(New York) Si ç’a été bon pour Stéphane Richer, est-ce que ça peut aussi l’être pour Cole Caufield ?

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

À une époque bien différente, Richer a vécu ce que Caufield vit actuellement. Dans La Presse du 7 février 1987, un jeune Richard Hétu, envoyé spécial à Hartford, nous apprend que Richer a été cédé aux Canadiens de Sherbrooke. Un renvoi qui pourrait durer « entre une semaine et six mois », déclarait le directeur général de l’époque, Serge Savard.

« Je m’en rappelle comme si c’était hier, rétorque Richer au bout du fil. À 19 ans, j’ai passé toute la saison à Montréal. J’ai gagné la Coupe Stanley. Tu penses que tout est réglé, que t’es set for life ! »

Mais tout n’était pas encore réglé pour Richer. Choix de deuxième tour du Canadien en 1984, il s’était taillé une place avec l’équipe dès l’année suivante, inscrivant 21 buts en 65 matchs. Il ajoutera 4 buts en 16 matchs lors des séries éliminatoires, pour aider l’équipe à remporter la Coupe Stanley.

Richer a maintenu le rythme l’année suivante, avant de traverser une période plus rude à la fin de janvier, marquée par une séquence de sept matchs sans point et un différentiel de - 6.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

La Presse, 7 février 1987, p. C2

« La différence avec aujourd’hui, c’est que j’avais des gars comme Bob Gainey, Larry Robinson, Rick Green et Ryan Walter qui me disaient : “Stéphane, va dans les mineures, je sais que c’est pas facile, mais ce sera bon pour toi. Va scorer neuf buts en neuf matchs, ça va leur fermer la trappe. Et tu reviendras, parce qu’on va avoir besoin de toi en séries”. »

Richer avait finalement connu un séjour fructueux sur la King, inscrivant 14 points en 12 matchs. Il était revenu à Montréal pour la fin de la saison et les séries, mais c’est surtout la saison suivante que l’équipe en a récolté les bénéfices. C’est en effet en 1987-1988 qu’il a réussi la première de ses deux campagnes de 50 buts.

J’avais gardé ça en tête l’année suivante, j’avais gardé un goût amer pendant l’été.

Stéphane Richer

Remarquez qu’il avait aussi eu un coup de main d’un vétéran. On a tendance à l’oublier, mais Richer avait été repêché comme centre, position où le Canadien ne manquait pas de ressources. « Bob Gainey avait été voir l’organisation et il avait dit : “On a assez de centres avec Carbo, Bobby Smith, Ryan Walter, Brian Skrudland… Mettez-le à l’aile.” Ça a pris un vétéran qui a vu neiger et qui a dit qu’il fallait me donner ma chance. Ça a débloqué. »

Cette dernière partie de l’histoire ne se compare pas avec ce que vit Caufield actuellement, mais par ailleurs, les ressemblances sont fortes. L’arrivée dans la LNH sans passer par la Ligue américaine, l’ivresse d’une finale, les durs lendemains…

Caufield a disputé cinq matchs avec le Rocket de Laval depuis son renvoi. Il compte quatre points (un but, trois aides) et montre un différentiel de - 5.

« Le p’tit Caufield, c’est une bonne chose qu’il aille à Laval. Il est encore jeune, il a joué au collège quoi, 40 matchs par année ? Il n’a pas connu ce que c’est d’aller jouer à Chicago, de se coucher à 3 h et de retourner sur la glace à 10 h le lendemain matin. De grands joueurs sont passés par la Ligue américaine. Il n’y a pas de honte à ça. »

Une implication reconnue

La discussion avec Richer allait forcément dévier sur le hockey, mais on lui parlait surtout pour son implication en santé mentale. La semaine dernière, il a été nommé récipiendaire 2021 de la Médaille de la Fondation Douglas Utting « pour son travail de sensibilisation au sujet de la santé mentale auprès du grand public », lit-on dans le communiqué.

Cet engagement a commencé par un pur hasard, en 2009, lors d’un passage à la populaire émission de TSN Off the Record. Il s’était alors ouvert sur sa bataille avec la dépression, en direct, à heure de grande écoute dans une émission à portée nationale.

C’était une tournure inattendue dans la vie de l’ancien numéro 44. Richer n’a jamais été vu comme un grand orateur ; ses entrevues étaient d’ailleurs la cible de moqueries dans les émissions hebdomadaires de Rock et Belles Oreilles.

« Je n’ai jamais été le meilleur pour parler devant les médias, admet-il. J’étais gêné, je parlais vite, je n’étais pas prêt à parler devant les caméras. On dirait que la vie m’a amené ailleurs. »

À un moment donné, je me suis dit : “T’as réussi dans la vie, c’est peut-être ton tour d’aider quelqu’un d’autre.”

Stéphane Richer

Comme un joueur de hockey, Richer s’assure de simplifier les choses lorsqu’il parle en public. « Je ne suis pas parfaitement bilingue, mais ma femme m’aide quand c’est en anglais », décrit-il.

« J’essaie d’être plus bref, d’aller droit au but. Quand je parle, il n’y a pas de flafla, pas de notes. Je pars à 5 ans, je raconte que je mangeais des tapes derrière la tête, que je suis parti de chez moi à 14 ans. Je dis des choses qui viennent du fond du cœur. Si t’es sincère, les gens vont le sentir. Quand tu commences à aller à gauche, à droite, à essayer de montrer que t’es plus fin que les autres, ce n’est pas un vrai partage. »

PHOTO ARMAND TROTTIER, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphane Richer au Forum de Montréal en février 1986

Aujourd’hui, Richer donne des conférences ici et là. La pandémie a évidemment ralenti ses activités, mais dans le cadre de la remise de la médaille, il participera justement à une discussion virtuelle jeudi après-midi, en compagnie des docteurs Raymond Lam, Serge Beaulieu et Erin Michalak.

Il déplore toutefois la faible attention que reçoit la cause de la santé mentale au Québec et est justement prêt à en faire plus pour aider.

« Il y a 10 ans, je donnais plus de conférences, je jouais des matchs des Anciens et j’allais voir les jeunes de l’école locale. C’était du 2 pour 1 ! J’allais souvent à Hearst, à Timmins, dans les Maritimes et dans des réserves.

« Au Québec, c’est plus difficile… La mentalité est différente. Je ne sais pas si on prend ça moins à cœur ou si les gens pensent s’en sortir tout seuls. J’aimerais avoir plus de demandes au Québec. Peut-être qu’avec ce prix, ça va aider. Parce que je sais que quand je viens raconter ma petite histoire, je fais ma job dans la vie. »