C’est la consécration ultime. Celle à laquelle les hockeyeurs n’osent même pas rêver. Celle qui est réservée à la crème de la crème, aux légendes. Kim St-Pierre en fait maintenant officiellement partie. Elle a été intronisée au Temple de la renommée du hockey, lundi soir.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Voilà déjà un an et demi que Kim St-Pierre a reçu l’appel de Lanny McDonald lui annonçant son entrée au Temple de la renommée du hockey, en pleine séance de golf familiale. La pandémie, fidèle à son habitude, a repoussé la cérémonie d’intronisation de la cuvée 2020 d’un an, si bien qu’elle n’a finalement eu lieu que lundi soir, au Meridian Hall de Toronto.

L’attente en aura certainement valu la peine. À 42 ans, St-Pierre est devenue la première gardienne intronisée. La deuxième Québécoise, du même coup. Et la huitième femme. Elle était d’ailleurs accompagnée des autres membres de la cuvée : Jarome Iginla, Kevin Lowe, Doug Wilson, Marian Hossa et Ken Holland.

C’est Danielle Goyette, intronisée en 2017, qui a remis à St-Pierre sa plaque officielle du Temple sur la scène. La native de Châteauguay a ensuite livré un émouvant discours devant famille, amis et anciennes coéquipières, tous présents dans la salle pour l’occasion.

« La première fois que j’ai porté mes jambières de gardienne, le hockey féminin était loin d’être un sport olympique, a-t-elle dit d’entrée de jeu. Au fil de ma carrière, j’ai eu la chance de voir mon sport grandir. J’ai dédié une grande partie de ma vie au hockey, lequel m’a tout donné en retour. Ce soir, c’est un énorme honneur pour moi.

« J’ai grandi en jouant au hockey à Châteauguay, au Québec. En tant que petite fille, je ne voulais que pratiquer le sport que j’aimais. Enfiler les jambières me faisait sentir spéciale. »

Oui, j’étais différente et oui, j’ai fait face à de l’adversité, mais je ne changerais rien de mon histoire. Les garçons de mon équipe m’ont toujours fait sentir que j’avais ma place.

Kim St-Pierre

Kim St-Pierre n’a plus besoin de présentation. Ses exploits, on les connaît bien : 13 ans avec l’équipe canadienne, de 1998 à 2011, trois médailles d’or olympiques, cinq autres en Championnat du monde, et ça continue. La Québécoise a remporté deux fois la Coupe Clarkson avec les Stars de Montréal. En 2008, elle a pris part à un entraînement du Canadien en remplacement de Carey Price. En voulez-vous, des réussites ? En voilà.

Dans son discours, la nouvelle immortelle du hockey a remercié de nombreuses personnes qui ont eu un impact dans sa carrière, à commencer par Manon Rhéaume.

« De voir Manon Rhéaume jouer pour [le Lightning de] Tampa Bay en 1992 a tout changé pour moi. Manon a brisé tellement de barrières dans le monde du hockey et inspiré tellement de joueuses. Elle m’a aidé à croire que je pouvais moi aussi réaliser mon rêve d’un jour, peut-être, jouer pour le Canadien de Montréal. »

Elle s’est ensuite adressée à Dan Madden, ancien directeur général des Martlets de McGill, qui lui a proposé de se joindre à l’équipe en 1998. À l’époque, St-Pierre s’apprêtait à accrocher ses patins…

« Je ne mentirai pas : j’étais un peu effrayée, mais ç’a finalement été la décision qui a changé ma vie. J’ai rencontré des personnes incroyables, étudié dans une superbe université et transféré au hockey féminin. »

St-Pierre a aussi remercié Danièle Sauvageau, Hockey Canada et ses anciennes coéquipières avec l’équipe nationale comme Caroline Ouellette, Marie-Philip Poulin et Mélodie Daoust, qui s’étaient toutes déplacées à Toronto pour assister à l’évènement. Filmées par TSN, présentateur de l’évènement, les joueuses semblaient émues pour leur ex-coéquipière et amie.

L’ex-gardienne s’est ensuite adressée aux membres de sa famille, un à un, avant de conclure en regardant ses deux fils, Liam et Ayden.

« Liam, c’est le temps d’écouter », a-t-elle lancé à l’aîné, déconcentré par ce qui se passait autour de lui, ce qui a déclenché les rires du public.

« Souvent, quand ils vont au lit, ils me demandent de leur raconter des histoires à propos de mes expériences avec Hockey Canada, a continué St-Pierre. De voir les étoiles dans leurs yeux, ça n’a pas de prix. Liam et Ayden, comme dirait papa, ne laissez personne se placer entre vous et vos rêves. Je vous aime. »

Une ligue professionnelle féminine

En fin de discours, Kim St-Pierre a livré un poignant message aux jeunes joueuses de hockey qui rêvent d’un jour faire leur place dans le hockey.

« Je veux exprimer mon admiration à toutes les femmes dans le monde du sport qui brisent les barrières dans tellement de rôles différents. Votre détermination et vos accomplissements nous donnent la motivation de travailler plus fort et de toujours avancer. […] Nous avons le pouvoir d’accomplir n’importe quoi. Mais maintenant, c’est notre responsabilité de nous assurer que le hockey féminin continuera de grandir. Nous rêvons tous d’une ligue professionnelle féminine. Et maintenant, il est temps d’en faire une réalité.

« Au Temple de la renommée, merci de rendre cette soirée si spéciale dans ma vie et d’enseigner aux jeunes filles qui nous regardent ce soir que l’impossible n’existe pas et qu’elles peuvent être le changement. Que le hockey est pour tout le monde. Écrivez votre propre histoire et réalisez votre propre version de la grandeur. »

Kevin Lowe aussi intronisé

PHOTO DAVE SANDFORD/HHOF, TIRÉE DU COMPTE TWITTER @HOCKEYHALLFAME

Kevin Lowe et Mark Messier

L’ancien défenseur originaire de Lachute Kevin Lowe a aussi livré un discours touchant et teinté d’humour. « J’ai grandi à une distance de 60 minutes en auto du Forum de Montréal, qui a vu jouer de grands joueurs comme Henri Richard, Dickie Moore, Jean Béliveau, Guy Lafleur, a-t-il notamment souligné. Ma mère Jessie, qui est décédée il y a deux ans, était ma plus grande fan. Elle adorait Jean Béliveau. Il était un grand joueur de hockey, mais elle aimait encore plus le fait qu’il était une si belle personne. Alors je voulais devenir Jean Béliveau. » Lowe a été le premier choix au repêchage de l’histoire des Oilers d’Edmonton, en 1979. En 19 saisons dans la grande ligue, il a disputé 1254 matchs de saison et remporté 6 Coupes Stanley. L’ancien des Remparts de Québec dans la LHJMQ a été le sixième capitaine de l’histoire des Oilers.