(Buffalo) Sur papier, les Sabres de Buffalo pourraient former cette saison une des pires équipes de l’histoire récente de la LNH. Mais le tout sera-t-il supérieur à la somme de ses parties ? C’est le défi de Don Granato.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Par où commencer ? Prenez l’avantage numérique. On y retrouve Jeff Skinner, marqueur de 40 buts il y a 3 ans, en chute libre depuis. Il n’a inscrit que 14 points la saison dernière. À ses côtés, les jeunes Casey Mittelstadt et Tage Thompson, espoirs prometteurs qui n’ont pas encore atteint leur potentiel. Mittelstadt a amassé 22 points en 41 matchs la saison dernière, mais il doit maintenant confirmer sa progression.

On arrive ensuite à Victor Olofsson, agréable surprise de 2019-2020 (42 points en 54 matchs), mais qui a grandement souffert de l’absence de Jack Eichel à la fin de la saison dernière. Il a conclu sa deuxième campagne avec 32 points en 56 sorties.

À la pointe, Rasmus Dahlin chapeaute tout ce monde. Attendu comme le meilleur défenseur de sa génération quand il a été repêché au tout premier rang en 2018, le Suédois a vu sa production chuter à 23 points la saison dernière.

Ça, c’est la première vague de l’avantage numérique. La deuxième vague est composée de joueurs qui n’ont probablement pas été repêchés très tôt dans votre pool : Rasmus Asplund, Jacob Bryson et Colin Miller, pour ne nommer qu’eux.

Vous l’aurez compris, l’absence d’Eichel, en attente d’une transaction et d’une opération au cou, se fera sentir offensivement.

« On ne compte pas sur un ou deux gars pour transporter l’équipe. Ça va prendre les 20 gars. J’ai fait partie d’équipes qui n’avaient pas de grande vedette. C’est fou à quel point un groupe peut être puissant quand il se met à y croire », a observé le gardien Craig Anderson, après l’entraînement de mercredi, à la veille du premier match de la saison des Sabres, contre le Canadien.

Un mal pour un bien ?

Si c’est bel et bien une saison de misère qui attend les Sabres, il faudrait le dire aux joueurs, car ça ne paraissait pas à l’entraînement.

Rarement a-t-on vu un groupe aussi exubérant. Plusieurs exercices étaient organisés sous forme de compétition. L’exercice de l’avantage numérique, au lieu d’être fait strictement en zone offensive, se tenait sur l’ensemble de la surface de jeu, et le groupe qui attaquait à cinq avait même un gardien. C’est d’ailleurs l’infériorité numérique qui a marqué les deux premiers buts ! Chaque fois, les cris de joie fusaient.

Idem pour cet exercice de jeu à trois contre trois en espace restreint, qui se déroulait dans le cercle des mises en jeu, avec un but à chaque extrémité du cercle.

On est plus jeunes, les gars aiment passer du temps ensemble. On s’amuse, on aime compétitionner les uns contre les autres.

Rasmus Dahlin

En fait, c’est à se demander si l’absence d’Eichel aura des effets positifs sur le moral des troupes. C’est impossible à juger de l’extérieur, mais il y avait visiblement de la friture sur la ligne entre l’organisation et son prodigieux attaquant, ce qui devient manifeste avec la saga de la blessure au cou. Or, Eichel était aussi le capitaine des Sabres. Bonjour l’ambiance…

Dahlin n’est pas dupe. Eichel est « probablement l’un des meilleurs joueurs de la LNH. Il va nous manquer », a affirmé le jeune défenseur. Mais le lien entre les joueurs semble fort.

« On bloque des tirs pour le gars à côté de nous, a ajouté Dahlin. Nous avons du bon leadership, de bons gars. Tout le monde est humble. Nous voulons tous travailler les uns pour les autres et nous sommes amis à l’extérieur de l’aréna aussi. »

Reste maintenant à voir comment le mélange prendra une fois que les matchs compteront. La saison dernière, Ralph Krueger avait été congédié de son poste d’entraîneur-chef au milieu d’une séquence de 18 défaites (comme dans dix-huit).

C’est donc en pleine catastrophe que Don Granato a pris les commandes du club. Une fois cette séquence terminée, les Sabres ont montré une fiche respectable de 9-11-2, ce qui leur a valu le 20rang de la LNH entre le 17 mars et la fin de la saison.

Dans les circonstances, ils ne peuvent que surprendre.

En bref

Le doyen devant le filet ?

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Craig Anderson

Don Granato n’a pas voulu confirmer l’identité de son gardien partant pour jeudi, mais les confrères de Buffalo s’attendent à ce que Craig Anderson obtienne le départ. À 40 ans, et après avoir joué seulement quatre matchs en saison et deux autres en séries en 2021, Anderson n’a pas le profil du gardien numéro 1 typique, même qu’il est le gardien le plus âgé de la LNH. Mais n’oublions pas que son auxiliaire est nul autre que Dustin Tokarski, qui a fait un retour dans la LNH la saison dernière après avoir passé les trois campagnes précédentes dans la Ligue américaine. Le gardien d’avenir des Sabres est Ukko-Pekka Luukkonen, mais le Finlandais amorcera sa saison dans la Ligue américaine.

Les Granato et les Caufield, une histoire de famille

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Cole Caufield

Don Granato. Tony Granato. Cole Caufield. Brock Caufield. Paul Caufield. Non, ce n’est pas la version hockey d’Action Réaction. Ce sont plutôt les liens qui unissent les familles Granato et Caufield. En gros : Don Granato est le frère de Tony Granato. Ce dernier a dirigé Cole Caufield et son grand frère, Brock, chez les Badgers du Wisconsin au cours des dernières années. Et Paul Caufield, le paternel, a joué avec Don Granato chez les Capitols de Madison, dans la USHL. Jeudi soir, Don Granato verra Cole Caufield sur une glace de la LNH pour la première fois. « Je l’ai souvent vu jouer ! Je l’ai même vu jouer quand il était enfant, a-t-il souligné. Je suis les carrières de Cole et de Brock depuis longtemps. Je suis heureux de voir Cole dans la LNH. Mais je ne veux pas qu’il marque contre nous ! »

Qui veut assister au match ?

PHOTO CHARLES LECLAIRE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Sur le site officiel des Sabres, de nombreux billets étaient disponibles pour le match de jeudi.

Rien à faire de votre jeudi soir ? Si vous habitez dans la région de Buffalo, il y a une belle option pas trop chère : assister au duel de jeudi entre le Canadien et les Sabres. Sur le site officiel de l’équipe, de nombreux billets étaient disponibles, à partir de 26 $ US. À notre grande surprise, il y avait même une flopée d’options pour acheter huit billets collés, dans une même rangée, que ce soit en revente ou carrément pour un premier achat. On devine ici l’effet combiné des insuccès répétés et de la pandémie. Voilà 10 campagnes de suite que les Sabres ratent les séries et lors de la saison 2019-2020, la moyenne des assistances n’était plus que de 17 167 spectateurs, plutôt que les habituels 18 000 spectateurs d’il y a une décennie. La fermeture de la frontière terrestre ne doit pas aider non plus, surtout contre le Canadien, puisque de nombreux partisans du Tricolore qui habitent le sud de l’Ontario ne pourront pas assister au match. À moins de se farcir un trajet en avion via Detroit ou Newark… Bref, la réouverture prochaine de la frontière devrait permettre à l’équipe de souffler un peu.