(Toronto) On ne sait pas si c’est la maturité et l’expérience qui se font sentir, ou si c’est le fait qu’il s’adresse maintenant aux médias en personne plutôt que via un écran. Mais Nick Suzuki avait le sens de la formule pour décrire cette toute première sortie du Canadien en match préparatoire.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse
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« On avait l’air d’une équipe qui a volé le jour même et qui jouait son premier match préparatoire ! »

Le Tricolore a effectivement eu l’air de ce qu’il était, samedi, ce qui a donné un résultat assez représentatif de l’allure du match : Toronto 4, Montréal 1.

Ce n’est bien sûr pas après un premier match préparatoire qu’il faut tirer de grands constats sur l’édition 2021-2022 du CH. À ce moment-ci de l’année, la blague revient souvent : « C’est le camp d’entraînement pour tout le monde ! »

C’était vrai samedi pour les malheureux affectés à la base de données de la LNH : des erreurs dans les numéros des joueurs ont fait en sorte que les noms d’Auston Matthews, Mitch Marner, Christian Dvorak et Arvid Henrikson (qui ?) se sont retrouvés dans le sommaire. Dans ce même sommaire, le numéro 14 du CH appartenait à Josh Anderson, plutôt qu’à Nick Suzuki.

C’était aussi le camp d’entraînement pour l’équipe de présentation de match des Leafs, qui a complètement loupé l’arrivée des joueurs sur la patinoire.

Et ce l’était pour bien des joueurs en bleu-blanc-rouge. Ceux qui se battent pour un poste ? « Pas un n’a été pire ou meilleur que les autres. C’était un match ordinaire », a estimé Dominique Ducharme.

Le trio de Suzuki, Cole Caufield et Tyler Toffoli ? « Un peu de bon, de mauvais, de bon, de mauvais », a ajouté l’entraîneur-chef.

Et Ryan Poehling ? « J’ai senti que c’était généralisé. […] Vers la fin de la première période, je voyais nos gars revenir au banc, ç’avait l’air difficile. »

Pendant ce temps, les Maple Leafs avaient l’air d’un groupe qui était prêt. Même de vieux routiers comme Jason Spezza et Jake Muzzin, dont le poste n’est pas en danger, n’ont pas mis de temps à chasser la rouille. Dès sa première présence, William Nylander est entré en zone du CH comme on entre dans un moulin. Michael Bunting et Nick Robertson, qui se battent pour leur statut ou pour un poste, ont aussi montré de belles choses.

Court calendrier

Le problème, c’est que le présent camp est paradoxal ; il est long (trois semaines), mais il y a peu de matchs. Montréal ne disputera en effet que six rencontres. Ducharme a déjà laissé savoir qu’il souhaitait aussi donner du temps à son groupe principal pour se familiariser.

On comprend donc que ceux qui se battent pour un poste n’auront pas cinq occasions de se faire valoir. C’est notamment vrai pour Poehling.

Le Tricolore a quelques patients à l’infirmerie cet automne (Paul Byron et Mike Hoffman), ce qui ouvre des possibilités à l’aile. Mais Poehling joue au centre, où tous les candidats sont en santé : Suzuki, Dvorak, Jake Evans, Cédric Paquette. Or, comme Poehling n’a pas à passer par le ballottage s’il est retranché, il devra réellement ressortir au camp afin de forcer Marc Bergevin à le retenir.

Cela dit, Poehling n’est pas exactement ressorti du lot. On vous parlait de Nylander qui a traversé la patinoire en début de match ; Poehling a fait partie de ceux qui ont été soufflés par sa vitesse. Il a bien eu quelques occasions en fin de rencontre, mais on ne voyait pas le Poehling impliqué qui a tant fait tourner les têtes au camp il y a deux ans, avant de se blesser. Ses mises en jeu (9 en 14, 64 %) ont été un rare point positif.

À sa décharge, le jeune homme se remet d’une opération à un poignet. Mais s’il tarde à retrouver la forme, un retour à Laval s’imposera pour lui permettre d’y arriver.

C’était un peu mieux en défense, même si Alexander Romanov s’est critiqué en entrevue après le match. « Rien de bon aujourd’hui », a laissé tomber le Russe. Il jouait toutefois pour une très rare fois avec Jeff Petry, et la cohésion entre les deux hommes n’allait pas se créer du jour au lendemain.

Gianni Fairbrother s’est lui aussi bien tiré d’affaire après un départ brouillon ; il en a assez fait pour que Suzuki l’identifie comme un des bons éléments dans la défaite.

Le portrait à la ligne bleue sera toutefois plus clair quand Joel Edmundson retrouvera ses coéquipiers.

On devrait en savoir plus assez rapidement, puisque le Canadien jouera son match intraéquipe dimanche, avant de retrouver de nouveau les Leafs lundi, cette fois au Centre Bell. On verra si certains joueurs profiteront du fait que cette fois, ce sera au tour des Torontois de voyager le jour même.

Dans le détail

Le coup filé de Bunting

Michael Bunting fait partie d’un groupe d’ailiers qui se battent pour le privilège de jouer au sein des deux premiers trios des Maple Leafs. L’attaquant, choix de 4e tour en 2014, connaissait du succès dans les filiales des Coyotes de l’Arizona, et a inscrit 10 buts en 21 matchs dans la LNH la saison dernière. Embauché comme joueur autonome par les Leafs cet été, l’ailier gauche n’a pas raté sa première audition. Jumelé à John Tavares, il a inscrit un but en redirigeant une passe de T. J. Brodie, en plus de s’offrir une échappée, arrêtée par Michael McNiven. « Il va au filet et la rondelle semble toujours le trouver. Il a du flair autour du but », a dit de lui Tavares samedi matin, une évaluation qui décrit bien le joueur que nous avons observé samedi. Tavares a ajouté que Bunting lui rappelait Matt Moulson, son fidèle ailier à Long Island. Doit-on rappeler que Moulson a connu 3 saisons de 30 buts avec Tavares comme centre ?

Suzuki à tout prix

Les deux avantages numériques du Canadien en première période ont permis de constater à quel point Nick Suzuki sera au cœur de l’attaque à cinq de l’équipe cette saison. D’une part, son calme avec la rondelle fait de lui un meneur de jeu idéal le long de la rampe. Il n’a pas peur de manœuvrer la rondelle et a le don de repérer un coéquipier libre lorsque la pression est trop forte. D’autre part, les entrées de zone sont aussi construites autour de lui, avec Jeff Petry qui transporte la rondelle en zone neutre avant de la lui laisser. Les Montréalais devront toutefois tenter de varier quelque peu les montées, car il était assez évident que Petry cherchait Suzuki en zone neutre.

Problème réglé pour Primeau

PHOTO NICK TURCHIARO, USA TODAY SPORTS

John Tavares (91) et Cayden Primeau (30)

Cayden Primeau rencontrait les médias pour une première fois depuis le début du camp. À sa dernière présence officielle devant les caméras, le gardien avait indiqué que pour « certaines raisons », il n’avait pas pu voyager avec le CH pendant les séries, afin de s’entraîner avec les réservistes. Lors de son point de presse d’après-match, Primeau a assuré qu’il pouvait voyager sans restriction cette saison. Le numéro 30 n’a pas été ménagé par ses coéquipiers pour sa première sortie. Ils ont laissé Jake Muzzin fin seul pour le premier but, et il a été battu par une déviation de John Tavares sur le deuxième but. Primeau a accordé 3 buts sur 21 tirs, en 33 minutes de jeu. Le problème, c’est qu’il a disputé la première moitié du match, celle pendant laquelle les joueurs du CH cherchaient encore leurs jambes…

Ils ont dit

On a eu quand même deux grosses journées. On a passé pas mal de temps sur la glace. On a voyagé aujourd’hui ce qui est quand même inhabituel. Ça fait partie des matchs préparatoires.

Dominique Ducharme

On a le match rouges et blancs [dimanche], un autre match le lendemain et après, on joue [deux matchs en deux soirs]. On aura pas mal nos deux équipes jusqu’à ce moment-là. On va avoir une journée de congé [dimanche le 3]. C’est là qu’on va voir pas mal de coupures. On va avoir pas mal de monde pendant les quatre premiers matchs. On n’a pas le choix.

Dominique Ducharme

On a généré plusieurs occasions, des échappées, même un 3 contre 0 (rires). Ça va rentrer en saison.

Nick Suzuki, au sujet de son trio

Ça m’importe peu, de quel côté je joue. Je peux jouer à gauche, à droit, attaquant ou gardien ! Je veux juste aider l’équipe.

Alexander Romanov, employé à gauche au camp

En hausse

Michael McNiven

PHOTO JON BLACKER, LA PRESSE CANADIENNE

Iiya Mikheyev et Michael McNiven

On ne lui tiendra pas rigueur pour le cadeau qu’il a fait à Kurtis Gabriel en fin de match. Les 11 tirs qu’il a reçus étaient presque tous de qualité. Il a notamment repoussé trois échappées.

En baisse 

Xavier Ouellet

PHOTO JON BLACKER, LA PRESSE CANADIENNE

Xavier Ouellet (61) et lya Mikheyev (65)

Il n’avait pas une tâche facile, puisqu’il était jumelé à Arber Xhekaj, un défenseur qui disputait son premier match chez les pros. Mais le Québécois n’a pas offert un niveau de jeu suffisant pour aider son jeune partenaire.

Le chiffre du match 

10 000

La rencontre a eu lieu devant 10 000 spectateurs, selon les Leafs. C’était la première fois que les Leafs jouaient devant une telle foule depuis le début de la pandémie ; en séries le printemps dernier, seuls quelque 500 travailleurs essentiels étaient admis dans l’amphithéâtre.