Pour tout observateur, c’est-à-dire toutes les personnes qui ne sont pas sur la glace ou derrière le banc, la règle d’or d’un camp d’entraînement est simple : ne pas s’emballer au premier coup d’éclat.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

On sait trop bien qu’un échantillon limité biaise les résultats. Et les histoires de feux de paille sont trop nombreuses pour ne pas en tirer d’apprentissage. Jiri Sekac, après tout, a déjà été la saveur du mois.

Or, cette règle est aussi contre-instinctive. Sans qu’on n’y puisse rien, on se surprend à assumer qu’un signe positif devient la norme et qu’un élément négatif n’est qu’un accident de parcours. Parfois à raison, bien plus souvent à tort.

Mais… Il y a parfois de ces phénomènes qui sont si nets qu’on peut se demander s’ils ne se soustraient pas aux règles.

Prenez le match de Kaiden Guhle. À sa première audition face à des joueurs de la LNH, le défenseur de 19 ans n’a pas que bien fait. Il a très, très bien fait, dans cette victoire de 5-2 du Canadien.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

David Savard (58), Nick Ritchie (20) et Kevin Poulin (95)

Son calme est désarmant. Sur la patinoire, à la gauche de David Savard, il a joué sans complexe. Adam Brooks et Brett Seney, des Maple Leafs de Toronto, l’ont notamment appris à leurs dépens lorsque leur tentative d’entrée de zone le long de la bande s’est terminée par une percutante mise en échec à leur endroit. Même après avoir bloqué un tir de Semyon Der-Arguchintsev (oui, c’est un vrai nom), il est allé plaquer Wayne Simmonds comme si rien ne s’était passé. Frais comme un concombre, diraient nos amis anglophones.

Ajoutez à cela une grande confiance avec la rondelle et des sorties de zone efficaces, et vous avez une idée du portrait.

Devant les journalistes, c’était carrément déstabilisant. Le pied enroulé dans un sac de glace (gracieuseté de Semyon Der-Arguchintsev, justement), Guhle a décliné ses réponses comme s’il parlait de la météo du moment. Posément, presque détaché.

« Qu’as-tu pensé de ton match ?

– Un match solide. J’ai voulu faire mon possible pour aider l’équipe. Il y a des choses que je peux améliorer.

– Étais-tu nerveux ?

– Un peu, évidemment… En fait, je dirais plus fébrile que nerveux.

– Le niveau de jeu était-il celui auquel tu t’attendais ?

– C’était encore plus vite que dans la Ligue américaine, mais ça ne m’a pas surpris. J’étais préparé à ça. »

Et ainsi de suite.

La comparaison de son jeu avec celui de Shea Weber serait injuste. Mais dans sa personnalité, les similitudes avec le capitaine du CH sont évidentes.

« Il est confiant, dans le bon sens du terme, a souligné l’entraîneur-chef Dominique Ducharme au sujet du jeune homme. Beaucoup de monde dit de lui que c’est un futur capitaine ; on comprend pourquoi. »

Sa maturité, manifeste hors de la glace, se transporte tout autant dans son jeu. Certainement l’observateur le plus aiguisé de son club, Jonathan Drouin a vanté la capacité du défenseur à fermer l’espace entre les joueurs adverses et lui.

« Il est impressionnant, surtout à son âge, a noté le Québécois. Il est gros, il a une longue portée, le potentiel est là défensivement. Il lui faut maintenant continuer à s’améliorer chaque jour. Je pense qu’il sera un très bon joueur pour notre équipe. »

Ducharme n’a pas raté de modérer l’émerveillement ambiant en rappelant l’une de ses formules fétiches : « Jamais un joueur n’est arrivé trop tard dans la LNH. » Car l’inverse est vrai : on pourrait facilement dresser la liste de ceux qui ont été promus trop tôt.

S’il devait être renvoyé à son club junior, Kaiden Guhle disputerait la saison avec « encore plus d’expérience et de maturité ».

Mais l’entraîneur a vu les mêmes choses que bien du monde. « Quand je le regarde, je pense qu’on va avoir un excellent défenseur pour plusieurs années. Mais il faut être patient. »

Drouin : « Ça fait du bien ! »

Un autre dont le baptême aurait difficilement pu être plus réussi, c’est Jonathan Drouin.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Christian Dvorak et Jonathan Drouin

Son poste n’était bien sûr pas en jeu, mais après cinq mois sans jouer, et avec toutes les émotions qu’on peut imaginer, son retour au jeu prend des airs de nouveau départ.

Non seulement a-t-il récolté deux mentions d’aide, mais aussi il a joué avec assurance au sein du nouveau trio qu’il complète avec Christian Dvorak et Josh Anderson. Ces derniers se sont également éclatés, avec quatre et trois points, respectivement.

« Ça fait du bien ! a-t-il lancé après la rencontre. Retourner à l’entraînement, revenir à mes habitudes… Je suis content d’être revenu, je me sens bien. Je suis content de jouer au hockey. »

De son nouveau joueur de centre, Drouin n’avait que des éloges, saluant la « grosse transaction » que le directeur général Marc Bergevin a effectuée pour acquérir Dvorak.

D’ordinaire, la chimie peut prendre quelques matchs, voire quelques semaines avant de s’installer entre un centre et ses ailiers, a-t-il fait remarquer.

Or, « les instincts sont déjà là », a encore souligné Drouin. « On connaît son style, on sait où il est sur la glace, il est toujours au bon endroit. C’est très emballant de voir où on s’en va. »

Rien n’assure que cette unité demeurera intacte jusqu’au début de la saison, mais Dominique Ducharme a certainement aimé son travail lundi soir. Sur la feuille de pointage, cela va de soi, mais également dans sa zone où, justement, ils ont limité leur présence.

La meilleure défense est l’attaque, dit-on. C’était un peu ça, oui.

Ils ont dit

C’était vraiment cool de voir une réaction comme ça. Je suis content de jouer ici, j’adore jouer au Centre Bell. Ça m’a fait chaud au cœur. J’ai même écrasé une petite larme.

Jonathan Drouin au sujet de l’accueil chaleureux des partisans dimanche et lundi

J’essaie de le chapeauter, de l’aider si je peux. Mais ça vient de lui, on voit que c’est un joueur extrêmement intelligent sur la patinoire. Il se place bien et défend bien.

David Savard au sujet de Kaiden Guhle

Des hauts, des bas. Des choses que j’ai aimées beaucoup. D’autres choses que même Jake… il est intelligent, il est capable de s’évaluer et si on regarde ça ensemble, il va me dire la même chose. La pénalité de quatre minutes a peut-être coupé son rythme un peu, mais j’ai bon espoir qu’il va continuer à progresser.

Dominique Ducharme, à propos du match de Jake Evans

C’est un match dur à évaluer en raison de l’importance des unités spéciales. Notre désavantage numérique a accordé trois buts, même si ce sont des buts de différents types. Le nombre de pénalités a eu un effet sur la gestion du banc. Mais à cinq contre cinq, on a assez bien joué. On trouvera beaucoup de positif en regardant de la vidéo.

Sheldon Keefe, entraîneur-chef des Maple Leafs

Kampf a été très bon en désavantage numérique et aux mises au jeu. Ce trio a de la bonne cohésion. Kase, ce n’est pas une surprise, est clairement un joueur de la Ligue nationale.

Sheldon Keefe, au sujet de David Kampf et d’Ondrej Kase

Dans le détail

Ça va barder à Laval !

De nombreux futurs membres du Rocket de Laval étaient en uniforme lundi. Parmi eux, deux ont rappelé qu’ils ne craignaient pas le jeu rude. Michael Pezzetta et Gabriel Bourque ont en effet servi de solides mises en échec toute la soirée. À eux seuls, ils ont distribué le tiers (9 sur 27) des mises en échec des Montréalais. Pezzetta s’en est même permis une dans la dernière minute, quand son équipe menait 5-2 et que la victoire était acquise. L’homme à la tignasse frisée s’est aussi démarqué avec deux buts (dont un dans un filet désert) et s’est fait voler par la mitaine de Petr Mrazek. Les doublés ne seront toutefois pas la norme pour Pezzetta, qui vient de connaître deux saisons de suite… de deux buts. Quoi qu’il en soit, les visiteurs à la Place Bell devront s’attendre à se faire bousculer.

Une note bien reçue

La LNH a l’intention de se montrer moins tolérante avec les doubles-échecs cette saison. Les 32 équipes ont reçu une note à ce sujet au cours des dernières semaines, et la LNH a carrément publié une vidéo cette semaine. On y voit notamment le jeu sur lequel Nikita Kucherov s’est blessé contre Scott Mayfield l’an dernier, et la LNH souhaite justement éviter des blessures en renforçant le règlement. Si la note ne s’est pas rendue à lui, Morgan Rielly a maintenant une meilleure idée des nouvelles règles. En première période, le défenseur des Leafs a été chassé pour un double-échec qui aurait pu paraître bien routinier le printemps dernier. « Oui, c’est assez juste de dire ça, a noté l’entraîneur-chef des Leafs, Sheldon Keefe. Mais sachant qu’ils nous ont envoyé une note à ce sujet, et sachant comment ils veulent gérer ça cette saison, c’était une pénalité appropriée et les joueurs devront faire attention. » Il sera intéressant de voir comment Ben Chiarot et Joel Edmundson, qui ne se gênaient pas pour jouer du bâton le printemps dernier, s’ajusteront.

Du calme, les poolers

On vous parlait dimanche de Michael Bunting, qui a droit à la première audition aux côtés de John Tavares. Il y a aussi un affichage pour le poste d’ailier à la gauche d’Auston Matthews (blessé, mais proche d’un retour) et de Mitch Marner, poste autrefois occupé par Zach Hyman. Nick Ritchie a eu droit lundi au premier essai. Le pari est intéressant. Ritchie est un ancien 10e choix au total (en 2014), auteur de 15 buts en 56 matchs à Boston la saison dernière. Il faudra voir où ira l’expérience, mais Ritchie devra assurément être alerte, car Marner est capable de réussir des passes impensables pour le commun des mortels, comme celle qu’il a servie à Adam Brooks depuis l’arrière du filet en troisième période. « Ce soir, j’ai reçu quelques passes que seuls des joueurs d’élite peuvent faire », a admis Ritchie. Cela dit, avant de le repêcher dans votre pool dans l’espoir de trouver le prochain Rob Brown, notez qu’il n’est pas dans les plans pour l’avantage numérique.

En hausse

Christian Dvorak

Il a dû apprendre le système de jeu et apprivoiser deux nouveaux ailiers en catastrophe. On a affaire à un bon élève : quatre points !

En baisse

Jake Evans

Son trio avec Joel Armia et Rafaël Harvey-Pinard n’a pas généré beaucoup d’attaques. Et il a écopé de deux punitions inutiles sur la même séquence en fin de première période.

Le chiffre du match

23 min 44 s

C’est le temps de glace du défenseur Kaiden Guhle, un sommet chez le Canadien.