(Montréal) Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres.

Alexandre Geoffrion-McInnis La Presse Canadienne

Parlez-en au Québécois Mathieu Joseph, qui a été appelé en renfort lors des deux derniers matchs du Lightning de Tampa Bay après qu’un autre Montréalais, Alex Killorn, ait semblé se blesser en bloquant un tir de Jeff Petry en deuxième période de la première rencontre de la série finale de la Coupe Stanley.

Avant d’être en uniforme pour les matchs no 2 et 3 de la série contre le Canadien de Montréal, le Lavallois n’avait pas participé au moindre duel depuis celui de premier tour contre les Panthers de la Floride le 20 mai dernier. Loin d’être amer, l’ex-joueur des Sea Dogs de Saint-Jean a plutôt pris la mesure de tous les efforts déployés au fil des ans afin de vivre le moment présent, samedi matin.

« Vous savez, ça fait cinq ans maintenant que je fais partie de l’organisation, dont les deux dernières saisons dans la LNH. Ç’a été spécial de pouvoir vivre ça [la conquête de la Coupe Stanley] l’an dernier dans la bulle, même si je n’ai pas pu y participer. Je considère ces gars-là comme des membres de ma famille. Mais oui, c’est différent d’être assis sur le banc cette fois-ci, plutôt que d’être dans les gradins. Tu travailles fort chaque jour pour vivre cette expérience, en faire partie. Donc je suis très heureux de pouvoir contribuer », a-t-il déclaré en visioconférence.

Joseph a donc saisi sa chance et obtenu son premier point de la finale de la Coupe Stanley dans la victoire à sens unique de 6-3 du Lightning contre le Canadien lors du match no 3, vendredi soir, portant l’avance des siens à 3-0 dans la série.

Pour l’occasion, l’attaquant âgé de 24 ans avait invité son frère – le défenseur des Penguins de Pittsburgh, Pierre-Olivier Joseph – ainsi que sa famille à assister au match au Centre Bell.

Celui qui a été choisi en quatrième ronde, 120e au total, par le Lightning lors du repêchage de la LNH en 2015, pourrait maintenant soulever la Coupe Stanley pour une deuxième année consécutive, et pour une première fois devant parents et amis, lundi soir, lors du match no 4. Le principal intéressé a cependant tenu à rappeler qu’il restait du pain sur la planche avant de pouvoir célébrer.

C’est une belle opportunité, pas juste pour moi, mais pour toute l’équipe. Il va falloir sortir un gros match lundi — le quatrième match est toujours le plus difficile à gagner. On essaie de ne pas trop penser à ça, il reste encore beaucoup de travail à faire.

Mathieu Joseph

Joseph n’est pas le seul représentant québécois au sein du Lightning, et l’entraîneur-chef Jon Cooper est bien conscient de ce que représentera l’opportunité pour eux de l’emporter lundi à Montréal.

« C’est le summum. Quand vous vous retrouvez dans votre ville natale, votre province natale, c’est spécial. En même temps, comme ce fut le cas l’an dernier — nous sommes confinés dans nos chambres, donc nous sommes dans une espèce de bulle —, ça ne les affectera pas. Mais oui, c’est certain que l’influence francophone est très présente dans notre équipe, et qu’ils sont tous fiers d’où ils viennent. Et même s’ils n’ont pas tous les membres de leurs familles dans les gradins pour les voir jouer, je sais que ça représente beaucoup à leurs yeux », a expliqué Cooper.

Quant à Killorn, il peut dormir sur ses deux oreilles. Cooper lui a rendu un vibrant hommage lors de son point de presse.

PHOTO CHRIS O'MEARA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Alex Killorn

« Alex est allé à la guerre avec moi tellement de fois au fil des ans — nous nous connaissons depuis notre séjour dans la Ligue américaine, avec les Admirals de Norfolk —  il fait partie des meubles de cette organisation. On le prend pour acquis. Sa contribution à notre équipe est hors pair. Le fait qu’il ne puisse être sur la patinoire avec nous, à un moment aussi charnière [de notre saison]… je crois savoir ce qu’il ressent. En même temps, je sais qu’il fait tout pour essayer de revenir au jeu rapidement », a confié Cooper.

« Si nous gagnons cette série, j’espère qu’ils vont insérer cette séquence [où il bloque le tir de Petry] en boucle, car ça démontre tous les sacrifices qui sont faits par les joueurs en séries éliminatoires. Ça pourrait alors mettre un peu de baume sur ses plaies », a-t-il ajouté.

Enfin, quand on dit que Cooper est un entraîneur qui aime ses joueurs et qui porte l’attention au moindre détail, c’est vrai. L’entraîneur-chef du Lightning l’a prouvé une fois de plus lorsqu’on lui a posé une question relative à ses choix vestimentaires en visioconférence — il portait un t-shirt noir sur lequel était inscrit en grosses lettres rouges Deadguy, au-dessus de personnages de films d’horreur dessinés.

« C’est un groupe de rock des années 1990, qui a été démantelé avant d’être récemment reformé. Et vous savez comment s’appelle l’un de leurs albums ? Work Ethic », a-t-il conclu avec un clin d’œil.

Les joueurs du Lightning ont bénéficié d’une journée de repos samedi, et Cooper a indiqué qu’ils reprendront l’entraînement dimanche en prévision du match no 4.