(Los Angeles) C’est un petit jeudi midi dans la boutique de souvenirs des Kings et des Lakers, au Staples Center. Seulement quatre personnes y sont : la dame à l’accueil, un commis, un journaliste de La Presse et le caissier, qui profite justement de la tranquillité du moment pour défaire des boîtes.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Sur les crochets, beaucoup de numéros 11 (Anze Kopitar), de 8 (Drew Doughty) et de 32 (Jonathan Quick). On tente alors sa chance auprès du caissier et on lui demande s’il a de la marchandise de Phillip Danault.

« Qui ?

— Phillip Danault, le numéro 24.

— Je suis désolé, je ne connais pas Phillip Denim. »

Est-ce l’accent du journaliste ? Le masque qui nuit à la bonne prononciation ? La méconnaissance du hockey du caissier ? On penche pour cette troisième option lorsqu’il nous invite aussi à regarder les chandails 77 de Jeff Carter, cédé aux Penguins il y a six mois.

N’empêche qu’en quittant Montréal pour Los Angeles, Danault est passé d’un extrême à l’autre. Pendant l’entraînement matinal des Kings, jeudi, personne n’a tweeté les trios en vue du match de la soirée. Littéralement personne. À un entraînement du Canadien, c’est pratiquement un rituel, et chaque petit changement est commenté par les internautes.

On a compris après l’entraînement pourquoi personne ne tweetait les trios. Dans le petit vestiaire recyclé en salle de conférence, nous sommes sept journalistes à attendre Todd McLellan : trois de Montréal, l’analyste radio Daryl Evans, deux hommes qui portent un manteau des Kings (on tient pour acquis qu’ils travaillent pour l’équipe) et le sympathique Jesse, qui travaille à la radio. Une seule caméra filme le point de presse, celle de Jean-François « Mad Dog » Vachon, de Radio-Canada.

« On a de la misère à avoir des journalistes d’ici et vous arrivez trois jours en avance ! », badine McLellan, en voyant les scribes. Los Angeles a beau être une des trois mégapoles des États-Unis, la couverture de son équipe de hockey ne se compare pas exactement à celle du Canadien et des Maple Leafs, ni à celle d’autres grandes équipes américaines comme les Rangers, les Bruins ou les Flyers.

Plus la saison avance, plus tu vois de médias. Et en séries, même si ce n’est pas comme à Montréal, il y a plus de couverture. Mais tu ne passes pas 30 minutes dans le vestiaire après un match, parce que ça voudrait dire que le même journaliste te poserait plusieurs fois les mêmes questions !

Stéphane Fiset, membre des Kings pendant cinq ans, aujourd’hui agent de Phillip Danault

« Il ne faut pas oublier que le basketball est gros, le football, le baseball et le soccer aussi. Il y a plusieurs sports. Les journalistes sportifs sont divisés, c’est pour ça qu’on les voit davantage plus tard en saison », ajoute Stéphane Fiset, au bout du fil.

Il n’y a pas que les journalistes qui sont éparpillés ; les amateurs de sport aussi, visiblement. Le chiffre officiel de l’assistance n’était pas encore dévoilé au moment d’écrire ces lignes, mais à vue de nez, y avait-il même 7000 sièges d’occupés ?

PHOTO GUILLAUME LEFRANÇOIS, LA PRESSE

Aperçu des gradins du Staples Center de Los Angeles, jeudi soir, au début de la rencontre

Le bonheur du coach

Danault n’a pas été rendu disponible pour rencontrer les médias après l’entraînement matinal de jeudi. Ce sera pour ce vendredi, à la veille de ses retrouvailles avec le Tricolore.

Mais Todd McLellan ne s’est pas fait prier pour parler de son nouveau centre de deuxième trio.

Tu regardes d’un côté, tu vois le numéro 11 [Kopitar] qui est épuisé, tu te retournes et tu vois le numéro 24, frais et dispos… C’est un assez bon feeling pour un entraîneur ! Avant, quand le 11 était fatigué, on avait de très bons joueurs, mais ils n’avaient pas autant d’expérience que Phillip Danault.

Todd McLellan, entraîneur-chef des Kings

C’est tout un luxe dont bénéficie McLellan, effectivement, avec ces deux centres. Kopitar a remporté le trophée Selke (meilleur attaquant défensif) en 2016 et en 2018. Danault se classe dans le top 7 du scrutin chaque année depuis trois ans.

Par contre, collectivement, les résultats se font attendre, car les Kings demeurent une formation qui n’a pas tout à fait terminé sa phase de reconstruction. Victorieux à leur premier match de la saison, ils ont perdu leurs cinq matchs suivants, et tentaient jeudi soir de mettre fin à leur série de défaites en accueillant les Jets de Winnipeg.

Danault comptait un seul point en six matchs (avant la rencontre de jeudi). On devine que l’adaptation est particulièrement ardue pour lui, puisque non seulement il était habitué au système du Canadien, mais il était continuellement jumelé avec les mêmes ailiers. Au cours des trois dernières saisons, il a joué plus de 1900 minutes à cinq contre cinq avec Tomas Tatar et Brendan Gallagher, selon Natural Stat Trick. Depuis son arrivée à Los Angeles, il forme un trio avec Adrian Kempe et Alex Iafallo.

Ça va mieux pour Kopitar, qui a amorcé la saison avec six buts et trois aides en six matchs. Ses ailiers, Dustin Brown (deux) et Viktor Arvidsson (un), totalisent trois buts. Le reste de la formation ? Seulement cinq buts…

« Ils s’occupent des grosses confrontations, a souligné l’attaquant Trevor Moore, un attaquant de troisième trio. Phil est un cheval aux mises au jeu. Il en gagne beaucoup et peut jouer contre n’importe qui. Kopitar aussi. Nous avons donc, au sein des deux derniers trios, des duels plus faciles. C’est à nous d’en profiter. »

En bref

« On avait les larmes aux yeux »

Comme tout le monde du hockey, Todd McLellan a regardé l’entrevue que Kyle Beach a accordée à notre confrère de TSN Rick Westhead, mercredi, entrevue dans laquelle Beach a détaillé ses allégations concernant des agressions sexuelles qu’il aurait subies en 2010, lorsqu’il faisait partie de l’équipe de réserve des Blackhawks. « J’ai regardé ça avec ma femme, on avait les larmes aux yeux. C’est une chose horrible qui est arrivée à un jeune homme et ça lui prenait beaucoup de courage », a raconté l’entraîneur-chef des Kings. McLellan a ensuite rappelé qu’il en avait appris beaucoup sur le sujet dans son ancienne vie, puisqu’au milieu des années 1990, il avait succédé à Graham James à la tête des Broncos de Swift Current, dans la Ligue junior de l’Ouest (WHL). Or, c’est en 1996 que James a été accusé d’agression sexuelle pour la première fois, par Sheldon Kennedy. « On a un très bon système de soutien. On est formés pour ça, a assuré McLellan. J’étais DG à Swift Current quand ça a éclaté, et on en a appris beaucoup. Donc on est prêts. »

Une lourde perte

Il n’y a pas qu’à Montréal qu’il y a un gros trou à la ligne bleue. Les Kings ont appris cette semaine que Drew Doughty (genou) serait absent pour huit semaines. Défenseur numéro 1 de l’équipe depuis plus d’une décennie, Doughty avait amorcé la saison sur les chapeaux de roues avec sept points en quatre matchs. Les entraîneurs disent souvent que ces absences sont des occasions pour d’autres joueurs de se mettre en valeur. Mais McLellan a rappelé la froide réalité derrière le cliché. « Regarde à Montréal, il n’y a pas vraiment de Shea Weber qui arrive du repêchage ou de Laval. Plusieurs joueurs pourraient le devenir un jour. Mais ils ne sont pas mûrs. C’est la même situation ici. Donc on espère que les gars le remplacent par comité. C’est un cliché, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. »

Une deuxième lourde perte

Il n’est pas aussi connu que Doughty, mais Sean Walker venait au deuxième rang des défenseurs des Kings pour le temps d’utilisation au moment où il s’est blessé, lundi. Sa saison est carrément terminée. Walker évoluait aussi de temps à autre au sein de la deuxième vague, derrière celle menée par Doughty. Les Kings se retrouvent donc dépourvus de défenseurs aptes à jouer en avantage numérique. Cela dit, McLellan affirme ne pas envisager, pour le moment, des unités à cinq attaquants. « On en a parlé, mais on s’est dit qu’il fallait d’abord montrer qu’on avait confiance en nos défenseurs. La saison est jeune et ce n’est pas comme si Drew et Walker allaient revenir dans une semaine. Il faut montrer qu’on croit en nos gars, qu’ils peuvent faire le travail. Ensuite, si ça ne fonctionne pas, on pourra regarder l’option à cinq attaquants. »