Comme directeur général des Rangers de New York, Jeff Gorton a supervisé la reconstruction de son équipe. Comme vice-président des opérations hockey du Canadien de Montréal, il aura le feu vert de son patron s’il le convainc que repartir à zéro est un passage obligé pour que son club remporte Coupe Stanley dans un avenir appréciable.

Mis à jour le 29 nov. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Propriétaire et président du Tricolore, Geoff Molson a longuement vanté les qualités de Gorton, embauché au cours des derniers jours. Or, il a surtout insisté sur le fait que son nouveau VP, ainsi que le directeur général qui doit encore être embauché, auront les coudées franches pour faire leur travail, et que lui-même ne s’immiscera pas dans les décisions de hockey.

« Je n’ai pas peur de ce mot, et je ne crois pas que nos partisans devraient avoir peur de ce mot non plus », a tranché Molson à propos de l’idée d’une reconstruction.

« Tout est possible, a-t-il ajouté. Ce que je veux, c’est gagner. Je n’ai pas peur de prendre des décisions difficiles pour le bien de l’organisation. »

Gorton et son DG devront établir leur « vision » et identifier les changements à apporter dans la structure organisationnelle ainsi que dans la formation sur la glace. Si, au terme de ce travail, la solution qu’ils envisagent passe par une reconstruction complète, la porte de Molson sera ouverte.

« Je suis quelqu’un qui écoute et qui pose beaucoup de questions avant de me faire une opinion ; si ça m’est proposé, je vais l’accueillir sérieusement », a-t-il dit au cours d’un point de presse d’une heure.

L’évocation d’une solution aussi drastique n’est pas fortuite. Car il y a trois ans à peine, Gorton envoyait aux détenteurs d’abonnements des Rangers de New York une lettre pour expliquer la longue route qui attendait son équipe. Un processus qui a nécessité le sacrifice de joueurs appréciés du public, mais également de soldats de longue date. On décrit d’ailleurs le nouveau VP comme un gestionnaire patient et objectif, qui ne se laisse pas guider par l’émotion.

Autrement dit, s’il devait y avoir reconstruction, il en serait l’architecte tout désigné.

Bête à deux têtes

On évoque Gorton au singulier, mais Molson a plusieurs fois répété à quel point, à ses yeux, la direction des opérations hockey devenait une bête à deux têtes chargée d’orchestrer le « nouveau départ » du Canadien.

La recherche d’un directeur général s’amorce immédiatement. Celle-ci s’annonce « exhaustive » et a comme objectif une embauche « aussi tôt que possible ».

Geoff Molson a insisté sur le fait que gérer l’équipe dans un marché sous haute pression comme Montréal était « une responsabilité importante avec plusieurs angles à couvrir ». Au cours des derniers mois, il est arrivé à la conclusion que de confier toutes les tâches à une seule personne – nommément Marc Bergevin – était excessif. Après avoir « fait ses recherches », il se réjouit aujourd’hui d’avoir trouvé un candidat de renom, qui lui a été recommandé par plusieurs personnes, y compris par Gary Bettman.

Avec « deux personnes pour discuter et débattre [pour] prendre une bonne décision », le président souhaite ainsi « maximiser » ses « chances de succès ». Molson a par ailleurs identifié le recrutement amateur et le développement des joueurs comme priorités de la nouvelle administration, deux chantiers qui s’annoncent majeurs.

Le modèle n’est pas complètement inédit. Par exemple, l’ex-employeur de Gorton, à New York, continue de compter sur Glen Sather, même s’il est officiellement à la retraite. Il est encore très influent dans son rôle de « conseiller sénior ».

Deux éléments restent toutefois en suspens : le partage exact des tâches ainsi que le lien hiérarchique entre Gorton et le directeur général.

Gorton portera en effet le titre de vice-président, mais on ne sait pas encore si le DG sera aussi un VP – le Canadien précise toutefois que les deux relèveront du président. Même si Molson a assuré que le DG « doit vivre avec les décisions » sur le plan du hockey, le rôle de conseiller de Gorton lui donnera une influence certaine sur lesdites décisions.

En outre, Molson a largement vanté l’« expérience » de son nouveau VP et exprimé le souhait que le DG soit son « complément », avec « une vision et une expertise différentes ». On peut donc imaginer la nomination d’un DG plus jeune ou encore d’une personne qui en serait à une première expérience à ce poste.

« Marché »

Dans tous les cas, d’ici à ce que le DG soit trouvé, c’est Gorton qui gérera l’équipe au quotidien. À terme, c’est une « équipe de deux » qui « travaillera ensemble dans ce marché pour réussir ».

La mention du marché est revenue souvent dans l’allocution de Molson. Là encore, rien d’anodin. Le propriétaire a déjà indiqué que Jeff Gorton débarquerait à Montréal mardi ou mercredi, et qu’il serait domicilié dans la métropole. Sa famille est censée le rejoindre avant le début de la prochaine année scolaire.

Il faut savoir que plusieurs dirigeants du Tricolore, au cours des dernières années, n’habitaient pas la région de Montréal. Pierre Gauthier demeurait tout juste au sud de la frontière américaine. Scott Mellanby, adjoint de Marc Bergevin ayant démissionné samedi dernier, habitait lui aussi aux États-Unis, tout comme Sean Burke, directeur des gardiens de but, et Martin Lapointe, directeur du personnel des joueurs. Trevor Timmins, directeur du recrutement amateur congédié dimanche en même temps que Marc Bergevin, demeurait pour sa part en Ontario.

Molson n’a pas indiqué s’il s’attendait à ce que le remplaçant de Timmins habite au Québec – le futur candidat sera le choix du duo VP-DG, de toute façon.

Une chose semble toutefois claire : les décisions se prendront à Montréal.

En bref

Volonté de diversité

Parmi les orientations à « haut niveau » que devront prioriser les nouveaux responsables des opérations hockey, Molson a insisté sur la « diversité » qu’il souhaitait voir apparaître dans les embauches futures. « Il y a une importante opportunité d’introduire différentes perspectives dans l’organisation, ça va nous rendre meilleurs et nous faire prendre de meilleures décisions. » Le Canadien, de fait, compte sur des femmes dans les hautes sphères de son administration, mais aucune ne travaille dans le département hockey, que ce soit au sein de la direction, du personnel d’entraîneurs ou encore sur le plan du recrutement ou du développement des joueurs. On n’y retrouve non plus aucune personne racisée, à la seule exception de Francis Bouillon, dont le père est haïtien.

Ducharme est sauf… pour le moment

Il n’est pas rare qu’après des changements à la direction d’une équipe, le personnel d’entraîneurs soit appelé à se renouveler. Geoff Molson a donc été interrogé sur la sécurité d’emploi de Dominique Ducharme, qui est en poste depuis moins d’un an. « D’autant que je sache, il est l’entraîneur et il est ici pour rester », a-t-il répondu. Par contre, a-t-il rapidement nuancé, ce n’est pas à lui que reviennent les décisions concernant les entraîneurs. Selon M. Molson, le sujet n’a même pas été abordé avec Jeff Gorton. C’est tout de même ce dernier qui, avec le futur directeur général, décidera du sort de Ducharme.

Une relation à améliorer avec les médias

Pour des raisons évidentes, ce sont les noms de Marc Bergevin et de Trevor Timmins qui ont retenu l’attention au cours des derniers jours, mais le grand ménage du Tricolore a aussi coûté son poste à Paul Wilson, vice-président principal, affaires publiques et communications du groupe CH. Geoff Molson a dit avoir pris la « décision difficile » de se départir de « quelqu’un qui a mis son cœur dans l’organisation ». Sans entrer dans les détails, le président du club a toutefois parlé d’une nécessaire « amélioration à faire avec [les médias] en termes de relation et de communication ». À ses yeux, le rapport entre l’organisation et les médias s’est effrité pendant la pandémie de COVID-19. Là aussi, il s’attend à un « nouveau départ ».

Le DG sera bilingue

Dès dimanche, Geoff Molson a affiché ses couleurs : son prochain DG sera bilingue. « On habite au Québec, où le français est une langue prédominante, alors il est essentiel que les personnes qui communiquent avec les partisans sur une base régulière » puissent être compris, a-t-il insisté. Montréal est un marché « unique » où l’on doit « respecter les deux langues ». Jeff Gorton, un Américain, ne parle pas français, mais M. Molson a expliqué avoir fait cette concession puisqu’il ne sera pas le principal visage de la direction du club. « C’est surtout le DG qui communiquera avec les partisans. »