(Washington) Il fait froid en ce petit midi de semaine à Washington, mais Kelvin est au poste.

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

Dans sa tente plantée au coin de la rue M et de la 22e, l’homme d’une quarantaine d’années fait ce qu’il fait chaque jour : il peint. Souvent des toiles, souvent des personnages de l’univers des superhéros. Comme aujourd’hui, par exemple, où un Joker est en train de prendre forme sur une toile blanche qu’il tient sur ses genoux.

La tente de Kelvin lui sert aussi de maison ; de la main droite, il pointe le fond de la tente, où il entrepose aussi de petites bonbonnes de propane qui l’aident à chauffer la nuit. « Je dors ici depuis 2013 », explique-t-il sans broncher.

Sa « maison » est située dans le quartier Georgetown, et elle est entourée d’hôtels cinq étoiles et de petits cafés où on vous servira avec le sourire des lattés à 8 $.

S’il y a une métaphore idéale pour résumer Washington, une ville où il y a de l’argent, de la misère et presque plus rien entre les deux, c’est bien la tente de Kelvin.

« Avant, je demeurais dans un refuge, mais ils ont tout fermé. Il y a des coupes partout, alors ça donne ça. Il y a des gens qui se sont retrouvés dans la rue et qui se sont mis au commerce de la drogue, à la prostitution. Ce sont eux que la police vient ramasser. »

Moi, la police me laisse tranquille. Pourvu que je ne dérange pas les commerçants…

Kelvin

Quand il a récolté assez de dons dans sa journée, Kelvin abandonne sa tente et va s’acheter d’autres tubes de peinture pour ses futurs projets. Il prévoit peindre toute une série de tableaux sur les différentes incarnations du Joker au cinéma, de Jack Nicholson à Heath Ledger.

Ce qui ne l’empêche pas de se tenir un peu au courant de ce qui se passe au Capital One Arena, qui est à 15 minutes d’ici, mais qui pourrait aussi bien être situé dans un autre univers. « Je sais que les Capitals ont gagné le championnat il y a quelques années », dit-il.

Il fait froid, et en ce petit midi de semaine, les passants ne sont pas si généreux. Mais Kelvin garde le moral. « Moi, je suis ici depuis 2013 ; il y a un gars qui couche devant la Maison-Blanche depuis 40 ans… »

Sur ces mots, Kelvin retourne à ses tableaux. S’il lui reste de l’argent, il pourra aller à la station-service, en face, pour faire remplir ses petites bonbonnes de propane.