Ta plus grande qualité ? Comment définis-tu l’autonomie ? Pourquoi on devrait te choisir ? Es-tu disponible les soirs et les fins de semaine ?

Publié le 11 déc. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Ces questions, on les a toutes entendues lorsqu’on a postulé pour un emploi de commis à la pharmacie du coin. Votre ado espère travailler dans une des 382 boutiques du Carrefour Laval ? Il a sûrement eu droit à ces classiques des entrevues.

Sauf qu’une entrevue pour devenir directeur général du Canadien de Montréal ne se passe pas exactement de cette façon. On imagine les questions un brin plus corsées.

Ce n’est évidemment pas le genre d’exercice que les équipes publicisent. De plus, la plupart des candidats qui étaient dans la course lors de la dernière embauche, en 2012, ont des emplois ailleurs, et l’un d’eux vient d’être remercié par le Tricolore.

François Giguère, par contre, n’est plus dans le monde du hockey. Du moins, pas directement.

L’ancien directeur général de l’Avalanche est maintenant planificateur financier chez A&I Financial Services, une firme établie au Colorado. On dit qu’il n’est plus « directement » dans le hockey parce qu’il agit encore comme agent pour des entraîneurs, un mandat qu’il accomplit dans la plus grande discrétion. Il refuse d’ailleurs même de nommer les gens de hockey qu’il représente.

Giguère a toutefois bien voulu revenir sur son expérience en entrevue avec le Canadien en 2012.

Le court et le long terme

Notre homme se présentait à l’entrevue dans un rôle de négligé. Giguère avait été DG de l’Avalanche de 2006 à 2009, avait travaillé comme consultant pour les Bruins la saison suivante, puis n’avait pas occupé d’emploi dans la LNH lors des deux années suivantes.

PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL

Le 24 mai 2006, François Giguère (à gauche) était nommé au poste de directeur général de l’Avalanche du Colorado par Pierre Lacroix (à droite), qui voulait se concentrer alors sur son rôle de président de l’équipe.

« Ce n’était peut-être pas ma dernière chance, mais c’était une de mes dernières. Plus on est longtemps en dehors de la game, plus c’est dur de revenir, surtout dans le poste numéro 1 d’une organisation », rappelle-t-il au bout du fil.

Son entrevue s’est déroulée en présence de Geoff Molson et de Kevin Gilmore, qui était alors chef de l’exploitation du Canadien. Serge Savard, qui avait agi comme conseiller dans cette aventure, n’y était donc pas.

Ce que des dirigeants veulent savoir dans de telles entrevues ? « Ils veulent évaluer nos compétences individuelles, note-t-il. Et ils veulent savoir comment on améliorerait la situation. Quelle serait notre vision pour l’organisation ? »

À court terme, c’est comment améliorer l’équipe sur la glace. Mais à long terme, c’est comment structurer le dépistage, le développement des joueurs et l’identité que l’on veut donner à l’équipe.

François Giguère

Giguère insiste sur ce dernier point. Les entraîneurs se font souvent questionner sur l’« identité » qu’ils veulent donner à leur club, mais bien souvent, la réponse part d’en haut.

« Les Flyers, par exemple, ont longtemps eu l’identité d’un club dur à affronter, plus gros. Les Oilers, c’est un club qui patine, relève-t-il. C’est important de définir l’identité, car une fois que c’est fait, ça doit aller à tous les niveaux. Par exemple, les dépisteurs doivent bien connaître l’identité que l’on cherche pour orienter leurs choix. »

Par les gestes qu’il a faits, on devine un peu quelle identité Marc Bergevin a présentée à Molson lors de son entrevue. Dès son premier été, il a réglé l’avenir devant le filet en accordant un contrat de six ans à Carey Price, celui autour de qui il a bâti son équipe.

Le contrat de Price avait été annoncé le 2 juillet. La veille, il s’entendait pour quatre ans avec le joueur autonome Brandon Prust. Le 29 juin, il accordait aussi une entente de quatre ans à un autre joueur teigneux, Travis Moen. Au repêchage de 2013, le premier sur lequel il a véritablement pu mettre son empreinte, le CH a repêché les hommes forts Michael McCarron au premier tour et Connor Crisp au troisième tour.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Michael McCarron lors du camp des recrues du Canadien, à l’été 2013

Cette vision s’est aussi transposée dans ses embauches. Son premier entraîneur-chef a été Michel Therrien, un coach qui n’a jamais détesté le jeu rude. Ses nouvelles embauches, à l’exception de Rick Dudley, ont toutes été des joueurs qui ont collectionné les minutes de pénalité pendant leur carrière ; Scott Mellanby, Shane Churla et Rob Ramage en ont amassé plus de 2000 chacun !

Pierre Lacroix, un précédent

Giguère a commencé dans le milieu du hockey chez les défunts Nordiques. Il travaillait donc pour l’organisation quand l’agent Pierre Lacroix a traversé du côté sombre de la force pour devenir DG.

Gorton a évoqué la possibilité qu’un agent soit embauché, et rapidement le nom du Montréalais Kent Hughes s’est mis à circuler.

Le plus gros défi pour l’agent, c’est que la relation change si on a des clients dont on devient tout d’un coup le patron. Mais Pierre Lacroix n’a pas eu du succès parce qu’il était un bon agent. Il en a eu parce qu’il était un meneur d’hommes incroyable.

François Giguère

« C’est la même chose pour le prochain DG. Ce n’est pas parce que ce sera, par exemple, un ancien joueur qu’il aura du succès. Il en aura parce qu’il a une vision, parce que c’est un meneur d’hommes et de femmes. »

Cela dit, Gorton n’est lui-même pas un ancien joueur. Les agents qui ont aussi joué dans la LNH sont plutôt rares. Avec son ouverture à engager un candidat « du champ gauche », n’y a-t-il pas un risque de manquer de gens qui ont connu la LNH en tant que joueurs ?

« Non, pourquoi fermer des portes ? se questionne Giguère. La clé de chaque candidat est de reconnaître ses forces et ses faiblesses, et de s’assurer de s’entourer de gens qui ont des qualités complémentaires. Un ancien joueur va avoir des qualités que quelqu’un ayant mon background n’a pas. Moi, je devais m’entourer de bons évaluateurs de talent, car ce n’était pas ma force… »

Un quatrième nom

Plus les jours passent, plus on en sait sur le processus qui mènera à l’embauche du prochain directeur général du Canadien.

Il semble donc que le comité qui devra trouver le bon candidat sera un quatuor, et non pas un trio. Nos confrères François Gagnon (RDS) et Renaud Lavoie (TVA Sports), qui étaient en Floride pour la réunion des gouverneurs de la LNH, ont en effet indiqué que Michael Andlauer siégerait également au comité de sélection. Le nom d’Andlauer s’ajoute à ceux de Bob Gainey, Jeff Gorton et Geoff Molson.

Andlauer avait également fait partie du processus décisionnel qui avait mené à l’embauche de Bergevin en 2012. Il fait partie des propriétaires minoritaires du Canadien, et on le dit bien branché, tant dans les médias que dans la LNH, lui qui participe parfois à la réunion des gouverneurs. Il était aussi propriétaire des Bulldogs de Hamilton lorsque cette franchise était le club-école du Canadien, soit jusqu’en 2015.

Andlauer est établi dans la région de Hamilton, mais est originaire de Montréal et parle très bien français, nous dit-on.

Notons toutefois qu’au sein de ce comité, Geoff Molson est le seul des quatre à habiter Montréal à temps plein. Aucun des quatre n’a le français comme langue maternelle.