Quand Christian Dvorak est arrivé à Montréal, il débarquait en territoire relativement inconnu.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

C’était bien sûr une première pour lui dans un environnement francophone. « Parfois, je ne sais pas où je m’en vais, car je ne sais pas ce que les pancartes signifient ! Mais j’apprends à me retrouver », a dit le nouveau venu, en entrevue avec La Presse.

Des connaissances ? Il a joué quelques saisons avec Guyot Lapointe, le fils de Martin Lapointe, aujourd’hui directeur du personnel des joueurs du Canadien. C’était avec le Mission de Chicago, quand tous deux étaient ados.

« Je ne dirais pas qu’on était super proches, précise-t-il. J’habitais plus loin de l’aréna, j’étais au sud de la ville, tandis que les autres joueurs vivaient plus au nord. Mais tout le monde est super fin dans la famille. »

À ses premières visites à Brossard, il a justement croisé Martin Lapointe. « Ça devait faire huit ou neuf ans qu’on ne s’était pas vus. Je pense qu’il était curieux de voir si j’allais le reconnaître. Il m’a dit qu’il était content que je sois dans l’organisation. Il a encore de gros bras comme dans le temps, on dirait qu’il s’entraîne tous les jours ! »

Il y avait également Josh Anderson, qu’il a croisé une saison (2013-2014) chez les Knights de London, dans la Ligue junior de l’Ontario.

Sinon, Derick Brassard, membre des Coyotes de l’Arizona la saison dernière, a joué les entremetteurs entre Dvorak et Jonathan Drouin. Les deux Québécois n’ont jamais joué ensemble, mais sont représentés par le même agent, Allan Walsh, depuis des années.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Dvorak et Jonathan Drouin

Je ne connaissais pas Jo avant, mais il a vraiment été correct avec moi. Sa copine et lui m’ont reçu à souper.

Christian Dvorak

Coïncidence ou non, Dvorak forme un trio avec Anderson et Drouin depuis le jour 1 du camp.

Le hockey avant l’école

Quand le Canadien a fait l’acquisition de Dvorak, on nous l’avait décrit comme un type plutôt réservé, pas nécessairement porté à s’exprimer haut et fort. C’est aussi l’impression qui se dégage des points de presse qu’il a accordés jusqu’ici.

Une entrevue individuelle est souvent un bon contexte pour désamorcer de telles perceptions. Sauf que dans le cas qui nous intéresse, ce n’est visiblement pas seulement une perception : même pendant notre entrevue, Dvorak demeure un homme de peu de mots. Certains de ses propos que vous lisez ici sont en fait des réponses à deux ou trois questions différentes, réunies pour faciliter la lecture.

« Je dirais effectivement que je suis assez discret », a-t-il convenu, à la veille du début du camp d’entraînement.

En fait, Dvorak est un type qui semble s’exprimer davantage sur une patinoire ou sur un terrain, peu importe le sport.

« Les mathématiques étaient ma force. Ça venait naturellement. Mais je n’aimais pas particulièrement l’école quand j’étais plus jeune. J’avais des notes correctes, mais je n’étais pas le plus gros fan de l’école.

– Si le hockey n’avait pas fonctionné, tu aurais fait quoi dans la vie ?

– Honnêtement, je n’en ai aucune idée ! J’adorais le hockey quand j’étais petit. Si le hockey n’avait pas marché, j’aurais essayé le golf ou le baseball. J’ai toujours joué au golf pour le plaisir. Au baseball, j’ai joué jusqu’à l’âge de 13 ans, j’étais surtout à l’inter. J’étais très bon quand j’étais petit, moins après. »

C’est donc le hockey qui a fini par prendre le dessus, et ce n’est pas pour des raisons familiales. « Mon frère a joué jusqu’à 13 ou 14 ans, mon père n’a jamais joué », dit-il. Et, non, il n’a pas de lien de parenté avec l’ancien attaquant Radek Dvorak, un Tchèque qui a joué 1260 matchs dans la LNH. « Mon nom est d’origine tchécoslovaque, mais il y a aussi un peu d’allemand et d’irlandais dans la famille. On est aux États-Unis depuis plusieurs générations. »

Direction London

Malgré son faible intérêt pour l’école, Dvorak s’était engagé verbalement auprès de l’Université du Wisconsin. Mais les Badgers de cette époque n’étaient pas ce qu’ils sont devenus sous Tony Granato, et le recrutement piétinait. D’ailleurs, à la même époque, Brock Boeser les a laissés en plan pour se joindre à l’Université North Dakota.

Et Dvorak, lui, avait une option tentante au nord de la frontière : les puissants Knights de London, qui détenaient ses droits. En 2013, il a donc pris la route de l’Ontario.

« C’était une décision de dernière minute, une semaine ou deux avant le camp. Mark Hunter [propriétaire et DG] m’a appelé et m’a dit qu’il me voulait dans son équipe. J’y ai pensé pendant deux jours avec ma famille et j’ai choisi London. Les résultats de cette organisation parlent d’eux-mêmes. C’est la meilleure organisation junior, à mon avis. Dale et Mark enseignent la bonne façon de jouer au hockey et je voyais cela comme ma meilleure chance de me rendre à la LNH. »

Il a vu juste. Avec les Knights, il a soulevé la Coupe Memorial au printemps 2016. À l’automne suivant, il faisait directement le saut du hockey junior à la LNH, chez les Coyotes. Et sa principale force est justement qu’il joue « de la bonne façon ».

D’ailleurs, Dvorak était un partisan des Blackhawks dans son enfance, il a joué avec les Knights comme l’a fait Patrick Kane, il nomme même le but gagnant de Kane en finale en 2010 comme son plus beau souvenir de hockey.

Personne ne savait que la rondelle était dans le but, sauf lui, et il exultait tout seul.

Christian Dvorak, au sujet du but gagnant de Patrick Kane

Regardez le but gagnant de la Coupe Stanley de 2010

Mais son joueur préféré est Jonathan Toews, pas Kane. Un autre centre qui joue « de la bonne façon ».

Dans l’anonymat

Cette transition de London à Glendale l’a aussi fait passer du marché le plus en vue du hockey junior au marché le plus anonyme de la LNH.

« Même si l’Arizona n’est pas le plus gros marché médiatique, ça demeure la LNH, réplique-t-il. J’ai adoré mon séjour là-bas. Les Coyotes m’ont donné la chance de jouer dans la LNH, d’avoir une carrière. »

Il assure tout de même que des amateurs de hockey de la région de Glendale le reconnaissaient parfois dans la rue, plus qu’à London. « Je ne me faisais pas tant reconnaître à London. Ou les gens me reconnaissaient et me laissaient tranquille ! »

Et à Montréal ? « Ça arrive, mais c’est toute une différence avec l’Arizona. Ça ne fait pas longtemps que je suis ici, et j’ai été assez occupé à m’installer, à rencontrer les gars. Ça va bien jusqu’ici. Les gars ont été bons avec moi. »