Hayley Wickenheiser n’a pas beaucoup de temps libres.

Joshua Clipperton La Presse Canadienne

À la fois médecin et directrice senior du développement des joueurs chez les Maple Leafs de Toronto, la quadruple médaillée d’or olympique est presque toujours en déplacement.

Comment, exactement, a-t-elle donc pu trouver le temps de rédiger un livre ?

« Quand vous vivez dans la grande région métropolitaine de Toronto, tout ce que vous faites, c’est conduire […] vers le complexe d’entraînement, vers l’hôpital », a raconté Wickenheiser, en ricanant.

« Je passais beaucoup de temps à parler à mon téléphone et à l’écrire de cette façon. Ç’a été un processus. C’est remarquable, le nombre d’heures que nous passons dans nos véhicules. Nous avons beaucoup de temps pour parler. »

Or, elle avait plein de choses à raconter.

Le livre de Wickenheiser Over the Boards : Lessons from the Ice, paru plus tôt cette semaine, permet à la membre du Temple de la renommée du hockey de partager plusieurs des leçons qu’elle a apprises, souvent à la dure, autant dans les sports que dans la vie.

PHOTO LA PRESSE CANADIENNE

La réussite. L’échec. La joie. La peine. La pression. Les portes à enfoncer. Faire avancer les choses.

Toutefois, cette figure de proue du programme de hockey féminin du Canada pendant plus de deux décennies — et qui a récemment terminé ses études de médecine — n’était pas certaine que les gens seraient intéressés à lire ce qu’elle avait à raconter.

« J’ai été approchée pour l’écrire et j’ai pensé “ Bon, qu’est-ce que j’ai à dire qui est intéressant ? ” », a raconté Wickenheiser, 43 ans, lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

« Beaucoup de gens sont au courant des expériences que j’ai vécues. »

Cependant, lorsque la pandémie de la COVID-19 a frappé, elle a réalisé que son aventure — une jeune fille cherchant un endroit pour pratiquer un sport où elle n’était pas la bienvenue, qui a plus tard joué sur la scène la plus prestigieuse qui soit et qui est ensuite devenue médecin —et toute la pression, l’incertitude, les changements et les critiques qui ont jalonné son parcours pourraient aider d’autres personnes.

J’ai pensé que si je pouvais transmettre certaines choses, ou donner de l’espoir à certaines personnes à ce moment, alors là, je le ferais.

Hayley Wickenheiser

Over the Boards est divisé en trois sections, calquées sur les zones défensive, neutre et offensive au hockey. Elle parle, d’abord, de bâtir des assises, puis de faire preuve de créativité avant, finalement, de se libérer — « le moment de laisser-aller ».

Mais le bouquin ne commence non pas par un retour sur ses origines familiales dans une région rurale de la Saskatchewan, ni en revenant sur l’une de ses médailles d’or gagnées à Salt Lake City, Turin, Vancouver ou Sotchi.

Il démarre plutôt dans une salle d’urgence à Toronto, le premier jour de Wickenheiser à titre d’étudiante en médecine.

Elle était de nouveau une recrue parmi des vétérans — un groupe composé de médecins et d’infirmières au lieu d’attaquantes ou de défenseures — qui s’apprêtaient à recevoir une jeune personne que l’on soupçonnait de combattre une surdose de drogue.

« J’ai paniqué », écrit Wickenheiser, qui avait suivi des médecins pendant qu’elle s’affairait à compléter ses études de premier cycle et sa maîtrise, mais qui avait toujours observé en retrait jusqu’à ce moment bien précis.

« Mon rythme cardiaque a augmenté. J’ai commencé à respirer rapidement. J’ai perdu mes repères.

« J’avais regardé toutes ces choses se produire et là, à mon premier quart de travail où j’étais là pour aider, tout ce à quoi je pensais était “ Je ne suis pas qualifiée. Qu’est-ce que je fais ici ? ” »

Puis, elle a pris un moment, a fait une queue de cheval avec ses cheveux, comme elle le faisait avant chaque match de hockey, et soudainement « tout a ralenti ».

La pression, comme elle l’écrit plus loin, est un privilège.

Et Wickenheiser s’était retrouvée dans d’innombrables situations où la pression était élevée sur la glace. Elle avait seulement besoin de s’appuyer sur ces expériences dans son nouveau rôle — dans ce cas précis, pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire à des intervalles de deux minutes avant que le docteur ne lui dise d’arrêter.

Le patient, du même âge que le fils de Wickenheiser, a succombé.

« Je n’oublierai jamais ce jeune homme tant et aussi longtemps que je vivrai », a confié la gagnante de sept médailles d’or au Championnat du monde.

Lorsque vous êtes responsable, d’une modeste manière comme je l’étais, de la vie d’un autre être humain, ça met beaucoup de choses en perspective. Jamais la pression à laquelle je vais faire face en médecine ne pourra se comparer à ce que j’ai ressenti lors d’un match pour la médaille d’or aux Olympiques.

Hayley Wickenheiser

« La pression est très différente […] c’est tout un honneur que d’être dans ces moments avec des gens lorsqu’ils connaissent la pire journée de leur vie. Vous réalisez que la vie est très courte et nous ne savons jamais quand notre dernière journée pourrait survenir. Ça peut sembler cliché, mais ça m’a rappelé que cette vie ne nous offre qu’une seule opportunité, et que nous devrions essayer d’en tirer le maximum, du mieux possible, parce qu’elle passe vraiment vite.

« Un million de pensées m’ont traversé l’esprit avec lui, là, mais le simple fait d’être dans ce moment, de placer vos mains sur une autre personne qui lutte pour sa vie, a été très marquant. »

C’est ce jour-là que son livre est né.

« J’espère que les gens trouveront un peu d’espoir et d’inspiration », a admis Wickenheiser.

« On ne peut pas tout réaliser [dans la vie], mais je pense que nous nous mettons des limites dont nous n’avons pas besoin. Je suis probablement une preuve vivante d’une personne qui a vécu à contre-courant. Dès que des portes se sont fermées ou que des gens disaient non, j’ai essayé de trouver d’autres moyens.

« Si des gens peuvent transposer ces parallèles dans leur propre vie, et s’ils trouvent le moindre passage dans le livre auquel ils peuvent s’identifier, ce sera mission accomplie. »