(Montréal) On aurait pu croire qu’après avoir mené le Canadien en finale de la Coupe Stanley, Dominique Ducharme aurait enfin pu se débarrasser de l’étiquette « intérimaire » qui coiffe toujours son titre d’entraîneur-chef. Or, même s’il croit que « ça devrait se régler bientôt », Ducharme devra encore attendre un peu avant de devenir, officiellement, le 25pilote de l’histoire de l’équipe.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

« On verra ce qui arrive dans les prochains jours », a soufflé le principal concerné pendant le point de presse virtuel au cours duquel il a dressé le bilan de la dernière saison.

Son patron, Marc Bergevin, a eu de bons mots pour son entraîneur en affirmant que dès le moment où il l’a choisi pour remplacer Claude Julien, en février dernier, son intention « était de la garder ici, à Montréal, à long terme ». Il a toutefois tenu à ce que l’intérim soit souligné, et ce, bien que Ducharme ait « fait de l’excellent boulot ».

Il s’agit, selon le directeur général, de l’un des « premiers dossiers à régler » au cours des prochaines semaines.

Même s’il n’est en poste que depuis moins de cinq mois, Ducharme a pratiquement connu deux règnes distincts. Celui en dents de scie, pendant la saison, qu’il a conclue avec une fiche perdante de 15 victoires, 16 défaites et 7 revers en prolongation ou en tirs de barrage. Puis celui des séries éliminatoires, qui s’est soldé par une participation, contre toute attente, à la grande finale. Bien que son équipe ait baissé pavillon en cinq rencontres contre le Lightning de Tampa Bay, Ducharme a été à la tête d’une formation qui a confondu tous les sceptiques.

Les derniers mois « ont été une folle cavale », au cours de laquelle il a « tout traversé », a convenu l’entraîneur. Depuis l’éclosion de COVID-19 qui a forcé l’équipe à cesser ses activités en mars, jusqu’au calendrier ultracompressé en fin de parcours, en passant par les blessures de joueurs clés et même l’improbable diagnostic de COVID-19 qui a envoyé Ducharme lui-même en quarantaine au beau milieu des séries éliminatoires.

« Ç’a été difficile [challenging], mais si tu n’aimes pas ce genre de défis, je pense que tu n’es pas dans le bon domaine », a-t-il lancé.

Après cette saison unique, le retour au boulot, en septembre, avec un camp d’entraînement complet, sera pour lui un « nouveau départ », croit-il.

Réflexion

La journée de vendredi a été longue pour l’entraîneur-chef par intérim du Canadien, alors que tous les joueurs se sont succédé dans son bureau pour leur rencontre de fin d’année. Il a par la suite rencontré ses adjoints pour dresser le bilan du personnel d’entraîneurs.

Ducharme affirme apprécier l’exercice, qui fait en sorte que tout le monde puisse se dire au revoir alors que les choses « sont claires, sans zone grise » par rapport à des enjeux fondamentaux comme « notre façon de jouer, de se comporter ou de faire face aux différents défis ». Tout ceci dans le but que l’expérience acquise en séries soit utilisée « de la bonne façon ».

Ce thème est récurrent dans le discours de Ducharme, qui a tenté d’illustrer ce qu’il avait en tête lorsqu’il l’évoque.

« On peut arriver au camp et se dire qu’on va être corrects, qu’on sait comment faire. » Cela, a-t-il noté, peut mener à « un pas de recul » qui « joue contre [nous] ».

« Ou bien on se souvient du sentiment qui nous habitait après la défaite [à Tampa] et qui nous habite encore aujourd’hui. Celui qui fait en sorte qu’on se dit : “On a fait un bon bout [en séries], mais il nous en reste encore beaucoup à faire.” »

« Cette expérience-là, comment on a grandi et appris comme groupe à gagner ensemble […], si on l’utilise de la bonne façon, ça va faire de nous une meilleure équipe », estime-t-il

Lui-même estime devoir se livrer à ce type de réflexion sur le plan personnel, bien qu’à ses yeux, cela prenne plus de temps pour un entraîneur que pour un joueur. Le dénouement de la saison, dit-il, est encore « trop frais » pour lui donner le recul nécessaire.

« L’année a été tellement folle, je n’ai pas eu le temps de réfléchir, de l’apprécier. Ça va venir dans les prochains jours, les prochaines semaines. »

Il n’empêche que selon lui, « si tu ne fais pas ça chaque année, tu manques quelque chose ».

Éloges

Ducharme, par ailleurs, a reçu des éloges de la part de quelques-uns de ses vétérans.

« C’est un entraîneur-chef », a dit Corey Perry de celui qui était, jusqu’au 23 février dernier, un adjoint.

« Il va droit au but, fait passer son message ; il est détaillé et structuré, a repris Perry. C’est tout ce que tu veux d’un entraîneur. Il va te dire ce qui en est. Je manque de mots. Il a fait tout un travail pour nous. »

En ne disputant aucun des 22 matchs de son équipe en séries éliminatoires, Jake Allen est pour sa part devenu un observateur privilégié du travail du Québécois.

Le gardien dit avoir été impressionné par le « contrôle » qu’a affiché Ducharme. « On sentait la positivité et la confiance derrière le banc. J’ai été chanceux de voir ça de près. »

Quant à Jeff Petry, il a estimé que Ducharme avait fait du « très bon travail » dès le moment où lui a remis les clés du vestiaire.

« Arriver en milieu de saison, c’est difficile pour un entraîneur-chef, a dit le défenseur. Tu ne veux pas tout changer trop vite. Il a bien géré notre calendrier fou, tout en ajoutant des éléments qui ont aidé notre équipe. Il a extirpé le meilleur de chaque gars, il savait comment nous approcher et il a aidé l’équipe à jouer avec plus de constance. »

S’il avait besoin de références pour renforcer son dossier en vue d’obtenir sa permanence, Ducharme n’a plus besoin de chercher.

Et le trophée « Gritty Bob » est remis à…

Il y a quelques semaines, l’entraîneur adjoint Luke Richardson a raconté, sans en expliquer la nature exacte, qu’une compétition interne avait mis aux prises tous les joueurs de l’équipe pendant la saison. Dominique Ducharme a accepté d’en dire davantage et a révélé qu’un joueur avait reçu le trophée « Gritty Bob » pendant les séries. Traduction littérale : Bob le courageux. Pourquoi donc ? « On parle aux joueurs de la bonne façon de jouer, de notre style de jeu, et on a une façon de calculer chaque action reliée à ça. Ça donne un pourcentage et on a un gagnant à toutes les victoires. Le trophée qu’on a bâti, c’est devenu une sorte de compétition interne, qui amenait les joueurs à avoir du plaisir à embarquer là-dedans. » Et qu’en est-il de ce nom étrange ? Il a tout simplement été donné en hommage à Bob Gainey, qui incarne les valeurs mises de l’avant par le trophée qui porte son nom. Et c’est même l’ancien capitaine du Canadien qui est venu remettre l’honneur à un des gagnants, au mois de juin, profitant de l’occasion pour s’adresser aux joueurs de l’équipe. Le nom du gagnant n’a pas été dévoilé aux médias, par contre.