Le directeur général des Blackhawks de Chicago, Stan Bowman, a quitté ses fonctions, mardi. Conséquence directe du rapport d’enquête indépendant commandé par l’équipe, qui a révélé qu’il faisait partie du groupe de dirigeants à ne pas avoir réagi adéquatement aux allégations selon lesquelles un joueur aurait été agressé sexuellement par l’entraîneur vidéo Brad Aldrich en 2010.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

En juin dernier, l’organisation des Blackhawks a confié à la firme Jenner & Block le mandat de mener une enquête indépendante après que deux poursuites eurent été déposées contre elle. La première par un joueur (appelé John Doe) qui évoluait avec l’organisation en 2010 et qui allègue avoir été agressé sexuellement par Aldrich. La deuxième par un ancien étudiant d’Aldrich au Michigan.

Le cabinet juridique conclut aujourd’hui que l’état-major des Hawks était au courant des agissements d’Aldrich, mais qu’aucune mesure n’a été prise pour aider les victimes.

Dans une conférence de presse, mardi, l’ancien procureur Reid Schar, mandaté pour mener l’enquête, a relaté les principales informations qui ont été accumulées au fil des quatre derniers mois pour en venir à cette conclusion.

Quelques minutes après la conférence, Stan Bowman a indiqué dans une déclaration écrite avoir pris la décision de se retirer afin de ne pas être une « distraction » pour l’équipe.

Bowman en était à sa première année comme directeur général au moment des faits. Il indique avoir avisé le président de l’époque de la situation, qui l’aurait assuré qu’il s’en occupait.

« J’ai appris cette année que le comportement inapproprié impliquait une grave allégation d’agression sexuelle. Je me suis fié à la direction de mon supérieur pour qu’il prenne les mesures appropriées. Avec le recul, sachant maintenant qu’il n’a pas traité la question rapidement, je regrette d’avoir supposé qu’il le ferait. »

La Ligue nationale a aussi annoncé mardi que l’équipe avait reçu une amende de 2 millions de dollars pour ses « procédures internes inadéquates et insuffisantes » dans l’affaire. La moitié de cette somme, soit 1 million, sera remise à des organisations locales qui viennent en aide aux victimes d’agressions sexuelles et d’autres formes d’abus.

« Cette amende représente une réponse directe et nécessaire à l’échec du club, qui n’a pas su régler l’évènement de 2010 de manière appropriée, a soutenu le commissaire Gary Bettman. Et cette réponse doit envoyer un message clair à tous les clubs et tout le personnel de la LNH, soit que les actes inappropriés doivent être traités le plus rapidement possible. »

L’histoire

Le rapport d’enquête de la firme indépendante, remis à l’état-major lundi, a été rendu public à la suite de la conférence de presse. Le président et chef de la direction des Blackhawks, Danny Wirtz, a fait savoir qu’il était « à la fois troublant et difficile à lire ».

Au total, 139 témoins ont été interviewés dans la foulée de l’enquête : d’anciens et d’actuels joueurs des Blackhawks et des IceHogs de Rockford – l’équipe affiliée aux Hawks dans la Ligue américaine –, des membres de la direction ainsi que les personnes impliquées, soit Brad Aldrich et le joueur présenté comme « John Doe » dans le rapport.

Selon les faits relatés par l’enquêteur Reid Schar, John Doe affirme avoir été agressé sexuellement par Aldrich en mai 2010.

À l’époque, le président de l’équipe, John McDonough, le président des opérations hockey, Al MacIsaac, le vice-président exécutif, Jay Blunk, et l’adjoint au directeur général Kevin Cheveldayoff auraient rencontré l’entraîneur Joel Quenneville et le préparateur mental Jim Gary pour discuter des allégations.

Selon ce qu’a rapporté Schar, leurs souvenirs « varient significativement ».

« Ce qui est clair, c’est qu’après avoir été informés des agressions sexuelles alléguées et de l’inconduite d’Aldrich avec un joueur, aucune action n’a été prise avant trois semaines », a-t-il ajouté.

Le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a dit que le rapport « rend clair que la gestion par la haute direction de l’évènement allégué comporte une omission d’en avoir informé les propriétaires des Blackhawks, aussi bien ce qui était allégué et comment cela était traité ».

Bettman a ajouté qu’il ne porterait pas de jugement dans l’immédiat à propos de Quenneville et Cheveldayoff, et qu’il prévoyait les rencontrer au sujet de leurs rôles dans cette affaire.

Bowman a aussi démissionné du poste de directeur général de l’équipe américaine de hockey masculin, qu’il occupait en vue des Jeux olympiques d’hiver de 2022.

Du côté des Hawks, Kyle Davidson, adjoint au directeur général, assurera l’intérim comme directeur général. Il a aussi été annoncé qu’aucun dirigeant qui était en poste en 2010 ne resterait avec l’organisation.

En soirée, le directeur des Jets de Winnipeg, Kevin Cheveldayoff, qui était adjoint au directeur général avec les Blackhawks en 2010, a écrit sur Twitter qu’il avait dit tout ce qu’il savait et qu’il continuait de coopérer avec la LNH.

Une lettre aux fans

Les Blackhawks ont publié une « lettre » à leurs partisans, leurs partenaires et leur communauté à la suite de la conférence de presse, mardi. « Il est évident que l’organisation et ses dirigeants à l’époque n’étaient pas à la hauteur de nos propres normes ou valeurs dans la gestion de ces évènements inquiétants, peut-on entre autres y lire. Nous regrettons profondément le préjudice causé à John Doe et aux autres personnes touchées et l’absence de réponse rapide. En tant qu’organisation, nous présentons nos plus sincères excuses aux personnes qui ont souffert de ces expériences. Nous devons faire et ferons mieux. »

Avec le texte de Jay Cohen et Stephen Whyno, Associated Press