Il y a de ces moments qu’on n’oublie pas dans une vie. La soirée du 13 octobre est sans doute l’un d’entre eux pour Hendrix Lapierre. Dix jours après avoir inscrit son premier but à son premier match en carrière dans la Ligue nationale, le Québécois de 19 ans sourit encore en y repensant. « Ç’a pris quelques jours avant de redescendre sur terre », dit-il.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Il restait sept minutes à jouer en deuxième période, les Capitals menaient par deux buts face aux Rangers de New York. Hendrix Lapierre s’est amené en soutien à son compagnon de trio T.J. Oshie dans une descente à deux contre un. Quand la rondelle s’est retrouvée sur son bâton, il a dégainé pour inscrire son premier but en carrière, enflammant du même coup la foule du Capital One Arena, domicile des Capitals de Washington.

Le jeune homme s’est adressé aux médias québécois pour la première fois depuis cette fameuse soirée, vendredi après-midi.

« Je n’aurais pas vraiment pu demander mieux comme premier match. Il y a beaucoup de choses qui ont fait en sorte que c’était vraiment une soirée spéciale »,
a-t-il convenu.

« Spéciale », c’est le bon mot. D’abord, parce que sa famille avait fait le voyage pour assister au match. Du lot, son grand-père. « C’est un de mes plus grands fans, a-t-il évoqué. Il m’a tout le temps suivi depuis que je suis petit. »

Puis, parce que le scénario sur la patinoire était à faire rêver. Xavier Dolan n’aurait pas fait mieux. Quand la rondelle a touché le fond du filet, Lapierre est tombé et est entré en collision avec la bande derrière le but. T.J. Oshie s’est approché, s’est débarrassé d’un de ses gants avant de soulever le jeune homme de terre puis de le prendre dans ses bras en criant, l’air de dire « tu l’as fait, le jeune ! ».

PHOTO GEOFF BURKE, USA TODAY SPORTS

T.J. Oshie (77) et Hendrix Lapierre, quelques secondes après le premier but en carrière inscrit par l’attaquant québécois

Quelques minutes plus tard, la caméra montrait une image de Lapierre, tout sourire sur le banc au côté de son idole de jeunesse, Alex Ovechkin. Les Capitals ont finalement vaincu les Rangers, 5-1.

Le jeune joueur de centre l’admet : « jamais dans cent ans » il n’aurait imaginé un tel premier match.

C’est quelques jours plus tard que j’ai réalisé l’ampleur de ce qui venait de se passer et ce que ça voulait dire pour moi. Quand ça arrive sur le coup, tu es dans l’émotion du moment. On dirait que tout fige un peu, tu ne réalises pas trop ce qui se passe.

Hendrix Lapierre

« C’est vraiment après, quand j’ai vu les images, les personnes qui m’ont texté… J’ai vraiment profité de l’expérience, j’ai eu du fun. Je regardais dans les gradins et je me disais : “OK, ça se passe en ce moment”. La réaction de Osh [T.J. Oshie] après le but, c’était vraiment spécial aussi. »

Apprendre au quotidien

Hendrix Lapierre a surpris tout le monde en se taillant une place au sein de l’alignement des Capitals à l’issue du camp d’entraînement. L’absence de Nicklas Backstrom, blessé pour le début de la saison, lui a profité. Il s’est retrouvé au centre d’un troisième trio composé des vétérans Conor Sheary et T.J. Oshie, avec qui une chimie a semblé s’établir dès le départ.

Lapierre a joué les deux premiers matchs des Capitals avant d’être laissé de côté pour les deux suivants. Il garde néanmoins son enthousiasme. Le seul fait d’être encore à Washington a de quoi le rendre heureux, puisqu’il apprend « beaucoup de choses » quotidiennement.

« Si jamais j’ai des questions pour Oshie, Ovechkin ou n’importe quel joueur, ils sont toujours là pour y répondre. Juste de voir ce qu’ils font sur une base quotidienne, ce qui fait que ce sont les meilleurs joueurs au monde… Je pense que ça peut vraiment m’aider », fait valoir le joueur de centre, qui semble très à l’aise en conférence de presse.

PHOTO GEOFF BURKE, USA TODAY SPORTS

Hendrix Lapierre (29) reçoit les félicitations de son idole de jeunesse, Alex Ovechkin (8), après la victoire des Capitals de Washington sur les Rangers de New York, le 13 octobre dernier.

« Je me suis non seulement développé en tant que joueur, mais aussi en tant que personne en dehors de la glace », ajoute-t-il.

Hendrix Lapierre est « dans l’inconnu » pour la suite des choses. Comme il n’a que 19 ans, il peut jouer jusqu’à neuf matchs dans la LNH avant que les Capitals ne doivent prendre une décision quant à savoir s’ils le gardent avec eux pour le reste de la saison ou s’ils le renvoient à son équipe junior, le Titan d’Acadie-Bathurst dans la LHJMQ.

Mon job, c’est d’être prêt chaque jour à toute éventualité. S’il fallait que je joue bientôt, je vais être prêt. Si je dois continuer de pratiquer, je vais être prêt.

Hendrix Lapierre

« Même si je ne joue pas de matchs, j’ai tellement l’impression que j’apprends et que je me développe. Je vais juste continuer de travailler fort et je vais essayer de leur forcer la main à me garder. »

Le jeune homme est tout de même en contact avec le Titan, qui s’avère d’ailleurs une des équipes aspirantes à la Coupe du Président cette année.

« Ils m’ont texté quelques fois juste pour voir comment ça allait. Je suis un peu l’équipe, je suis en contact avec les gars. Je regarde les scores, les matchs parfois.

« En ce moment, je suis à 100 % ici, précise-t-il cependant. Je veux être sur la glace, encore pratiquer, jouer des matchs, prouver que je suis capable de jouer ici. »

Il aimerait évidemment disputer le match des Capitals à Ottawa, contre les Sénateurs, lundi. Natif de Gatineau, il compterait sans doute sur un imposant fan-club dans les gradins. Mais pour l’instant, il tente d’y aller au jour le jour, a-t-il répété à plusieurs reprises.

« J’essaie d’en profiter chaque jour. Je réalise à quel point je suis chanceux d’être ici et de pouvoir côtoyer ces gars-là, être sur la glace, m’entraîner, me défoncer chaque jour avec eux.

« Je vais continuer de montrer qui est Hendrix Lapierre. »