La scène se passe en milieu de troisième période. Nick Suzuki est derrière le filet, à la gauche de Jacob Markstrom. L’attaquant du Canadien n’a pas de jeu, il tente donc le tir depuis l’arrière du filet, dans l’espoir de surprendre le gardien des Flames. Markstrom capte la rondelle avec la mitaine et c’est l’arrêt de jeu.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Fin des émissions ? Pas tout à fait. Markstrom lève la tête et s’adresse à Suzuki. « Je pense qu’il m’a dit que ça n’allait pas fonctionner contre lui », a raconté le jeune homme.

Quelques instants plus tard, Suzuki s’amène à la gauche de Markstrom, il feint contourner le filet par l’arrière, mais envoie plutôt la rondelle dans les jambières du Suédois. Ce jeu-là, vous l’avez sans doute vu : c’était le but gagnant dans cette victoire de 4-2 du Tricolore sur les Flames de Calgary, jeudi.

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« La deuxième fois, ça a rentré, a rappelé Suzuki. Quelques présences plus tard, [Markstrom] m’a donné un petit coup de bâton. Il était probablement fâché que ça ait rentré ! »

On a toujours su que l’intelligence était la qualité première de Suzuki. Plus que son coup de patin, que ses mains ou que son tir, c’est cet attribut qui le distingue de ses pairs. À sa dernière saison dans les rangs juniors, il avait d’ailleurs été élu joueur le plus intelligent de l’Association ouest de l’OHL.

Mais ce qu’on découvre à force de l’observer, c’est un joueur qui dégage une certaine confiance, une défiance aussi. Les entraîneurs parlent souvent de joueurs qui jouent avec du « f* * *you » en eux. Et certains soirs, quand il décide ainsi de remettre ça sur le nez d’un adversaire, c’est un peu ce qu’il exprime. On notait la même chose dans le match de mardi, malgré la défaite.

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Une mêlée éclate après le but de Brendan Gallagher en deuxième période

Dominique Ducharme, lui, a répété ce qu’il dit souvent au sujet du numéro 14, qu’il doit faire gaffe de ne pas devenir justement trop cérébral, et d’exhiber plutôt son côté « compétitif ». « Il est tellement intelligent naturellement, que lorsqu’il est compétitif, son intelligence sort tout seul. »

En fait, Suzuki semble carburer aux défis. Au terme du dernier voyage, il s’était autoflagellé, estimant qu’il avait joué « un de ses pires matchs » à Anaheim. Depuis ? Quatre buts et cinq passes en cinq matchs. « Si Marc lui a donné un si long contrat à ce salaire-là, c’est parce qu’on sait qu’il peut affronter ces situations-là », a rappelé Ducharme.

Suzuki a reproduit le même modèle, à plus petite échelle, dans le match de jeudi. En fin de première période, son trio a perdu une rondelle en zone offensive. Son repli manquait d’entrain, et comme de fait, il est arrivé une demi-seconde trop tard pour empêcher Andrew Mangiapane de marquer.

« Je n’étais pas content de mon repli, j’ai arrêté de patiner, je lui ai laissé de l’espace et il a marqué, a décrit Suzuki. Je voulais me racheter. »

Ce fut plutôt réussi.

Bilan mitigé

C’est donc en partie grâce à Suzuki que le Tricolore a sauvé la face au cours de ce séjour de cinq matchs au Centre Bell.

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Nick Suzuki et Jacob Markstrom

Une récolte de 5 points en 10 matchs (2-2-1) est loin d’être suffisante pour un club qui partait de si loin. On le rappelle, les Montréalais sont rentrés de Californie avec un dossier de 2-8-0. Il leur faudra enfiler les victoires s’ils veulent revenir minimalement dans la lutte.

Cela dit, des trois défaites, une seule était réellement sans appel : celle de 6-2 contre les Islanders, même si Ducharme persiste à dire que sa troupe a bien joué. « On avait notre façon de jouer, mais on n’avait pas les résultats souhaités dans ces trois matchs-là. On a continué dans cette direction-là », a-t-il indiqué.

Mais ceux qui cherchent de l’espoir pour la suite des choses noteront que ce sont surtout les plus jeunes joueurs du CH qui ont haussé leur niveau de jeu pendant ce séjour à domicile. Suzuki, Jake Evans et Alexander Romanov ont effectivement connu de bons moments. Suzuki pour les raisons exposées ci-haut, Evans en préparant des chances pour ses ailiers, Romanov en s’imposant physiquement.

On pourrait même ajouter le vétéran David Savard, qui a joué de façon plus assurée peut-être pour la première fois de la saison, jeudi.

Mais le CH n’est pas sorti du bois. Les blessés demeurent nombreux, le cas de Jonathan Drouin demeure incertain, même s’il est attendu dans l’avion vers Detroit vendredi.

Avec la mi-novembre qui approche, il faudra que ces améliorations individuelles se traduisent par davantage qu’un point sur deux.

En hausse : Tyler Toffoli

PHOTO PAUL CHIASSON, THE CANADIAN PRESS

Tyler Toffoli

Un de ses bons matchs cette saison. Il est récompensé avec deux mentions d’aide, mais a aussi montré de l’émotion.

En baisse : Christian Dvorak

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Dvorak

Ça ne va pas en s’améliorant pour lui. Une bataille perdue le long de la rampe a mené au premier but des Flames. Seul point positif : il a remporté 5 de ses 6 mises au jeu en zone défensive.

Le chiffre du match : 67 %

Avec quatre buts, Ben Chiarot totalise les deux tiers des buts marqués par les défenseurs du CH cette saison. Pas exactement une prédiction que l’on aurait faite il y a un mois !

Ils ont dit

Il a souvent été autour de la peinture bleue. Il attaque au bon moment, il fonce au filet et en profite.

Nick Suzuki, au sujet des quatre buts de Ben Chiarot cette saison

Je pense que ça a bien été. On s’habitue à jouer ensemble. On se parlait plus ce soir, donc les décisions étaient plus faciles, les sorties de zone étaient meilleures. Il a un excellent coup de bâton, donc quand il part, il est dur à rattraper.

David Savard

C’est bien de voir ça. C’est ce que tu veux des deux côtés de la patinoire. C’est pour ça qu’ils peignent ça en bleu, c’est pour qu’il y ait plus de trafic là.

Darryl Sutter sur la mise en échec de Gudbranson à l’endroit de Gallagher

Leur équipe mène la Ligue pour le nombre de pénalités mineures. Je pensais que ce serait un peu plus égal sur ce plan.

Darryl Sutter au sujet de l’arbitrage

C’était un match serré. Nous avons pris beaucoup de pénalités et avons créé du momentum pour eux.

Mikael Backlund

Dans le détail

Le trio de puissance réduit au silence

Jake Evans, Artturi Lehkonen et Joel Armia ont complètement réduit au silence l’un des trios les plus dominants de la Ligue cette saison, soit celui d’Elias Lindholm, Johnny Gaudreau et Matthew Tkachuk. Avant le match, les trois attaquants cumulaient 39 points en 12 matchs. Contre le Canadien, à forces égales, ils n’ont eu la possession de la rondelle que 31 % du temps et n’ont tiré que trois fois au filet (selon le site Natural Stat Trick). Evans et ses ailiers ont aussi passé beaucoup de temps en zone adverse, provoquant des chances de marquer de qualité avec 8 tirs. Selon Dominique Ducharme, ils y sont parvenus en « passant beaucoup de temps en zone offensive, en les forçant à jouer dans leur zone en mettant de la pression, par la façon dont ils patinent, dont Armia est capable de contrôler la rondelle en bas de zone ».

Bon départ pour Poehling

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Ryan Poehling

Ducharme affirmait jeudi matin que la « balle est dans le camp » de Ryan Poehling. Le jeune centre de 22 ans a bien fait à son premier match de la saison avec le grand club, dans la mesure où il n’a disposé que de 8 min 12 s de temps de jeu aux côtés de Michael Pezzetta et Alex Belzile sur le quatrième trio. Poehling a remporté cinq de ses sept mises en jeu et provoqué une pénalité en recevant le bâton d’Erik Gudbranson au visage. L’entraîneur-chef l’a d’ailleurs utilisé à quelques reprises pour compléter un trio après un désavantage numérique. « Ç’a été un bon départ pour lui. Il était explosif sur ses patins, fort sur la rondelle et il doit continuer à faire ça. Être constant est la chose la plus difficile, quand tu veux t’établir dans la Ligue », a dit Ducharme.

Le retour de Coleman

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Blake Coleman et Jake Allen

Le Canadien retrouvait un joueur qu’il a bien appris à connaître le printemps dernier en Blake Coleman. L’attaquant de 29 ans a été l’un des meilleurs joueurs du Lightning en finale de la Coupe Stanley, inscrivant 2 buts et 2 passes en 5 matchs. Sa performance en séries lui a d’ailleurs valu un contrat de 6 ans et 29,4 millions cet été. Coleman a encore trouvé le moyen de s’illustrer face au Tricolore ; c’est lui qui a orchestré le deuxième but des siens. Il a remis la rondelle à son joueur de centre Sean Monahan en entrée de zone, lequel a à son tour refilé à Andrew Mangiapane.