Les Sabres de Buffalo et le Kraken de Seattle étaient peut-être tout près dans l’ordre de sélection au repêchage, mais ce sont deux franchises qui sont à des étapes bien différentes de leur évolution. Il sera fascinant de voir comment elles géreront la suite des choses.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Comme tous s’y attendaient, les Sabres ont fait du défenseur format géant Owen Power le tout premier choix du repêchage 2021 de la Ligue nationale, vendredi. Le Kraken y a aussi été pour le choix consensuel au 2rang en sélectionnant le centre Matthew Beniers.

Les deux espoirs sont coéquipiers à l’Université du Michigan. Power et Beniers seront sans doute ravis d’apprendre qu’ils sont les premiers coéquipiers réclamés aux deux premiers rangs depuis… Réjean Houle et Marc Tardif, du Canadien Junior, en 1969.

Mais plus sérieusement, ils pourraient de nouveau être coéquipiers la saison prochaine. Power a toujours laissé entendre qu’il penchait pour un retour à l’Université du Michigan, où il a amassé 16 points en 26 matchs la saison dernière.

« C’est probablement encore le cas, mais je n’ai encore parlé à personne de Buffalo. Pour le moment, je vais savourer le moment et ne pas trop m’en faire avec ça, a répondu un Power ému, en visioconférence.

Je pense que je serais prêt à jouer dans la LNH. Mais au bout du compte, on fera ce qu’il y a de mieux pour mon développement. Il n’y a pas de mauvaise option.

Owen Power

Beniers, de son côté, semblait également parler comme un type qui se voit plutôt sur les bancs d’école en 2021-2022.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Matthew Beniers

« Honnêtement, je ne sais pas vraiment quelle est la meilleure option pour moi, a dit le charismatique Beniers. Évidemment, ce serait excitant de jouer pour le Kraken. Et si je retourne au collège, je pourrais bâtir ma confiance. Un élément important, c’est que je n’ai pas pu jouer une saison complète l’an dernier. J’aimerais aussi tenter ma chance pour le championnat national. Ce sont des avantages que je vois, si je retourne à l’école. Mais on prendra la meilleure décision pour moi, comme joueur et sur le plan personnel. »

Pente abrupte

Si Power retourne bel et bien à l’école, ce serait la première fois depuis Erik Johnson, en 2006, qu’un premier choix au total ne ferait pas le saut directement dans la LNH après le repêchage.

Cela dit, les dernières années nous ont rappelé que les Connor McDavid et Auston Matthews, dominants dès leur arrivée, demeurent des exceptions.

Fiche des premiers choix à leur première saison dans la LNH (buts-passes-points)

  • Alexis Lafrenière (2020) : 12-9-21 en 56 matchs
  • Jack Hughes (2019) : 7-14-21 en 61 matchs
  • Rasmus Dahlin (2018) : 9-35-44 en 82 matchs
  • Nico Hischier (2017) : 20-32-52 en 82 matchs

Lafrenière et Hughes ont donc eu un impact relativement marginal en attaque. La production offensive de Hischier n’a toujours pas augmenté depuis sa première saison, tandis que Dahlin a connu des hauts et des bas malgré ses statistiques offensives impressionnantes.

Et Dahlin joue justement à Buffalo, là où l’éternelle reconstruction de l’équipe commence à peser lourd sur le moral. Power est le quatrième choix du top 2 des Sabres depuis 2014, après Dahlin (2018), Jack Eichel (2015) et Sam Reinhart (2014). L’avenir d’Eichel à Buffalo semble plus nébuleux que jamais, tandis qu’à la toute fin du repêchage, une rumeur d’échange de Reinhart en Floride a fait surface. En point de presse, le DG des Sabres, Kevyn Adams, n’a pas voulu confirmer la rumeur, mais a souri en disant qu’il ne souhaitait pas commenter l’information.

À l’inverse, le Kraken ne reconstruit pas, il construit. Ron Francis a le luxe d’être patient, dans la mesure où il est entendu que toutes les équipes d’expansion ne seront pas un succès instantané comme l’ont été les Golden Knights…

Comparaison flatteuse

Après Dahlin, les Sabres repêchent donc de nouveau un défenseur au tout 1er rang, et les attentes ne seront pas moins grandes qu’avec le Suédois. En entrevue à La Presse il y a trois semaines, l’entraîneur-chef de Power au Michigan, Mel Pearson, a sorti le nom de Victor Hedman à titre de comparaison possible pour son protégé.

« En termes de taille, d’instinct offensif… Owen a un excellent instinct, voit bien la patinoire, contrôle bien la rondelle, a un bon tir », avait dit Pearson à notre collègue Katherine Harvey-Pinard.

C’est d’ailleurs Hedman que Power a identifié comme le joueur qu’il aime le plus regarder jouer actuellement.

La comparaison est audacieuse, mais elle constitue un rappel de l’importance du tiens donc-la patience. Hedman compte certes un trophée Norris et deux bagues de la Coupe Stanley, mais il les a remportés à partir de l’âge de 27 ans. C’est à sa huitième saison, à 26 ans, que Hedman a fait partie des trois finalistes au Norris pour la première fois.

Après les défenseurs, un attaquant

De son côté, Beniers est considéré par plusieurs comme le centre le plus complet de la cuvée 2021. « Non seulement il est le plus complet de ce repêchage, mais il a aussi le jeu le plus mature », selon le rapport de Hockey Prospect, un service de recrutement indépendant.

Après avoir privilégié les défenseurs lors du repêchage d’expansion, Ron Francis se tourne donc vers un attaquant pour le tout premier choix de l’histoire de la nouvelle franchise.

Les Ducks brouillent les cartes

Les deux premiers choix étaient ceux attendus par tout le monde, mais le troisième l’était moins.

Les Ducks d’Anaheim ont en effet jeté leur dévolu sur Mason McTavish, un attaquant de 18 ans qui a disputé la dernière saison à Olten, en deuxième division suisse. Il y a inscrit 9 buts en 13 matchs. Son père, Dale, a d’ailleurs joué plusieurs saisons dans ce pays après une brève carrière de neuf matchs dans la LNH (avec les Flames en 1996-1997). Il n’a pas de lien de parenté avec Craig MacTavish.

Parlant de famille, les Devils du New Jersey ont réuni deux des trois frères Hughes.

Ils avaient en effet réclamé Jack Hughes au 1er rang en 2019, et voici qu’ils ont ajouté Luke Hughes. L’annonce des Devils a d’ailleurs donné lieu, chez la famille Hughes, à des scènes de célébration dignes des concurrents les plus enthousiastes à The Price is Right. Les trois frangins étaient en effet réunis pour l’évènement, avec leurs parents et plusieurs proches.

Défenseur plus costaud que ses frères Jack et Quinn, Luke mesure 6 pi 2 po. Il a inscrit 15 points en 18 matchs avec le programme de développement des États-Unis.