On le sait depuis le premier match de la saison, mais on va le répéter quand même : Phillip Danault manque cruellement au Canadien.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Au cercle de mise en jeu, à cinq contre cinq, en désavantage numérique ou simplement au centre de Brendan Gallagher, personne n’a réussi à le remplacer. Le constat était encore plus cruel pour les partisans montréalais, mardi soir, alors qu’ils voyaient pour la première fois l’ex-Tigre en personne dans son nouvel uniforme des Kings de Los Angeles. Ceux-là mêmes qui l’ont emporté 3-2 en prolongation, étirant ainsi à six leur série de victoires consécutives et allongeant la séquence malheureuse du CH à trois revers de suite. Au moins celui-là a donné un point, diront les jovialistes.

Il est désormais de bon ton, dans les cercles les plus exclusifs de la province, de se demander : qui, donc, réussira à chausser ses patins ?

Christian Dvorak est d’abord apparu comme le candidat évident. Avec un résultat, soyons polis, tiède. Les attentes étaient peut-être démesurées, ou les comparatifs, malhabiles. L’Américain cherche encore ses repères, autant en attaque qu’en défense.

Danault lui-même a eu de sages paroles à ce sujet après le match de mardi. « Je pense qu’il y a beaucoup trop de comparaisons, a-t-il lancé, tout de go. C’est ce qui crée la pression. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Les Kings ont offert une victoire à Danault à son retour à Montréal.

« Je le vois de l’extérieur maintenant. On dirait qu’on cible quelqu’un et qu’on essaie de le comparer avec certains joueurs. Quand on laisse aller un joueur, c’est normal qu’une équipe change un peu. Ça fait partie de la game. »

« Je me mets à leur place et ce n’est pas toujours drôle […] de ne pas être à la hauteur de ce que les gens pensent qu’ils devraient être », a-t-il ajouté.

Tout cela est non seulement sage. C’est aussi vrai.

Par contre, peut-être pouvons-nous tourner le projecteur sur un autre joueur de centre en Jake Evans.

Mettons de côté le but qu’il a inscrit en sortant Tobias Bjornfot de son support athlétique en fin de troisième période. C’est tout au mérite du numéro 71, mais cela ne définit en rien le joueur qu’il est. Pas davantage que sa mauvaise lecture sur le but gagnant d’Adrian Kempe.

Flanqué d’Artturi Lehkonen et de Joel Armia, il a complètement tenu au silence Anze Kopitar et son trio, qui n’ont obtenu aucune chance de marquer de qualité à cinq contre cinq contre l’unité d’Evans (selon le site Natural Stat Trick).

Ce n’est pas seulement digne de mention : c’est récurrent. Rappelez-vous les performances inspirées du même Evans contre Connor McDavid la saison dernière.

Visiblement irrité d’avoir une nouvelle fois vu son équipe s’incliner contre les Kings, Evans n’avait bien sûr pas le cœur à la fête après la rencontre. Mais il a quand même admis qu’il avait « beaucoup de plaisir » à ruiner la soirée des meilleurs attaquants de la LNH.

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Josh Anderson à l’attaque devant Alex Iafallo en 2période

Similaires

Suivons les conseils de Phillip Danault : méfions-nous des comparatifs avec lui. Car si on s’y risquait, on arriverait au constat malheureux qu’Evans est bien plus limité offensivement que son mentor. À tout le moins à l’heure actuelle, voire à âge égal. On le voit d’ailleurs cette saison, alors qu’Evans semble plus efficace en attaque lorsqu’il évolue avec des ailiers plus défensifs, que ce soit sur un troisième ou un quatrième trio. Tout l’été, on le voyait au centre de Mike Hoffman et de Brendan Gallagher, deux marqueurs de 30 buts. Mauvais casting ? Possiblement. Au mauvais moment ? Certainement.

Par contre, si l’on compare les deux joueurs au même stade de leur carrière, ça devient intéressant. Jake Evans a disputé mardi son 70match de saison en carrière et inscrit un 18point. Après 70 matchs, Danault en comptait… 19. À l’époque, le Québécois avait 23 ans. L’Ontarien en a aujourd’hui 25, mais est arrivé dans la LNH sur le tard après une belle carrière universitaire et deux saisons complètes dans la Ligue américaine.

« C’est un jeune joueur qui apprend sur le tas, a rappelé Ben Chiarot. Il en est seulement à sa deuxième année avec l’équipe, mais c’est un gros morceau pour nous. Il continue de s’améliorer sans cesse. »

Il s’agit maintenant, pour lui, de savoir s’il pourra passer à l’étape supérieure et devenir un contributeur régulier sur le plan offensif. À ce sujet, l’entraîneur-chef Dominique Ducharme modère les ardeurs… mais reste optimiste.

À l’évidence, le jeune homme ne marquera « probablement pas 25 ou 30 buts », a-t-il noté. Par contre, quand il est question de vitesse, d’intelligence du jeu et d’habiletés, « il en a assez pour produire », nuance Ducharme.

Maintenant, « pour être capable d’amener son jeu à un autre niveau, ça prend de la régularité ». Un objectif à la portée d’un « jeune joueur intelligent, qui comprend son rôle » et qui connaît « la façon d’avoir du succès ».

« Il va continuer à gagner en maturité et ça va paraître dans son jeu », a prédit l’entraîneur.

Jake Evans deviendra peut-être le prochain Phillip Danault. Ou pas du tout. Mais à le voir aller, mardi, l’espoir est permis. Ce qui est quand même une sacrée rareté dans cette saison qui s’en va, lentement mais de plus en plus sûrement, à la dérive.

Dans le détail

Danault a eu chaud

Le retour de Phillip Danault à Montréal aurait facilement pu tourner au vinaigre. L’ancien du Canadien a globalement joué un fort match, mais il a raté une chance en or de marquer lorsqu’il s’est fait voler sur un jeu à deux contre un. Jake Allen a réussi son déplacement à gauche, mais était tout de même à plat ventre. « J’étais comme à bout de bras, j’aurais dû la lever, a reconnu Danault. Allen a été solide ce soir, il a joué un gros match, il faut lui donner. » Puis, Danault a été chassé avec 2 min 12 s à écouler en troisième période. « Les boys ont joué pour moi et ils ont écoulé une grosse pénalité à la fin », a-t-il ajouté. Danault a terminé le match avec deux tirs au but et en a bloqué trois du CH, en 19 min 45 s sur la patinoire. Il a gagné 45 % de ses mises en jeu (10 sur 22), mais sur une de celles qu’il a perdues, en début de troisième période, son coéquipier Alex Iafallo a aussitôt décampé et a récupéré la rondelle en une seconde. Comme quoi les ailiers peuvent aussi faire leur bout pour aider aux mises en jeu…

Lemieux, le poison

Décidément, Brendan Lemieux se plaît contre le Canadien. Le neveu de Jocelyn Lemieux a en effet inscrit mardi son cinquième but en seulement huit matchs contre le Tricolore, des buts marqués avec chacune de ses trois équipes dans la LNH : Kings, Rangers et Jets. C’est d’autant plus impressionnant que Lemieux ne totalise que 24 buts dans la LNH ; c’est donc 21 % contre un adversaire qu’il n’a jamais eu dans sa division. Lemieux a aussi du paternel dans le nez, dérangeant l’adversaire comme seul Claude savait le faire. Cette fois, il l’a fait en faisant trébucher Cédric Paquette derrière le jeu, dans ce qui ressemblait à un croc-en-jambe. Coïncidence ou non, Lemieux a reçu la visite de Michael Pezzetta en troisième période, deux fois plutôt qu’une, mais il a refusé d’engager le combat. La deuxième fois, ça a valu un avantage numérique aux Kings.

Le jeu clé

Les mises en échec font rarement partie des faits saillants des prolongations à trois contre trois. « Il y a tellement d’espace, les joueurs ne courent pas ce risque et évitent même ces contacts », a souligné l’entraîneur-chef des Kings, Todd McLellan. Sauf que dans ce cas-ci, celle qu’a servie Dustin Brown à Nick Suzuki a été le tournant, car le CH avait eu possession de la rondelle pendant la quasi-totalité de la quatrième période avant cela. « Je pense que Brownie était encore un peu frustré d’un jeu précédent, a noté McLellan. Il a frappé un joueur très talentueux, ça nous a permis de reprendre la rondelle et de partir dans l’autre direction. Ça peut parfois jouer contre toi, mais ça nous a aidés ce soir. » Le Canadien disputait une première prolongation cette saison. Il a eu l’avantage 4-2 aux tirs au but, mais n’a pas eu le dessus dans la catégorie la plus importante.

Ils ont dit

C’est très frustrant. On travaille tellement fort à l’entraînement et dans les matchs. On est une équipe soudée. On doit se retrouver. Je crois que ça va arriver. On peut juste s’améliorer à ce point-ci.

Jake Evans

Jake Allen mérite beaucoup de crédit pour la deuxième période. Si ce n’était de lui, on aurait perdu le match à ce moment-là.

Jake Evans

On a encore eu un relâchement en deuxième période, c’est quelque chose qu’on doit corriger. Je ne sais pas [pourquoi] on se retrouve sur les talons à la mi-match. [Néanmoins], on est contents de la manière dont on a repris le momentum en troisième, ce qu’on a eu de la difficulté à faire récemment.

Ben Chiarot

Au cours des sept dernières minutes de la deuxième période, on s’est tiré dans le pied. On leur a donné le momentum par notre exécution. Quand on essaie de complexifier le match, on se nuit.

Dominique Ducharme

J’avais plus d’énergie que j’aurais pensé, avec le back-to-back (deuxième match en deux soirs). C’est sûr que ça m’a trotté dans la tête un peu, mais en même temps, j’étais vraiment content que ce soit un back-to-back, parce que je n’ai pas trop eu le temps d’y penser. Ce matin, j’ai pu relaxer un peu, j’ai aussi vu mon chien, ça faisait deux mois ! Il s’en vient à Los Angeles maintenant. Je suis vraiment content de la façon dont l’équipe est sortie.

Phillip Danault

C’était un but incroyable. Il avait des tonnes de vitesse et il a contrôlé la rondelle malgré tout. On compte sur lui pour ces situations en prolongation, il a déjà plusieurs gagnants comme ça.

Le gardien des Kings Cal Petersen, au sujet du but d’Adrian Kempe

Je ne suis pas content d’avoir accordé ce but, mais parfois, tu dois simplement lever ton chapeau. Jake est un de mes meilleurs amis. Quand il était à Los Angeles, on a passé du temps ensemble. Je viens de le texter, je lui ai demandé si on pouvait dire qu’on avait fait match nul. Il a réussi le but spectaculaire et j’ai la victoire. Bravo à lui, c’était tout un but.

Petersen, au sujet de Jake Evans, son ancien coéquipier à Notre Dame

[Anze] Kopitar a fait une très longue présence et il a écoulé la totalité de la pénalité [à Danault]. Leur temps d’arrêt nous a en fait aidés, car ça nous a permis de lui donner du repos et de le laisser sur la patinoire.

Todd McLellan, entraîneur-chef des Kings

En hausse

Jake Evans

Son trio a complètement neutralisé celui d’Anze Kopitar à cinq contre cinq et il a marqué le plus beau but du CH jusqu’ici cette saison. Dommage qu’il ait mal paru sur le but gagnant des Kings en prolongation.

En baisse

Jake Allen

Bourde évidente sur le deuxième but des Kings. Et sur le premier, le tir était précis, mais Brendan Lemieux n’est pas Auston Matthews non plus.

Le chiffre du match

7

Alexander Romanov a malmené les joueurs des Kings toute la soirée. Les marqueurs officiels l’ont crédité de sept mises en échec, dont certaines ont résonné dans tout le Centre Bell.