La maison n’est pas encore en feu, mais le brasier sommeille certainement. La dernière correction subie par le Canadien, à Seattle, a porté sa fiche à 1-6-0. La Presse se penche aujourd’hui sur sept éléments qui expliquent la présence du club au dernier rang de l’Association de l’Est.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Inatteignable fond du filet

Le refrain est déjà familier, mais il demeure cruellement d’actualité. À l’exception de sa victoire de 6-1 contre les Red Wings de Detroit, le Canadien a été incapable de marquer avec régularité. Ses six défaites se sont toutes soldées par une récolte d’un but ou moins (cinq buts en six matchs). Même en ajoutant les six buts inscrits face aux Wings, on retrouve l’équipe au 32e et dernier rang de la ligue pour le nombre de buts moyen par match, toutes circonstances confondues (1,57). Insérez ici la phrase creuse de votre choix sur l’impossibilité de gagner des matchs sans marquer de buts.

Pas de chances, pas de buts

Quand la disette offensive frappe, tous les joueurs et les entraîneurs de l’univers connu le disent : à force de créer des chances de marquer, la rondelle finira bien par entrer dans le but. Or, les statistiques ne font pas bien paraître les joueurs du CH. Selon les calculs du site Natural Stat Trick (NST), le club arrive au 25rang de la ligue pour les buts anticipés à cinq contre cinq (1,98 but pour 60 minutes de jeu), et en 28place pour les chances de marquer de qualité (8,54 pour 60 minutes de jeu). Exprimé autrement : ce ne sont pas les gardiens adverses qui privent les attaquants montréalais de buts. Ce sont plutôt ces derniers qui échouent à leur donner un défi appréciable.

Loin du disque

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Brendan Gallagher

L’indice de possession de rondelle, fondé sur les tentatives de tir à forces égales, n’est pas une religion. Les Islanders de New York ont connu beaucoup de succès au cours des dernières années en terminant parmi les cancres à ce chapitre, tandis que le Canadien a connu des résultats mitigés malgré des chiffres enviables. Par contre, dans le cas du CH, un changement évident se produit cette saison. Après avoir terminé les trois dernières campagnes parmi les quatre meilleures équipes du circuit pour la possession de rondelle, en contrôlant plus de 54 % des tentatives de tir à cinq contre cinq, voilà que les hommes de Dominique Ducharme apparaissent en milieu de peloton depuis le début du calendrier (50,6 %, au 14rang, selon NST). Le démantèlement du trio de Phillip Danault, Tomas Tatar et Brendan Gallagher, dominant dans ce rayon, a eu un effet évident, qui déteint sur les chances de marquer.

Pénible au cercle

Parmi les raisons qui expliquent logiquement la chute du contrôle de la rondelle du Tricolore, il y a, à n’en point douter, ses insuccès au cercle de mise au jeu. Réunis, les joueurs de centre bleu-blanc-rouge ne remportent que 45,9 % de leurs duels. Alors que Christian Dvorak fait un travail plus qu’honnête (52,3 %), on ne peut en dire autant de ses collègues Jake Evans (48,2 %) et Nick Suzuki (45,7 %). Dans des rôles plus limités, Mathieu Perreault constitue une belle surprise (59,3 %), mais ce n’est pas le cas de Cédric Paquette (24,2 %). Pendant ce temps, à Los Angeles, Phillip Danault affiche une efficacité de 55,4 %. On dit ça, on ne dit rien.

Infâmes unités spéciales

Déjà que ce n’est pas festif à cinq contre cinq, la situation est carrément catastrophique sur les unités spéciales. Mardi, à Seattle, le Canadien a pour la première fois été parfait en désavantage numérique, après avoir accordé au moins un but dans ces circonstances dans chacun de ses six premiers matchs. Il n’en demeure pas moins que son taux d’efficacité de 64 % le place au 29rang de la ligue. C’est encore pire en avantage numérique, unité qui a encore été réduite au silence mardi. Avec 8 % de succès, on traîne au 31échelon. Les problèmes sont multiples dans les deux unités spéciales, mais on ne peut ignorer, encore une fois, les insuccès aux mises au jeu. Nick Suzuki en avantage numérique : 25 %. Jake Evans en désavantage numérique : 36,4 %.

Devant le filet

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jake Allen

Puisque Jake Allen est pratiquement la seule option viable du CH devant le filet, il n’est pas tentant de le montrer du doigt au moment de chercher des coupables pour la position de son club au classement. La réalité, toutefois, c’est que sans être mauvais, Allen a jusqu’ici été… correct. Il n’a pas miné les chances de victoire de son équipe, mais il ne l’a pas sauvée non plus. Dans trois des six matchs qu’il a disputés, le nombre de buts qu’il a accordés à cinq contre cinq a été inférieur au nombre de buts anticipés compilé par le site NST – une bonne nouvelle, en somme. Mais la tendance a été contraire dans ses trois autres rencontres. À Seattle, il a sans conteste connu sa pire performance jusqu’ici. Toutes situations confondues, le site Evolve Hockey calcule qu’Allen aurait dû accorder trois buts de moins depuis le début de la saison. Sachant à quel point ses coéquipiers peinent à marquer, cela prend soudain beaucoup d’importance.

Canons silencieux

Brendan Gallagher a obtenu deux chances en or de marquer contre le Kraken. Son premier tir a touché le gardien, le deuxième a raté la cible. Josh Anderson déborde régulièrement les défenseurs adverses, mais la rondelle termine sa course dans le coin de la patinoire. Nick Suzuki multiplie les feintes, mais peine à tirer, ce qui a fait dire à son entraîneur qu’il semblait vouloir « déposer la rondelle lui-même au fond du filet ». Jeff Petry n’est plus l’ombre de lui-même, tant sur le plan offensif que sur le plan défensif. Voilà donc quatre piliers qui se cherchent, et pas qu’un peu. Ils totalisent quatre mentions d’aide et aucun but – Petry a complètement été blanchi. Sans surprise, ce n’est pas beaucoup plus reluisant ailleurs. Sur le quatrième trio, Artturi Lehkonen, Jake Evans et Cédric Paquette n’ont toujours pas de point. Joel Armia en a un. Les attentes sont élevées à l’égard de Cole Caufield, mais il n’a toujours pas marqué lui non plus (il a une aide). Les plus optimistes rappelleront que tout ce beau monde ne peut que s’améliorer. C’est vrai. Encore faut-il que ça arrive.

Le Canadien était en congé d’entraînement, mercredi, et affrontera les Sharks de San Jose ce jeudi soir. La rencontre s’amorcera à 22 h 30, heure de Montréal. Par ailleurs, toutes les statistiques de cette analyse ont été recueillies avant les matchs de mercredi.