Retour, saison par saison, sur le règne de Marc Bergevin au poste de directeur général du Canadien.

Publié le 28 nov. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

2012-2013 : Sur le tapis rouge

  • Premier choix au repêchage : Alex Galchenyuk (3e au total)
  • Fiche du club : 29-14-5 : 63 points (saison écourtée)
  • Classement : champion de la division Nord-Est
  • Séries éliminatoires : élimination au premier tour

Le 2 mai 2012, Marc Bergevin devient le 17e directeur général de l’histoire du Canadien. Et la métropole en entier lui déroule le tapis rouge.

L’équipe a connu une saison pitoyable, et l’administration sortante, menée par Pierre Gauthier, s’est aliéné le public montréalais. Le nouveau DG est l’antithèse de son prédécesseur : souriant, charismatique, moqueur. Et le Québécois n’a pas à rougir de son CV : après plus de 1200 matchs comme défenseur, il a grimpé un à un les échelons au sein du personnel des Blackhawks de Chicago, dont il était l’adjoint au directeur général avant d’accepter le poste avec le CH.

À l’unanimité, les médias accueillent la nomination favorablement. Ils ont encore en tête le sympathique personnage qu’ils ont connu pendant sa longue carrière sur la glace.

Dès son arrivée, les dossiers chauds sont nombreux sur son bureau, et il les traite méthodiquement. Il embauche l’entraîneur-chef Michel Therrien. Il liquide le contrat de Scott Gomez et refile celui d’Erik Cole aux Stars de Dallas. Sans contrat, P.K. Subban rate les premiers matchs de la saison, mais il accepte finalement une entente de deux ans.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Scott Gomez

Aux jeunes vedettes en ascension – Subban, Max Pacioretty, Carey Price – ainsi qu’aux recrues qui font leurs débuts dans la LNH – Brendan Gallagher, Alex Galchenyuk –, Bergevin adjoint des vétérans au bas prix, une habitude qui le suivra pendant tout son règne.

Sur la glace, le club connaît une excellente saison et remporte le titre de sa division, avant toutefois de s’incliner au premier tour devant les Sénateurs d’Ottawa.

2013-2014 : Le sommet (ou presque)

  • Premier choix au repêchage : Michael McCarron (25e)
  • Fiche du club : 46-28-8 : 100 points
  • Classement : 3e rang de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : finale de l’Association de l’Est

Le groupe gagne en maturité, et des nouveaux venus ont un effet instantané. Le joueur autonome Daniel Brière s’entend avec le CH, notamment, et Dale Weise s’amène depuis Vancouver. Cette dernière transaction fait peu de bruit, mais ce joueur de soutien devient rapidement l’un des favoris du public. À la date limite des transactions, Bergevin frappe un coup de circuit en mettant la main sur Tomas Vanek, l’un des attaquants les plus convoités sur le marché.

Les séries éliminatoires venues, le club est tout feu, tout flamme. Il se débarrasse d’abord du Lightning de Tampa Bay en quatre matchs et livre ensuite un combat de titans aux Bruins de Boston. Le Tricolore, en retard 3-2 dans la série, remporte les deux rencontres suivantes, dont le septième et dernier duel disputé au TD Garden.

Carey Price connaît, et de loin, les meilleures séries de sa jeune carrière. Or, le premier match de la finale d’association, contre les Rangers de New York, vire au cauchemar lorsque l’attaquant Chris Kreider entre en contact avec le gardien. Blessé, Price doit déclarer forfait. Le CH et son réserviste Dustin Tokarski s’inclinent en six rencontres.

De l’avis général, le noyau du club arrive à maturité. La « fenêtre » semble s’ouvrir, et on rêve concrètement à la Coupe Stanley.

2014-2015 : Dominations

  • Premier choix au repêchage : Nikita Scherbak (26e)
  • Fiche du club : 50-22-10 : 110 points
  • Classement : champion de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : élimination au 2e tour

Pendant l’été, Bergevin consent à P.K. Subban le contrat le plus onéreux de l’histoire de la franchise : 8 ans et 72 millions. Le défenseur est ainsi au troisième rang des joueurs les mieux payés du circuit, et le plus riche à sa position.

L’élan acquis en séries propulse le club dès le début de la saison suivante. Max Pacioretty consolide sa posture de leader offensif du groupe, Subban atteint la barre des 60 points pour la première (et seule) fois de sa carrière, Andrei Markov renoue avec le club des 50 points. À la date limite des transactions, Bergevin met la main sur le défenseur Jeff Petry contre des choix au repêchage.

Toutes ces mentions individuelles sont toutefois éclipsées par les performances de Carey Price.

Il dispute la saison de sa vie. Sa moyenne de buts alloués de 1,96 et son taux d’efficacité de ,933 lui valent les trophées Vézina (meilleur gardien) et Hart (joueur le plus utile à son équipe), une rareté pour les gardiens de but.

Porté par ces performances, le CH connaît sa meilleure saison en un quart de siècle : il atteint les plateaux des 50 victoires et des 110 points pour la première fois depuis 1989.

Malgré tout, le parcours en séries s’arrête au deuxième tour. Après avoir disposé des Sénateurs d’Ottawa en six matchs, le Canadien s’incline, aussi en six rencontres, devant le tout-puissant Lightning de Tampa Bay.

2015-2016 : Premiers ratés

  • Premier choix au repêchage : Noah Juulsen (26e)
  • Fiche du club : 38-38-6 : 82 points
  • Classement : 6e rang de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : le club rate les séries par 14 points

Le CH a trouvé son nouveau capitaine : Max Pacioretty portera le C.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Max Pacioretty

Pour la première fois depuis son entrée en poste, Bergevin voit certaines de ses décisions tourner au vinaigre. L’acquisition de l’attaquant Alexander Semin est un échec, et l’association entre le Russe et le club ne dure que quelques semaines. Tomas Fleischmann connaît un bon début de saison, mais devient rapidement un joueur marginal.

Pendant l’été, le DG avait échangé Brandon Prust aux Canucks de Vancouver contre Zack Kassian. Les frasques hors de la glace de cet ex-choix de premier tour lui valent toutefois d’être rééchangé rapidement contre le gardien Ben Scrivens, qui ne fera que passer à Montréal.

Le Canadien, par ailleurs, découvre la vie sans Carey Price. Après un départ époustouflant de 10 victoires en 12 matchs, le gardien se blesse à un genou et ne jouera plus de la saison. En relève, Mike Condon fait son possible, mais la défense est, elle aussi, minée par les blessures.

La saison est à l’eau. Or, en fin de parcours, le DG réalise probablement la meilleure transaction de son règne en envoyant Weise et Fleischmann aux Blackhawks de Chicago. Le jeune joueur de centre Phillip Danault et un choix de deuxième tour en 2018 font le chemin inverse. Ce choix sera utilisé pour sélectionner Alexander Romanov.

2016-2017 : Les coups de tonnerre

  • Premier choix au repêchage : Mikhail Sergachev (9e)
  • Fiche du club : 47-26-9 : 103 points
  • Classement : champion la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : élimination au 1er tour

La plus grosse nouvelle de la saison survient longtemps avant qu’elle ne commence. Tout de suite après le repêchage, Bergevin surprend la LNH en échangeant P.K. Subban aux Predators de Nashville en retour du vétéran Shea Weber. La province est en émoi : depuis le départ de Patrick Roy, aucune transaction n’a autant fait jaser.

Sur la glace, le CH retrouve sa superbe. Carey Price reprend là où il a laissé avant sa blessure. En attaque, le nouveau venu Alexander Radulov fait sa marque. Le teigneux Andrew Shaw, acquis pendant l’été, devient l’un des favoris dans le vestiaire.

En février, après une séquence pénible de seulement 3 victoires en 10 matchs, Bergevin montre la porte à Michel Therrien et le remplace par Claude Julien, et ce, en dépit du fait que l’équipe trône toujours au sommet de sa division.

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Claude Julien

Le DG connaît, quelques jours plus tard, une date limite des transactions pénible. Désireux d’ajouter du muscle à sa formation, il acquiert, coup sur coup, le défenseur Brandon Davidson ainsi que les attaquants Dwight King, Steve Ott et Andreas Martinsen. Aucun d’entre eux n’a un réel impact, et les séries éliminatoires venues, le CH s’incline en six matchs contre les Rangers de New York.

2017-2018 : Les bas-fonds

  • Premier choix au repêchage : Ryan Poehling (25e)
  • Fiche du club : 29-40-13 : 71 points
  • Classement : 6e rang de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : le club rate les séries par 26 points

L’été 2017 est, de l’avis quasi unanime, le pire du règne de Marc Bergevin comme directeur général. En l’espace de quelques jours, le DG voit partir quatre défenseurs gauchers : Nathan Beaulieu, Mikhail Sergachev, Alexei Emelin et Andrei Markov. La perte de ce dernier est la plus douloureuse, car même à 38 ans, le Russe était encore une valeur sûre à la ligne bleue. Ni David Schlemko, ni Karl Alzner, ni Joe Morrow ne contribuent à faire oublier Markov.

Sergachev, pour sa part, est échangé au Lightning de Tampa Bay en retour de Jonathan Drouin, qui devient la plus grande vedette québécoise du CH depuis José Théodore.

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Jonathan Drouin

La direction souhaite toutefois employer Drouin au centre, l’un des nombreux éléments qui alimenteront les déboires du CH cet hiver-là.

Ennuyé par une blessure, Carey Price connaît la pire saison de sa carrière, lui qui vient pourtant de signer une prolongation de contrat de 8 ans et 84 millions de dollars pendant la saison morte. Shea Weber est limité à 26 matchs. Les 37 points de Pacioretty constituent sa pire récolte depuis qu’il s’est établi à temps plein dans la LNH.

La saison se termine comme elle s’est amorcée : dans la misère.

2018-2019 : Ils méritaient mieux

  • Premier choix au repêchage : Jesperi Kotkaniemi (3e)
  • Fiche du club : 44-30-8 : 96 points
  • Classement : 4e rang de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : le club rate les séries par 2 points

Nouvel été chargé pour le DG. Bergevin se sépare d’abord d’Alex Galchenyuk, qu’il envoie aux Coyotes de l’Arizona en retour de Max Domi. Mais surtout, quelques jours avant le début du camp d’entraînement, il échange son capitaine Max Pacioretty aux Golden Knights de Vegas. Tomas Tatar, Nick Suzuki et un choix de deuxième tour s’amènent à Montréal.

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Max Domi

Cette dernière transaction demeure l’une des plus marquantes du dirigeant. Suzuki est cédé à son club junior, mais Tatar devient un attaquant d’impact, à la gauche de Phillip Danault et de Brendan Gallagher. Domi, lui aussi, se plaît dans la métropole : ses 72 points, alors qu’il est employé au centre, constituent, de loin, la meilleure saison de sa carrière encore à ce jour.

Shea Weber, par contre, est limité à 58 matchs, et la défense s’en ressent. Carey Price, pour sa part, fait oublier ses contreperformances de la saison précédente.

La compétition relevée dans l’Association de l’Est coûte une place en séries éliminatoires au Canadien. La frustration est évidente, après 44 victoires et 96 points, soit trois de plus que trois clubs qualifiés dans l’Ouest.

2019-2020 : Un pas en arrière, un pas en avant

  • Premier choix au repêchage : Cole Caufield (15e)
  • Fiche du club : 31-31-9 : 71 points (saison interrompue par la COVID-19)
  • Classement : 5e rang de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : élimination au 2e tour (participation exceptionnelle)

L’analyse de la campagne 2019-2020 doit se faire en deux temps. La saison, d’abord, a constitué un recul évident pour l’organisation. Max Domi régresse, Jesperi Kotkaniemi aussi, au point où le Finlandais se retrouve dans la Ligue américaine. Jonathan Drouin est limité à 27 matchs. L’équipe connaît non pas une, mais deux séquences de huit défaites consécutives.

Un rare rayon de soleil perce les nuages, au tout début de l’année 2020, lorsque le DG embauche Ilya Kovalchuk. Le Russe, « fini » aux yeux de plusieurs, ne passe que quelques semaines à Montréal, mais sa présence redonne de l’énergie à ses coéquipiers et aux partisans.

Après la date limite des transactions, les attaquants en uniforme s’appellent Jordan Weal, Dale Weise, Lucas Vejdemo. En défense, on rappelle même Karl Alzner, en pénitence dans les mineures depuis plus d’un an. Devant les médias, Marc Bergevin apparaît fatigué et confus, incapable d’expliquer son plan pour l’avenir du club.

Parmi les éléments positifs, Phillip Danault confirme sa place comme premier centre de l’équipe, et le jeune Nick Suzuki fait des débuts prometteurs dans la LNH.

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Nick Suzuki

Le Tricolore ratera assurément les séries éliminatoires, mais la pandémie de COVID-19 met fin à la saison après 71 matchs. L’été venu, la Ligue annonce que 24 équipes prendront part au tournoi éliminatoire, ce qui permet au CH de s’y qualifier in extremis.

C’est ici que le bilan change de direction de façon draconienne. Tirés vers le haut par un Carey Price au sommet de son art, et assistant à l’éclosion au centre de Kotkaniemi et de Suzuki, les hommes de Claude Julien créent la surprise en éliminant les Penguins de Pittsburgh au tour préliminaire. Puis ils livrent une belle bataille aux Flyers de Philadelphie au tour suivant. Des jours meilleurs, soudain, semblent possibles.

2020-2021 : L’équipe Cendrillon

  • Premier choix au repêchage : Kaiden Guhle (16e)
  • Fiche du club : 24-21-11 : 59 points (saison écourtée)
  • Classement : 4e rang de la division Atlantique
  • Séries éliminatoires : élimination en finale de la Coupe Stanley

Encouragé par les résultats des récentes séries, Bergevin passe à l’attaque. En Josh Anderson, obtenu des Blue Jackets de Columbus contre Max Domi, il met enfin la main sur l’attaquant de puissance dont il rêve depuis longtemps. Par le truchement de transactions ou sur le marché des joueurs autonomes, il acquiert le gardien Jake Allen, le défenseur Joel Edmundson ainsi que les attaquants Tyler Toffoli et Corey Perry. Chacun d’eux comble une lacune dans son rôle respectif.

L’équipe connaît un départ canon, puis s’enfonce dans une série de défaites. Bergevin trouve que le temps est venu de procéder à un changement d’entraîneurs. Le 24 février, il congédie Claude Julien et Kirk Muller et les remplace par Dominique Ducharme, adjoint au cours des deux dernières saisons, et Alex Burrows.

L’impact de la nouveauté tarde à se faire sentir. Miné par les blessures, le Tricolore n’améliore pas vraiment sa position au classement et ne garantit sa participation aux séries éliminatoires qu’à l’avant-dernier match de la saison.

Les séries venues, tout pointe vers une élimination rapide, alors que les Maple Leafs de Toronto apparaissent comme un adversaire largement supérieur. En retard 3-1, le CH s’amène dans la Ville Reine pour y subir un revers prévisible.

Or, une étrange magie opère. Les hommes de Dominique Ducharme remportent trois matchs de suite pour passer au tour suivant. Ils balaient ensuite les Jets de Winnipeg en quatre matchs et accèdent à la finale de l’association.

Les y attendent les Golden Knights de Vegas, un autre adversaire présumé supérieur, mais le CH n’est pas impressionné : le soir de la fête nationale, un but en prolongation d’Artturi Lehkonen propulse l’équipe en finale de la Coupe Stanley, une première depuis la conquête de 1993.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Les joueurs du Canadien célèbrent à la suite du but d’Artturi Lehkonen en prolongation.

En finale, le Lightning de Tampa Bay s’impose en cinq rencontres. Il n’empêche que, malgré la déception de la défaite, le bilan est largement positif.

2021-2022 : La foire aux malheurs

  • Premier choix au repêchage : Logan Mailloux (31e)
  • Fiche du club : 6-15-2 : 14 points (après 23 matchs)
  • Classement : 7e rang de la division Atlantique

L’euphorie de la finale ne dure pas longtemps, alors que s’amorce une saison morte cauchemardesque pour le CH. Bergevin apprend d’abord que son capitaine Shea Weber sera vraisemblablement forcé à prendre sa retraite en raison de ses blessures accumulées. Le repêchage venu, il sélectionne au premier tour le défenseur Logan Mailloux, reconnu coupable d’inconduite sexuelle en Suède. Et il échoue à retenir Corey Perry, pourtant l’un de ses leaders incontestés. Phillip Danault quitte lui aussi l’organisation après avoir échoué à s’entendre sur les termes d’un nouveau contrat.

Parallèlement, le DG fait le pari de laisser Carey Price sans protection au repêchage d’expansion ; le Kraken de Seattle passe finalement son tour, mais la décision de l’état-major du CH crée la consternation. Pendant le camp d’entraînement, le gardien annonce qu’il quitte momentanément l’entourage de l’équipe pour adhérer au programme d’aide aux joueurs de la LNH. On apprendra plus tard qu’il combattait une dépendance aux substances.

Les Hurricanes de la Caroline réservent eux aussi une surprise au CH et déposent une offre hostile de 6,1 millions à Jesperi Kotkaniemi. Bergevin décide de ne pas égaler l’offre et utilise l’un des choix au repêchage compensatoires pour acquérir Christian Dvorak, des Coyotes de l’Arizona.

Le début de saison est pire que tout ce que quiconque aurait pu imaginer. Une absence des séries éliminatoires était attendue, mais sans doute pas une place au fond du classement. Sans Price et Weber, et en l’absence du défenseur Joel Edmundson, l’équipe s’effondre sur la patinoire et connaît, après 22 matchs, le pire départ de son histoire.