Xavier Simoneau n’a jamais abandonné son rêve d’être repêché par une équipe de la LNH. Mais après avoir été ignoré deux années de suite, il n’avait pas marqué d’une grosse étoile sur son calendrier la date du 24 juillet 2021.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Elle restera pourtant gravée dans sa mémoire, après que le Canadien a fait de ce petit attaquant de 5 pi 7 po son choix de sixième tour, samedi.

Simoneau est devenu la belle histoire de ce repêchage chez le Tricolore. Le joueur de 20 ans, à qui il ne reste plus qu’une saison chez les juniors, avait eu une « bonne discussion » avec l’état-major du CH jeudi dernier, mais rien d’assez sérieux ne s’en était dégagé pour qu’il annule sa présence au tournoi de balle donnée qu’il avait lui-même organisé avec ses amis et sa famille.

La curiosité, par contre, était irrésistible, et à mesure que la journée avançait, Simoneau surveillait son téléphone cellulaire de plus en plus près. Mais c’est lorsque tous ses proches ont envahi le terrain en même temps qu’il a compris ce qui lui arrivait. « Mes parents, mon grand-père, mes chums », a énuméré l’ex-capitaine des Voltigeurs de Drummondville, tout récemment échangé aux Islanders de Charlottetown.

Il a quitté le match de balle en vitesse pour rentrer chez lui, répondre à quelques-uns des innombrables messages qu’il avait reçus et donner des entrevues. En visioconférence avec les membres des médias montréalais, il n’a rien fait pour refouler son enthousiasme et sa fébrilité.

Il ne le cache pas : être repêché par le Canadien est « un honneur » pour ce partisan de longue date et pour sa famille.

« Je suis sans mots », s’est-il esclaffé en répondant à une question sur les plans de l’organisation à son endroit. Pour faire court : il n’a aucune idée de ce qui l’attend. Un retour dans le junior ? Un passage à la Ligue américaine, ou encore à l’ECHL, dans la nouvelle filiale des Lions de Trois-Rivières ? Simoneau n’en sait rien. Les discussions avec le CH n’ont pas encore atteint ce niveau de détails. Cela se produira en temps et lieu. Mais pour l’heure, le joueur de centre est « encore sous le choc ».

« On dirait que je suis un enfant… Je suis tellement ému, tellement content ! Je suis sans mots », a-t-il répété.

Longue route

Il faut dire que Simoneau a, malgré lui, pris le chemin du pèlerin avant de vivre cette journée.

Des blessures l’ont ralenti. Deux fois, 31 équipes de la LNH ont levé le nez sur lui. Il avait reçu une invitation au camp des recrues des Maple Leafs de Toronto en 2019, mais l’expérience n’avait pas dépassé la semaine.

Lisez notre portrait publié en 2020

L’automne dernier, Hockey Canada l’a invité au camp de sélection de l’équipe nationale junior, mais en raison du protocole relatif à la COVID-19, il est passé à la trappe avant le premier match intra-équipe.

Conséquemment, il ne se « faisait pas d’idées » à l’approche du repêchage cette année.

Néanmoins, il a su saisir les occasions qui se présentaient à lui. Son fort début de campagne lui a valu une invitation au camp d’Équipe Canada – une étoile inestimable sur sa feuille de route. Et le seul fait qu’il ait pu jouer pendant la saison, alors que la LHJMQ était la seule ligue junior active au pays, lui a donné la chance de se faire voir par les recruteurs.

Trevor Timmins, responsable du recrutement amateur chez le Canadien, n’était d’ailleurs pas peu fier de sa sélection. Simoneau, dit-il, est l’un de ses « favoris » depuis des années, en raison de sa ténacité et de son sens du hockey.

Par le passé, son coup de patin n’était pas à la hauteur des attentes de l’équipe. Or, les petits joueurs font de plus en plus leur place dans la LNH. Et l’expérience du repêchage d’un joueur de 20 ans en 2019 a porté ses fruits : Rafaël Harvey-Pinard a signé, il y a quelques semaines, son premier contrat avec le Canadien. Et Simoneau a travaillé sans relâche pour corriger ses lacunes.

Les astres se sont donc alignés pour celui qui affirme haut et fort qu’il n’a « pas encore atteint [son rêve] ». Il abordera maintenant les prochains mois avec en ligne de mire un contrat à décrocher.

Trois Québécois

La sélection de Simoneau a aussi eu le mérite de rappeler que le Canadien n’avait pas repêché que Logan Mailloux, au cours du week-end.

Même qu’il a, pour la première fois depuis un bon moment, pigé abondamment dans sa cour. Des huit joueurs que l’organisation a sélectionnés samedi dans les tours 2 à 7, quatre évoluent pour des équipes de la LHJMQ, et trois d’entre eux sont originaires de la province. Du jamais vu depuis 2013 et 2005, respectivement.

Un changement considérable par rapport au passé récent : de 2014 à 2020, seulement quatre des 53 joueurs repêchés par le CH étaient québécois – et ils arrivaient de la LHJMQ.

Cette recrudescence tombe sous le sens, alors que les deux autres ligues canadiennes ont été paralysées tout l’hiver. C’est ce qui a fait dire à Trevor Timmins que « les pièces sont tombées en place ».

PHOTO DARRELL THERIAULT, FOURNIE PAR LES ISLANDERS DE CHARLOTTETOWN

William Trudeau

Outre Simoneau, les Québécois William Trudeau (4tour, 126au total) et Joshua Roy (5tour, 150au total) ont été sélectionnés par l’organisation montréalaise.

Défenseur à caractère offensif – il a obtenu 31 points en 40 matchs en 2020-2021 avec les Islanders de Charlottetown –, Trudeau est devenu le natif de la province repêché le plus tôt par le Canadien depuis Zachary Fucale en 2013. Timmins et le Canadien aiment sa patience « étonnante » avec la rondelle et sa capacité à bien faire circuler le disque.

Roy, lui, a un profil atypique. Ex-gloire du hockey mineur québécois, il a été, en 2019, le tout premier choix au repêchage de la LHJMQ.

PHOTO VINCENT L. ROUSSEAU, FOURNIE PAR LE PHŒNIX DE SHERBROOKE

Joshua Roy

Après des débuts relativement modestes – 79 points en 95 matchs à Saint John et à Sherbrooke –, en tout cas comparativement à sa saison de 88 points en 42 matchs dans les rangs midget AAA, l’ailier droit beauceron se voit devenir « un des meilleurs joueurs de la ligue » la saison prochaine, et il s’entraîne actuellement avec ce but en tête.

Timmins a confirmé que le Tricolore s’attendait à une éclosion tardive dans son cas, puisque les « habiletés naturelles » sont au rendez-vous. Par contre, « il réalise ce qu’il a besoin de faire pour être un pro », et c’est dans cette optique que le département du développement des joueurs du Canadien l’encadrera.

L’autre joueur de la LHJMQ sélectionné par le CH, samedi, est Riley Kidney. Et c’est certainement lui qui emballe le plus Trevor Timmins, qui en a fait un choix de deuxième tour (63au total).

Ce joueur de centre polyvalent est passé à la vitesse supérieure au cours des dernières séries éliminatoires de la LHJMQ, durant lesquelles il a amassé 17 points en 9 matchs avec le Titan d’Acadie-Bathurst. Les recruteurs du Canadien n’ont rien raté de ses exploits. « On aime sa combinaison de cran et de ténacité », a dit Timmins, qui a en outre vanté son intelligence sur la glace. Déjà, on le compare à Nick Suzuki.

Les autres sélections du Canadien

Oliver Kapanen, centre finlandais, 2tour (64au total)

Timmins : « On aime son potentiel de croissance, notamment sur le plan physique. Il a un très bon sens du hockey, un trait que possèdent les joueurs de la LNH qui connaissent du succès. »

Dimitri Kostenko, défenseur russe, 3tour (87au total)

Timmins : « Un défenseur droitier à caractère offensif à qui il reste une année de contrat dans la KHL. Il possède un gros lancer et un bon flair en attaque. »

Daniil Sobolev, défenseur russe, 5tour (142au total)

Timmins : « Un espoir très intéressant. Il doit jouer dans la Ligue junior de l’Ontario, à Windsor. Un défenseur à caractère défensif difficile à affronter. »

Joe Vrbetic, gardien ontarien, 7tour (214au total)

Timmins : « Un gros gardien qui jouait pour une mauvaise équipe il y a deux ans [il n’a pas joué en 2020-2021]. On sait qu’il a investi beaucoup de travail et d’efforts sur la glace pour devenir un meilleur athlète. »