêt, ça a du sens. Mais on ne veut pas arrêter. Comme tout le monde, on veut travailler, sentir qu’on a un but. Je suis sûr que le reste du monde se sent pareil. On veut trouver des solutions pour que ce soit sécuritaire. On ne ferme aucune porte. Il y a déjà des équipes à l’arrêt, mais si on est capables de jouer, on joue. »

Trotz, lui, a dit espérer que la pause de Noël soit suffisante pour endiguer les éclosions.

« S’ils peuvent s’en servir pour limiter la propagation, et que les autres équipes continuent en attendant, pourquoi ne pas continuer à jouer ? s’est demandé Trotz. Tu ne pourras pas rentrer tous les matchs au calendrier si on prend des pauses. On est une des équipes qui a joué le moins de matchs dans la ligue. Si on nous arrête, on devra jouer 23 matchs en 30 jours, et ce ne serait pas correct pour les athlètes, la ligue ou les partisans. La ligue fait ce qu’il faut. Continuons à jouer, on va trouver des solutions en cours de route. On aura des pauses naturellement dans le calendrier et on s’ajustera. »

Cela dit, son équipe évolue dans l’ombre d’une ville, New York, où on recense 6000 cas par jour (moyenne mobile des sept derniers jours). Bref, dans ces environnements où le feu est pris, les équipes devront prendre des mesures exceptionnelles pour limiter les contacts entre leurs membres et le reste de la population. Sans quoi une pause ne donnerait rien.

Avec Simon-Olivier Lorange, La Presse