Dans la liste d’invités au camp des recrues du Canadien, on trouvait 11 joueurs présents avec un simple contrat d’essai. Du lot, un nom ressortait, mais pas pour des raisons sportives. Ce nom, c’était Arber Xhekaj.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

En deux semaines, il est passé du gars qui donnait de l’angoisse aux descripteurs des matchs à un espoir en bonne et due forme du Canadien. Des 11 invités, il est le seul à avoir quitté Montréal avec un contrat en poche.

« Si quelqu’un est simplement proche de la bonne prononciation de mon nom, c’est suffisant pour me rendre super heureux ! », lance le défenseur, au bout du fil, à Kitchener.

Écartons d’abord la question que tous se posent. Son nom de famille se prononce « Jack-aïl ». Son père vient du Kosovo, sa mère, de la République tchèque. Lui est né au Canada. Il n’a jamais mis les pieds au Kosovo, mais plus jeune, il allait en République tchèque « un été sur deux ». Si bien qu’il comprend partiellement la langue, ce qu’il a démontré à Jan Mysak, un autre espoir du Canadien, au camp.

« Il était assez surpris de voir que je connaissais un peu plus que la base ! », révèle Xhekaj.

Du jeu rude

Nul besoin de le regarder jouer bien longtemps pour comprendre qu’il ne craint pas la robustesse. Dans ses deux matchs contre les espoirs des Sénateurs d’Ottawa au camp des recrues, il a multiplié les coups d’épaule, et a même dû laisser tomber les gants.

C’est un style que le jeune homme de 20 ans assume pleinement, parce qu’il semble bien conscient de son identité de joueur.

« Quand j’étais plus jeune, je regardais surtout Drew Doughty, Erik Karlsson, les défenseurs de talent, raconte-t-il. Mais il y a seulement un gars comme eux par équipe dans la LNH. En vieillissant, j’ai commencé à regarder Ben Chiarot, Jake Muzzin, des gars forts qui font des jeux simples, qui sont robustes et qui connaissent une belle carrière. »

Il ne faut toutefois pas y voir un joueur unidimensionnel, prévient Mike McKenzie, son entraîneur-chef à Kitchener. McKenzie en sait quelque chose, puisque les Rangers comptent sur un des services d’analyse de données les plus importants de l’OHL.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @GO_H4BS _GO

Arber Xhekaj en action avec les Rangers de Kitchener

Les statistiques où il se démarque ?

« Les sorties de zone en possession de la rondelle, les entrées de zone de l’adversaire neutralisées, les dégagements qu’il provoque chez l’adversaire, énumère McKenzie. Il n’a pas des tonnes de points, mais je pense que ça va monter beaucoup cette année parce qu’il jouera en avantage numérique et il obtiendra beaucoup de minutes de jeu. » De plus, il sera un des plus vieux joueurs de la ligue, pourrait-on ajouter.

Il appert que Marc Bergevin s’est mis en tête de construire une défense costaude et robuste à souhait. « C’était beau à voir en séries », se souvient Xhekaj.

Sachant cela, quand est venu le temps de choisir quelle invitation accepter, il était clair, à ses yeux, que ses chances étaient meilleures avec le Canadien qu’avec les autres équipes qui le courtisaient.

Et puis, il y avait aussi une raison plus sentimentale. « Mon père est un partisan du Canadien et il a fait de moi un fan ! »

Jamais repêché, nulle part

Si on parle d’invitation au camp, vous aurez compris que c’est parce qu’il n’a jamais été repêché dans la LNH. En fait, même dans l’OHL, il n’a pas été repêché. Il s’est présenté au camp de Kitchener à 17 ans, et a obtenu un poste.

J’aime me prouver, j’aime montrer aux gens qu’ils ont tort. Avoir réussi à faire ma place dans l’OHL m’a donné confiance pour le camp du Canadien.

Arber Xhekaj

Tout n’a pas été parfait, cependant. À son premier match du camp des recrues, il s’était fait bousculer à quelques reprises. On a aussi le souvenir de moments plus difficiles lors de son premier match du calendrier préparatoire à Toronto.

« Ces deux matchs-là étaient ses moins bons, confirme McKenzie. Il devait s’ajuster à ce niveau de jeu. Parfois, ça peut être difficile pour des joueurs invités. Ils arrivent dans un vestiaire et disent : “Wow, Shea Weber est là !” »

« Le match à Toronto est encore flou, admet Xhekaj. Ça me semblait être un rêve. Voir John Tavares sur la glace… Tu es plus jeune, tu joues au mini-hockey avec ton frère et tu penses que tu es lui. Je m’inspire beaucoup de Jake Muzzin, donc c’était fou de me retrouver face à face avec lui. »

Costco et le paysagement

Bref, Xhekaj ne s’est pas laissé abattre, et il s’est retroussé les manches, comme il l’a toujours fait dans la vie face à des obstacles. Prenez la saison 2020-2021, annulée dans l’OHL. Qu’a fait notre homme ? Il a pris un emploi chez Costco, là où sa mère travaille, de même que pour une entreprise de paysagement.

« Ma mère m’a dit : “Si tu es pour t’entraîner toute l’année, ça va coûter cher. Tu dois nous aider.” Je suis vraiment reconnaissant de l’avoir fait. Ça m’a ouvert les yeux, j’ai vu ce que c’est, le service à la clientèle. Tous les jeunes devraient faire ça ! Je me suis fait crier après par des clients, c’était une bonne expérience de vie et ça m’a confirmé que ce que je veux faire dans la vie, c’est jouer au hockey. »

Dans la vie, on ne m’a jamais rien donné. J’ai dû travailler pour tout ce que j’ai.

Arber Xhekaj

C’est maintenant avec cette attitude qu’il s’attaque à sa dernière saison dans les rangs juniors, où son coach espère qu’il inspirera ses coéquipiers.

« Nos autres joueurs savent maintenant que ne pas être repêché, ça ne signifie pas que c’est la fin, note McKenzie. Il a fini par obtenir un contrat grâce à sa persévérance. »