Ce sont finalement des troubles d’anxiété qui ont forcé Jonathan Drouin à rater la fin de la dernière saison.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

C’est ce que l’attaquant du Canadien a affirmé à la journaliste de RDS Chantal Machabée, dans la toute première entrevue qu’il a accordée depuis qu’il a pris une pause du hockey, en avril dernier.

C’est lors d’un voyage dans l’Ouest canadien que la situation est devenue intenable pour Drouin. Le 23 avril, le numéro 92 avait participé à l’échauffement en vue d’un duel contre les Flames à Calgary. Drouin avait été vu en discussion avec un thérapeute de l’équipe, et avait finalement été rayé de la formation au dernier moment.

« Ce sont des années d’anxiété, des problèmes d’insomnie, a affirmé Drouin. Cette semaine-là à Calgary a été difficile pour moi, je suis tombé malade de manière où je ne contrôlais plus vraiment mon corps. C’est là que j’ai eu besoin de prendre un recul du hockey, de faire un pas en arrière. C’est un problème d’anxiété que j’ai depuis plusieurs années, mais l’an dernier, ça a monté à un autre niveau. La même chose pour l’insomnie. »

Officiellement, l’équipe avait alors annoncé que Drouin s’absentait pour « des raisons personnelles ».

Dès lors, de nombreuses rumeurs ont circulé sur ce qui s’était réellement produit. En point de presse, l’entraîneur-chef Dominique Ducharme s’était fait demander si Drouin avait été admis au sein du programme de la LNH pour lutter contre les problèmes de consommation. Ducharme avait répondu par la négative, et le joueur est revenu sur le sujet avant même que la question ne soit posée.

Je veux aussi dire que je n’ai jamais été dans un programme de “rehab”. Je n’ai pas de médias sociaux, pas Twitter, donc je ne sais pas c’est quoi, les rumeurs [qui circulent]. Mais je n’ai pas eu de problèmes de drogue ou d’alcool. C’est vraiment un problème d’anxiété et d’insomnie.

Jonathan Drouin

Plus tard dans l’entrevue, Drouin a réitéré qu’il avait souffert de ces problèmes pendant « plusieurs années », « sans vraiment savoir » ce que c’était.

« C’était difficile d’aller chercher de l’aide. Je ne reconnaissais pas mes problèmes. C’est vraiment l’an passé que j’ai cliqué. J’ai été chercher de l’aide, du monde pour m’entourer, je comprends comment ça se passe, les moments où je sens de l’anxiété. Je suis plus équipé qu’avant. »

Toujours passionné

Drouin a connu une saison 2021 difficile. Il totalisait 9 points après 9 matchs, mais il a ensuite été limité à 14 points en 35 rencontres, avant d’abdiquer.

En entrevue avec La Presse la semaine dernière, Ducharme avait défendu son joueur, qu’il a connu il y a près de 10 ans, à Halifax. L’entraîneur-chef souhaitait notamment chasser la perception que pouvaient avoir les gens que certains soirs, ça ne lui « tentait pas ».

« Des fois, ça te donne cette impression-là lorsque tu regardes de l’extérieur. Tout le monde a une vie à l’extérieur. Il y a plein d’affaires qui se passent. Il faut garder ça en tête », avait prévenu Ducharme.

Si c’était le cas à l’époque, Drouin assure qu’il demeure toujours aussi passionné par son sport.

« J’adore le hockey, les gens proches de moi le savent, je peux regarder cinq ou six matchs par soir. La passion ne m’a jamais quitté. C’était d’avoir un style de vie plus facile pour moi pour jouer au hockey. Parfois, je pouvais passer trois soirées sans dormir, et aller jouer un back-to-back [deux matchs en deux soirs]. Ce n’est pas normal pour n’importe quel humain et je devais changer ça. »

Et même s’il voyait son équipe réussir une surprise après l’autre en séries éliminatoires, il assure n’avoir jamais songé à revenir au jeu pour participer à ce parcours.

« Ce n’était pas dur de regarder des matchs. Tu veux être là, c’est sûr. Tu veux jouer dans ces matchs-là, c’est pour ça que tu joues au hockey. Mais j’avais pris une décision de prendre un recul du hockey, de prendre soin de moi. Je respectais ma décision. C’était juste de regarder et de donner mon soutien à mes coéquipiers, aux coachs. »

J’étais tellement heureux à chaque match qu’on gagnait. Je n’étais pas dans le vestiaire, mais je sentais le buzz en ville.

Jonathan Drouin

Drouin espère maintenant mettre ces épisodes derrière lui et connaître du succès, que ce soit comme ailier ou comme centre. « J’ai joué aux deux positions ici, avec Dominique aussi. Je sais ce qu’il veut, quelles sont ses attentes. Ce sera au staff de voir ça. »

Son objectif ? « Juste d’avoir du plaisir et de devenir meilleur chaque jour. C’est cliché, mais ce sera la seule chose pour moi. »

Des limites

Quelques minutes après la diffusion de l’entrevue à RDS, le réseau TVA Sports en diffusait également une, celle-là animée par Renaud Lavoie. Les deux entrevues ont été tournées dans le vestiaire du Canadien au Centre Bell, dimanche, soit plusieurs jours après ce qui était prévu à l’origine. La diffusion a toutefois eu lieu à la date originalement annoncée.

Celle de RDS a duré une douzaine de minutes. Drouin est certes revenu sur ses problèmes de la saison dernière, mais les nombreuses questions orientées sur le hockey, sur les changements à la formation du Canadien, laissent croire que le jeune homme ne souhaitait pas s’étendre en long et en large sur ses problèmes.

Sur le plateau de L’antichambre, juste avant la diffusion de l’entrevue, Chantal Machabée a d’ailleurs indiqué que Drouin ne souhaitait pas aller trop en profondeur dans les détails. « Il veut se garder une certaine pudeur », a-t-elle dit.