Il a un sourire ravageur et un tir du poignet à l’avenant. Les partisans qui ont vu ses exploits offensifs sur l’internet l’attendent impatiemment. Même Cam Hillis, attaquant qui tente lui-même de faire sa marque chez les professionnels, a dit de lui qu’il avait hâte d’en « voir davantage ».

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Jeudi matin, Mattias Norlinder a pour la première fois sillonné la glace du Complexe Bell de Brossard, où a lieu ces jours-ci le camp des recrues du Canadien. Au sein d’un groupe d’une vingtaine d’autres patineurs, le défenseur suédois de 21 ans, choix de troisième tour du CH en 2019, a d’emblée montré les flashs offensifs qu’on attendait de lui. Le début de la séance d’entraînement remontait à quelques instants à peine que, déjà, il déjouait le gardien Alexis Gravel d’un tir précis à l’intérieur du poteau.

Ceux qui suivent l’équipe le savent depuis un moment déjà : le succès de Norlinder tient essentiellement, à ce jour, à son talent offensif. Cet atout pourrait le servir à un moment où le Tricolore n’a pas vraiment de défenseur désigné d’emblée pour compléter sa deuxième vague de l’avantage numérique.

L’évolution de son jeu défensif ainsi que son rythme d’adaptation au jeu nord-américain détermineront donc s’il a une chance d’amorcer la saison 2021-2022 avec le « grand club » ou s’il se joindra plutôt au HC Frölunda, formation suédoise avec laquelle il s’aligne depuis l’an dernier – la structure de son contrat fait en sorte qu’il ne peut évoluer avec le Rocket de Laval cette année.

« C’est à lui de montrer s’il peut jouer dans la LNH » dès le mois d’octobre, a résumé Jean-François Houle, nouvel entraîneur du Rocket, qui dirige le camp des recrues.

Vu le poste qu’il occupe, Houle est bien sûr un observateur avisé du travail de Norlinder. Mais comme tout le monde, jeudi, c’était la première fois qu’il le voyait en chair et en os.

Le Québécois a parlé de l’importance de lui donner « de bonnes habitudes de travail pour améliorer son côté défensif », ajoutant néanmoins qu’il lui reconnaissait « un bon coup de patin, une bonne tête de hockey ». Le plus grand défi sera celui de la « constance », d’abord au camp des recrues, ensuite au camp d’entraînement du CH et, ultimement, pendant sa carrière dans la LNH.

Au premier entraînement sur glace, il a « très bien fait », a ajouté Houle. « Tu vois qu’il a déjà joué des matchs cette année en Europe. »

En confiance

Norlinder, lui, n’a pas tenté de se faire passer pour un produit fini. « Le temps dira » s’il peut faire le saut dès cette année.

Humble malgré la confiance en soi qu’il dégage quand il s’adresse aux médias, il ne cache pas ses ambitions pour autant. Percer la formation du Tricolore, « c’est la raison pour laquelle je suis ici ».

À son premier « vrai » contact avec son équipe – il n’avait pu participer au camp des recrues 2019 et l’activité n’a pas eu lieu en 2020 –, il veut surtout suivre les instructions énoncées par le groupe d’entraîneurs au souper d’équipe de mercredi soir : s’amuser et batailler ferme pour se faire valoir.

L’adaptation des joueurs européens à la patinoire nord-américaine, plus petite, devra donc se faire pour lui en format accéléré. Le défi est particulièrement imposant pour un défenseur, a rappelé Jean-François Houle.

« Ce n’est pas évident pour les défenseurs de protéger l’enclave quand la rondelle part du coin vers le haut de la zone, car la glace est tellement grande, a expliqué l’entraîneur. Les zones offensives et défensives sont grandes, alors il faut mieux protéger le centre de la glace [en Europe]. Beaucoup de choses changent. »

Or, Norlinder « est un bon patineur, et d’habitude les bons patineurs sont capables de trouver le moyen » de réussir la transition sans trop de heurts.

Apprentissage

Le principal concerné croit en outre que la LNH, avec un jeu moins axé sur la défense que le championnat suédois, pourrait lui permettre de tirer son épingle du jeu.

À l’entraînement, jeudi, il a été jumelé à Kaiden Guhle, choix de premier tour de l’organisation en 2020. Les deux entendront leur nom toute la semaine, car ils sont probablement les deux espoirs du club les mieux positionnés pour grimper dans la hiérarchie de la défense montréalaise.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Jeudi matin, Mattias Norlinder a pour la première fois sillonné la glace du Complexe Bell de Brossard, où a lieu ces jours-ci le camp des recrues du Canadien.

Gaucher comme son partenaire, Norlinder a été employé à droite, comme c’est le cas pour lui depuis trois ans en Suède, selon ses dires.

À sa première saison à Frölunda, il a surtout appris à jouer plus dur, plus physiquement devant le filet. Ce n’est pas anecdotique pour un arrière de 5 pi 10 po et 179 lb. En 2020-2021, il a par ailleurs dû composer avec des blessures à une épaule et à un genou qui l’ont forcé à rater quatre et trois semaines, respectivement.

Sa confiance a été ébranlée par ces deux pauses forcées, avoue-t-il sans détour. Mais si sa courte expérience professionnelle lui a appris une chose, c’est bien de ne pas s’apitoyer sur le passé.

Ça tombe bien, car la suite de son histoire pourrait s’écrire très vite au cours des prochains jours et des prochaines semaines. « Il a l’air d’un joueur qui va apprendre très rapidement », a noté Jean-François Houle.

Ce n’est pas la chose la plus ingrate qu’un joueur puisse entendre à son sujet.

Le camp des recrues se poursuit vendredi avec une autre séance d’entraînement. Les jeunes joueurs du Canadien se mesureront ensuite aux espoirs des Sénateurs, samedi à Ottawa.