La question peut sembler cocasse, mais posons-la quand même le plus franchement du monde : comment un natif de Trois-Rivières, qui n’a jamais été une vedette de son sport de notre côté de l’Atlantique, peut-il devenir président de la Fédération internationale de hockey sur glace ?

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

« Je me pose la même question ! », répond en riant Luc Tardif au bout du fil.

Le Québécois de 68 ans, établi en France depuis plus de 40 ans, succède en effet à René Fasel à la tête de l’entité qui régit le hockey à l’échelle mondiale. Après 27 ans en poste, le Suisse n’a pas brigué de nouveau mandat.

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René Fasel, ex-président de la Fédération internationale de hockey sur glace

L’élection a nécessité quatre tours de vote. Au terme de chacun d’eux, le candidat avec le moins de voix était éliminé. Au tour ultime, conclu dans la nuit de vendredi à samedi (heure du Québec), Tardif l’a emporté sur l’Allemand Franz Reindl, considéré comme le favori.

Celui qui possède la double nationalité française et canadienne est relativement peu connu chez nous, mais il est depuis des années un acteur influent au sein du hockey international. En 2006, il est devenu le tout premier président de la Fédération française, poste qu’il occupe encore aujourd’hui, mais qu’il devra délaisser vu ses nouvelles responsabilités.

Il a fait son entrée à la Fédération internationale (FIHG) en 2008 au sein du comité de compétition. Il a accédé à un poste au conseil principal en 2010 et a par la suite été élu trésorier. Il est, depuis 2016, à la tête du comité des finances de la Fédération.

Il a en outre été chef de mission de la délégation olympique française aux Jeux de Sotchi (2014) et de PyeongChang (2018) – « un honneur », insiste-t-il. Il avait également été nommé président de la Commission olympique en vue des Jeux de Paris en 2024, autre engagement dont il doit se libérer, à regret.

La vie de Luc Tardif s’est transportée en Europe au milieu des années 1970. Après avoir joué dans sa ville natale avec les Ducs de Trois-Rivières, dans la LHJMQ, puis avec les Patriotes de l’UQTR dans les rangs universitaires, il s’est engagé avec les Tigres de Bruxelles, avant de s’établir en France, où il a joué professionnellement pendant 12 ans, d’abord à Chamonix, puis à Rouen. C’est là qu’il a fondé une famille, prenant par ailleurs les rênes du club local. On connaît la suite.

À la question initiale sur son parcours, Luc Tardif répond finalement, tout en humilité : « Comme dans n’importe quoi d’autre, tu mets un pied devant l’autre et, petit à petit, tu te fais connaître. »

Vers les Jeux olympiques

Le dossier des Jeux olympiques de Pékin 2022 était déjà bien en vue sur son bureau. Vu son nouveau rôle de président de la FIHG, il se retrouve désormais sur le dessus de la pile.

Les derniers contrats doivent encore être bouclés avec la LNH et l’Association des joueurs, dont les membres reviendront aux Olympiques huit ans après les Jeux de Sotchi.

Il y a en outre la préparation du tournoi olympique lui-même, avec les matchs de qualification qui doivent encore être disputés – « Au Canada, vous n’y pensez pas, mais plusieurs pays doivent se qualifier », rappelle-t-il gentiment. Et il lui faut notamment préparer un « plan B » qui serait déployé si, « pour une raison ou une autre », les joueurs de la LNH devaient se désister d’ici aux Jeux en raison d’une nouvelle vague de COVID-19.

Sur le plan sanitaire, « avec la Chine, les protocoles, c’est quelque chose », souligne-t-il.

Sinon, de manière générale, Luc Tardif souhaite continuer à « amener le hockey partout dans le monde », afin d’en faire un sport « universel », comme le soccer ou le basketball.

Il compte ainsi « surfer sur le momentum » des Jeux de PyeongChang et de Pékin pour continuer à « défricher » le continent asiatique. La Chine, l’Inde, la Thaïlande, Hong Kong, Singapour, la Mongolie et le Népal, entre autres, sont tous membres de la Fédération, mais demeurent des acteurs mineurs en raison de la participation locale limitée.

Du reste, Tardif parle de « recherche et développement » sur les manières de « continuer à améliorer le spectacle », et ce, tout en protégeant les joueurs le mieux possible.

Parmi les autres noms connus qui ont circulé durant les élections de la Fédération, mentionnons celui de Bob Nicholson, ex-dirigeant de Hockey Canada, dont le mandat de vice-président régional pour les Amériques a été renouvelé. Pavel Bure, ex-supervedette de la LNH, aujourd’hui impliqué au sein de la Fédération russe, a quant à lui été élu membre du conseil principal.