Le directeur général Marc Bergevin et son adjoint Trevor Timmins ont eu les coudées franches pour faire de Logan Mailloux un membre du Canadien de Montréal.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Selon ce qu’a indiqué Timmins, samedi soir, cette décision avait été approuvée en haut lieu.

La veille, le Tricolore avait fait de Mailloux son choix de premier tour (31e au total), et ce, en dépit du fait que le défenseur ontarien s'était rendu coupable d’un crime sexuel au cours de la dernière année et qu’il avait lui-même demandé de ne pas être sélectionné.

Au cours du point de presse où l’on dressait le bilan du repêchage 2021 du Tricolore, Timmins, qui est par ailleurs responsable du recrutement amateur du club, s’est fait demander si Geoff Molson, président et propriétaire de la franchise, avait donné son aval au choix controversé qui a provoqué un tollé chez les partisans et même au sein du gouvernement du Québec.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @CANADIENSMTL

Trevor Timmins

Sur Twitter, Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation, responsable du Loisir et du Sport et responsable de la Condition féminine, s’est dite « surprise et déçue » de la décision du CH, qui va, selon elle, à contre-courant des initiatives visant à faire du sport un milieu « sécuritaire, exempt de violence et inclusif ».

Sans répondre directement à la question, Timmins a rappelé qu’il s’agissait d’une « décision de hockey » et que, par ailleurs, M. Molson « était au courant de tout ce qui se passe dans l’organisation ». « J’aimerais m’en tenir à cela », a-t-il ajouté à ce sujet.

Plus tôt dans la journée, La Presse avait formulé une demande de réaction officielle de M. Molson à la suite de la sélection de Logan Mailloux. Cette demande a été déclinée.

Bec et ongles

Sans surprise, Timmins a défendu bec et ongles le choix de premier tour du Tricolore.

Pourquoi le recruter cette année, au moment où des histoires d’inconduite sexuelle font quotidiennement les manchettes, au Québec comme ailleurs ? « D’autres équipes l’attendaient au deuxième tour. Quelqu’un d’autre l’aurait repêché », a répondu le DG adjoint.

Pourquoi être allé à l’encontre de la volonté du jeune homme, qui avait affirmé sur les réseaux sociaux ne pas « mériter » une sélection ? Ici, Timmins a marqué un long, très long silence de près de 20 secondes, avant de demander une précision et de finalement répondre : « Je pense qu’il était émotif » au moment de demander de ne pas être repêché, mais qu’« aujourd’hui, il pense différemment ».

Nous étions à l’aise avec les informations qu’on avait, avec les entrevues qu’on a faites. On croit réellement qu’il éprouve des remords. Nous allons l’aider à traverser ce moment difficile. On croit qu’il deviendra une meilleure personne.

Trevor Timmins, recruteur en chef du Canadien

Le recruteur en chef du CH a rappelé que toutes les entrevues avec les joueurs, en vue du repêchage, étaient menées de concert avec le psychologue sportif David Scott afin d’évaluer la personnalité des athlètes interrogés. À la lumière des échanges qui se sont étalés sur les derniers mois, « on a senti que [Mailloux] était pleinement conscient de la [gravité] de ses actions » et qu’il voulait se racheter.

« Nous croyons aux deuxièmes chances », a insisté Timmins, comme l’avait fait Bergevin la veille.

Autrement, « je ne pense pas que personne ait parlé de ses habiletés au hockey », a souligné Timmins, qui s’est lancé dans une liste enthousiaste de ce que Mailloux peut apporter au Canadien : un défenseur au fort gabarit (6 pi 3 po et 212 lb) qui possède un tir puissant, adepte du jeu physique, qui peut jouer en avantage et en désavantage numérique, qui peut avaler les minutes sur la glace et qui est « dur à affronter ».

« Je crois qu’il correspond bien au moule de notre Big 4 qui nous a poussés en séries éliminatoires », a salué Timmins. Selon lui, tout est en place pour que Mailloux participe à son premier camp d’entraînement dès la rentrée.

« On a hâte de l’accueillir. »