(Boston) C’est une journée festive sur le campus de l’Université Northeastern en ce beau samedi matin.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Partout, des piétons tirés à quatre épingles. La circulation automobile est « dure à jouer contre », dirait un ancien entraîneur-chef. Du stationnement dans la rue ? Oubliez ça ! C’est la remise des diplômes des finissants de 2020, qui avait été reportée en raison de la pandémie, nous explique-t-on, quand on finit par arriver devant le Matthews Arena.

Une cérémonie qui semblait rendre Jordan Harris envieux. « J’aurai un dernier cours à faire à la prochaine session et j’aurai mon diplôme, je serai ici pour ma collation des grades », nous dit l’espoir du Canadien, en pointant vers l’extérieur.

À moins d’une catastrophe, Harris pourra aussi mettre la main sur un autre bout de papier, le printemps prochain, celui-là pas mal plus lucratif : un contrat de la Ligue nationale.

Harris dispute en effet sa quatrième et dernière année de hockey universitaire. Ce défenseur, repêché au 3tour (71e au total) par le Canadien en 2018, aura alors une décision à prendre : le Tricolore ou l’autonomie. Il aura en fait jusqu’au 31 mai pour s’entendre avec le CH, à défaut de quoi Montréal perdra ses droits sur le jeune homme.

La question fait jaser, car Harris avait la possibilité de s’entendre avec le Canadien en mars dernier. Il avait finalement décidé de rester à l’école une année de plus, notamment pour atteindre un objectif qu’il s’était fixé dès son repêchage : décrocher son diplôme.

Mais l’idée qu’un joueur fasse faux bond à l’équipe qui l’a repêché, afin de choisir sa destination, demeure toujours présente. « Les équipes sont toujours nerveuses quand elles ont un joueur qui joue sa quatrième année, surtout quand elles ont essayé de le sortir de l’université », faisait valoir un homme de hockey, samedi.

Et Harris, tout en restant fort élogieux envers l’organisation du Canadien, cache son jeu quand on lui demande directement s’il a l’intention de se joindre à l’équipe une fois sa saison universitaire terminée.

C’est une discussion qu’on aura à la fin de la saison. Je vais en parler avec mes parents, mes conseillers et le Canadien. Mais il n’y a rien pour me faire dire que je ne veux pas jouer à Montréal. Ce serait un rêve de jouer là-bas. L’organisation a été fantastique avec moi et ma famille. Donc il n’y a pas d’hésitation liée à l’organisation.

Jordan Harris

Les risques de l’instabilité

Il est normal que Harris se garde une petite gêne. En criant haut et fort son désir de signer un contrat avec Montréal, il enlèverait à son agent tout pouvoir de négociation.

Cela dit, le Canadien n’a peut-être pas le meilleur dossier à lui présenter. Harris est gaucher ; il joue donc du même côté que Joel Edmundson, qui détient un contrat valide jusqu’en 2024. Ben Chiarot écoule quant à lui la dernière année de contrat. Même s’il part, il restera Alexander Romanov, de même que les espoirs Kaiden Guhle et Mattias Norlinder. Guhle dispute la présente saison dans les rangs juniors, mais il a fait une forte impression au camp du Canadien.

Un agent aux aguets expliquera cette hiérarchie à son client. Il pourrait aussi se pencher sur le bilan du Canadien en matière de développement des joueurs. On devine ici que le portrait ne sera pas rose.

Dernier élément : qui prendra les décisions chez le Canadien ? Comme l’avenir de Marc Bergevin est incertain, celui de ses hommes de confiance l’est forcément. Or, le joueur sait que l’administration actuelle le tient en haute estime ; impossible de savoir quelle sera la vision de la prochaine administration, si changement il y a.

« Ça n’a aucun impact sur moi en ce moment, assure Harris. C’est plus une chose que M. Bergevin et l’organisation du Canadien doivent régler. Pour ma part, je joue au hockey, je vais à l’école, je veux avoir mon diplôme. Il faudra en parler à la fin de la saison. »

On insiste sur les hommes de confiance de Bergevin, car ce sont eux qui tissent des liens avec les espoirs. C’est à Rob Ramage qu’il parle le plus souvent.

« Je l’ai vu après notre match contre Harvard. Ça devait faire deux ans que je ne l’avais pas vu en personne, en raison de la pandémie ! rappelle Harris. Francis [Bouillon] et Scott Mellanby sont venus à notre match contre New Hampshire. »

C’est là une stratégie commune en développement des joueurs. Jake Evans, qui a lui aussi joué quatre ans au collège, recevait souvent de la visite du CH à sa dernière année.

Dans le cas de Harris, ces visites sont d’autant plus importantes que le jeune homme admet franchement ne pas avoir de grandes relations avec les autres espoirs du CH, qu’il a seulement vus aux camps de développement de 2018 et 2019.

« Je parle à Cayden [Primeau, ancien de Northeastern] de temps en temps, mais pas si souvent, honnêtement. Sinon, j’ai joué avec Cole [Caufield] au Championnat du monde junior. Mais je n’ai pas d’amis proches. Tu croises les gars dans des camps, comme Jake Evans. J’étais content de voir rappeler Michael Pezzetta. Mon cochambreur est ami avec lui, car il vient de Toronto. »

Autrement dit, Ramage est son lien le plus étroit avec l’organisation.

Impact incertain

Évidemment, l’intrigue autour de l’avenir de Harris dépendra aussi de son potentiel.

Cette saison, il est le capitaine des Huskies. Il compte 9 points en 12 matchs, après en avoir amassé 19 en 19 matchs la saison dernière. Il ne se voit toutefois pas de prime abord comme un défenseur offensif. « Défendre, faire de bonnes sorties de zone et tuer les jeux, c’est mon pain et mon beurre », décrit-il.

Les statistiques des minutes jouées ne sont pas publiées au niveau universitaire, mais notre homme dit obtenir un rapport détaillé de son équipe après chaque match. Il dit jouer en moyenne « entre 25 et 31 minutes par match ».

Cela n’assure toutefois pas qu’il sera prêt à avoir un impact dans la LNH dès l’an prochain. Prenez le cas de Jeremy Davies, autre défenseur qui a joué à Northeastern. De 2017 à 2019, ce Montréalais amassait un point par match. Plus de deux ans après avoir quitté l’école, il cherche toujours à s’établir à Nashville et n’a que 16 matchs au compteur, joués la saison dernière.

N’oubliez pas Struble !

On parlait plus haut et Guhle et Norlinder parmi les espoirs du CH à gauche en défense. Il y a aussi Jayden Struble, coéquipier de Harris à Northeastern. Son nom circule moins, d’abord parce qu’il est en troisième année, ensuite parce qu’il a souvent été blessé depuis que Montréal l’a repêché au 2tour en 2019, enfin parce qu’il ne présente pas des statistiques offensives aussi impressionnantes. « Je n’ai pas la production offensive que j’aurais voulue, mais c’est une question de temps », nous a-t-il confié, au bout du fil (l’entrevue devait se faire en personne, mais il était malade). Comme Harris, Struble refuse de s’avancer sur ses intentions à la fin de la saison. Seulement, il précise que l’obtention de son diplôme ne fera pas partie des « facteurs décisifs ». Bref, s’il se croit prêt à jouer chez les pros, il ne s’en empêchera pas pour terminer sa scolarité. « C’est possible de le faire à tout moment », rappelle-t-il.