Des logos du Canadien. Sur les murs. Sur les rideaux. Sur la couverture. Partout. Fixée au plafond, la reproduction d’un tableau indicateur qui affiche 5-4 à l’avantage du Tricolore contre les Penguins de Pittsburgh. C’est ce qu’on retrouvait dans la chambre de Jean-Sébastien Dea, il y a une vingtaine d’années à peine.

Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

C’est ce même Jean-Sébastien Dea – qui d’autre ? – qui s’est entendu sur les modalités d’un contrat d’une saison à deux volets avec le Canadien à l’ouverture du marché des joueurs autonomes, mercredi dernier.

« C’est dur de décrire en mots comment je me suis senti à ce moment. C’était vraiment quelque chose d’extraordinaire », raconte le principal intéressé à La Presse, quelques jours après la signature.

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-SÉBASTIEN DEA

Jean-Sébastien Dea a toujours rêvé de faire partie de l’organisation du Canadien de Montréal.

« J’ai vécu de beaux moments dans ma carrière, que ce soit mon premier contrat [dans la LNH], ma première game, mon premier but… Mais signer avec l’organisation du Canadien, c’était un rêve depuis que je suis jeune. »

Une simple photo de son ancienne chambre à coucher suffit pour comprendre l’ampleur de la place qu’occupait le Tricolore dans son enfance. Et l’émotion dans sa voix quand il parle de ses jeunes années ne ment pas.

« C’était mon équipe, se souvient-il. Tous les soirs, je me couchais et je m’imaginais compter un but au Centre Bell. La chanson Fix You quand tu embarques sur la glace… C’est ces moments, que je regardais à la télévision ou que j’écoutais à la radio, que je voulais vivre un jour. Je dois avoir fait 2000 rêves par rapport à cette situation. »

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-SÉBASTIEN DEA

Le tableau indicateur qui était fixé au plafond de la chambre de Jean-Sébastien Dea quand il était enfant

Causer une surprise

En juin 2013, après une saison de 85 points avec les Huskies de Rouyn-Noranda dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Jean-Sébastien Dea n’avait qu’un souhait : être sélectionné par une équipe de la LNH. Sa famille et lui se sont rendus au Prudential Center, au New Jersey, pour le repêchage cette année-là. Mais à l’issue des sept tours, aucune formation n’avait prononcé son nom.

« Ç’a été vraiment dur, se remémore le natif de La Prairie. Je suis parti de l’aréna en pleurant. À ce moment-là, je me suis dit : c’est fini. Je ne pourrai plus jamais réaliser mon rêve. »

Dans les heures qui ont suivi, plusieurs équipes ont invité le jeune homme de 18 ans à leur camp de développement. Et pour lequel a-t-il opté ? Celui du Canadien, bien sûr. Puis, quelques jours plus tard, il a pris part à un deuxième camp. Celui des Penguins de Pittsburgh. Des choix tout à fait logiques si on repense au tableau indicateur dont on parlait plus haut.

C’est finalement à Pittsburgh que Dea a signé son contrat d’entrée dans la grande ligue.

Tout a bien fini, mais je savais qu’éventuellement, quand j’en aurais la chance, je voudrais essayer de jouer pour le Canadien une fois dans ma carrière.

Jean-Sébastien Dea

De 2014 à 2018, Dea a principalement évolué pour les Penguins de Wilkes-Barre-Scranton dans la Ligue américaine. Il a amassé 141 points en 262 matchs. Lors des conquêtes de la Coupe Stanley des Penguins de Pittsburgh en 2016 et en 2017, il était du groupe de Black Aces. Il a vécu les célébrations avec l’équipe, un moment « extraordinaire ».

Après une campagne de 50 points en 2017-2018, il a été réclamé au ballottage par les Devils du New Jersey. Là-bas, il a disputé 20 matchs dans le circuit Bettman, amassant 3 buts et 2 passes. Il est de nouveau repassé par Pittsburgh par la suite, avant d’aboutir à Buffalo, en 2019.

En signant son contrat de deux ans avec les Sabres, une équipe qui mise sur de nombreux jeunes joueurs, Dea espérait enfin jouer dans la grande ligue à temps plein.

« Dans les dernières années, surtout quand je suis arrivé à Buffalo, j’ai fait tout ce que j’avais à faire, affirme-t-il. J’ai changé mon mode de vie au complet. Je me suis mis à méditer, à mieux me nourrir, à faire du yoga. Je faisais l’effort dans le gym, de l’extra à l’entraînement. »

Il a néanmoins été relégué dans la Ligue américaine, avec les Americans de Rochester. Ce qui nous amène à son arrivée au sein de l’organisation du Canadien, à l’âge de 27 ans.

« Il y a beaucoup de monde qui parle du [fait que je vais jouer avec le] Rocket, et c’est correct. Il faut être réaliste. Mais mon objectif, c’est vraiment de causer une surprise. Je sais que j’ai encore les habiletés. Je ne pense pas que j’ai eu la chance que j’aurais dû avoir à Buffalo. Si je regarde les matchs que j’ai joués [dans la LNH] au New Jersey ou à Buffalo, je pense que j’ai encore ma place. »

Ce dont il a besoin, dit-il, c’est quelqu’un qui croit en lui.

« C’est ce qui m’a manqué jusqu’ici dans ma carrière : quelqu’un qui croit en moi, qui va me donner la chance que je mérite. Ce moment, je l’attends avec impatience. Je sais que, quand ça va arriver, je vais être prêt. Si c’est à Montréal, c’est encore mieux. »

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-SÉBASTIEN DEA

La chambre de Jean-Sébastien Dea quand il était enfant

Prêt, mentalement et physiquement

Tout vient à point à qui sait attendre. Jean-Sébastien Dea le reconnaît lui-même : il n’aurait pas été prêt à jouer dans un marché comme Montréal il y a quelques années. Mais maintenant, il a la maturité pour composer avec la pression.

« J’ai tout le temps carburé à la pression. Quand j’étais junior, j’ai tout le temps aimé ça, quand il y avait un peu de piquant, de motivation. Au lieu de le prendre comme de la pression, je le prends comme une source de motivation pour me donner un deuxième set de jambes, plus d’énergie dans une game. »

Il est on ne peut plus prêt à se donner « cœur et âme ».

« Mentalement et physiquement, je n’ai jamais été aussi en forme », laisse-t-il entendre.

Il reste à voir où il jouera l’an prochain, mais aujourd’hui, Dea se trouve exactement là où il a toujours rêvé d’être : dans l’organisation du Canadien.

« Des fois, quand tu rêves à quelque chose et que tu y crois vraiment, ça arrive. […] Je n’ai jamais été le plus gros, le plus fort, tout le monde disait que je ne me rendrais pas. Finalement, c’est arrivé. C’est important de croire en ses rêves. »

Au sujet de Crosby

Lorsqu’il appartenait aux Penguins de Pittsburgh, Jean-Sébastien Dea a eu l’occasion de jouer ses premiers matchs dans la Ligue nationale, en plus d’être du groupe de Black Aces lors des conquêtes de 2016 et de 2017. Il a donc pu côtoyer Sidney Crosby. « Souvent, quand tu rentres dans une pièce, il y a des gens qui ne te font pas sentir super bien. Et il y en a d’autres avec qui, quand tu arrives, on dirait que c’est facile. Tu es à l’aise. Lui, c’est ce genre de personne là. Même s’il est Sidney Crosby, il va te faire sentir comme si tu es un membre de sa famille. C’est une personne extraordinaire », affirme-t-il.

Katherine Harvey-Pinard, La Presse