Tout le monde, chez le Lightning de Tampa Bay, sait compter.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Ce n’est pas un mauvais jeu de mots. Les buts peuvent venir de partout, certes, mais on sait aussi additionner et soustraire.

Dans sa version actuelle, cette formidable machine de hockey ne pourra être de retour la saison prochaine sans se séparer de quelques-uns de ses principaux éléments. Si la même formation, en santé, amorçait le calendrier 2021-2022, on dépasserait le plafond salarial de plusieurs millions de dollars. Et on en est parfaitement conscient.

L’idée d’un succès éphémère était déjà bien concrète lorsqu’on a remporté la Coupe Stanley en 2020. Or, une blessure a forcé Nikita Kucherov à rater toute la saison suivante, si bien que son salaire n’a pas dû être comptabilisé. Il a pu retrouver ses coéquipiers en séries éliminatoires, alors que les règles du plafond sont levées.

À moins d’une catastrophe, une situation du genre n’arrivera pas l’an prochain. Le groupe en place est soudé au possible et on rêve d’un deuxième triomphe de suite, mais à l’évidence, on dira ensuite au revoir à des frères d’armes.

C’est ce qu’avait en tête Jon Cooper, après la victoire des siens, vendredi soir, lorsqu’il a parlé d’une ambiance rappelant celle du « dernier jour de l’année scolaire », à un seul gain du titre.

On ne sait pas ce à quoi notre équipe va ressembler l’an prochain et si on sera encore tous ensemble. Les gars sont conscients de ce qu’ils ont la chance de réaliser s’ils signent une autre victoire.

Jon Cooper, entraîneur du Lightning de Tampa Bay

Samedi, Cooper en a ajouté une couche en évoquant le « lien spécial » qui unit ses joueurs depuis deux ans. « Ce n’est pas quelque chose qu’on voit très souvent. Les joueurs le savent. »

À l’interne, on ne fait pas de grand cas de ce probable dernier tour de piste. N’empêche, « on connaît tous la réalité du sport », a rappelé l’entraîneur.

Effort collectif

Est-ce en raison de ce « lien » qui les unit ? Ou tout simplement est-ce attribuable à l’« addiction à la victoire » qu’ils ont développée l’année dernière ? Quoi qu’il en soit, contre le Canadien, on pourrait mal imaginer un effort collectif plus complet de la part des joueurs du Lightning.

Après trois rencontres, 16 des 19 joueurs en uniforme ont déjà inscrit au moins un point ; 10 d’entre eux en ont deux ou plus. Et parmi les trois seuls joueurs blanchis, on retrouve le nom d’Alex Killorn, qui n’a pas terminé le premier match et qui a raté les deux suivants après avoir bloqué un tir avec son pied.

Évidemment, tous ne contribuent pas à parts égales. Nikita Kucherov, par exemple, a déjà cinq points. Or, alors que chacune des équipes de la LNH vante les vertus de sa « profondeur », le Lightning, lui, passe de la parole aux actes.

Barclay Goodrow et Blake Coleman, ailiers employés sur le troisième trio, ont trois points chacun. Tyler Johnson en a trois, et ce, même s’il est l’un des attaquants les moins utilisés de son équipe. Mathieu Joseph a entendu l’appel de son entraîneur lorsqu’il a été appelé à remplacer Alex Killorn dans la formation. Il a inscrit deux points vendredi.

Les joueurs du Lightning ont, tous ensemble, marqué 14 buts et récolté 35 points jusqu’ici dans la série. Cette production révèle un phénomène nouveau chez un adversaire du Canadien en séries. Pour la première fois, la menace vient réellement de partout.

Les points récoltés par les quatre marqueurs des Maple Leafs de Toronto contre le Tricolore, au premier tour, ont compté pour 50 % de la production totale de leur équipe. Au tour suivant, les Jets de Winnipeg ont vu leur top 4 amasser 56,3 % des points.

Les Knights ont davantage varié les plaisirs, confiant à leurs meilleurs marqueurs 45,7 % de leur production. Une proportion qui est battue par celle du Lightning après trois matchs : les quatre meilleurs pointeurs contre le Canadien – Kucherov, Ondrej Palat, Johnson et Coleman – ont récolté « seulement » 15 des 35 points obtenus jusqu’ici, soit une proportion de 42,9 %. Et ce, alors que l’attaque fonctionne au rythme effarant de 4,7 buts par match, un régime trois fois plus élevé que celui des Jets contre le CH.

Le Canadien, à l’inverse, cherche à briser la tendance inverse dans son camp. Ses joueurs ont récolté 12 maigres points contre Tampa, et 7 d’entre eux ont échu à quatre patineurs. Ça en laisse bien peu pour tout le reste de la formation.

Sacrifices

Cette évidence statistique est mue par l’indéniable esprit de corps qui règne dans l’équipe, estime le défenseur Ryan McDonagh. Après l’humiliation qu’a subie le Lightning au premier tour des séries de 2019 contre les Blue Jackets de Columbus, « on a été forcés de revoir beaucoup de choses à l’interne et de se rendre compte que le but ultime, on ne l’atteindrait qu’en équipe », a-t-il relaté.

« Ce groupe se sacrifie, défensivement et offensivement, pour aider l’équipe à gagner. Chacun de nous doit se demander jusqu’où il est prêt à aller pour que ça arrive. »

Jon Cooper « fait confiance à tout le monde », a quant à lui témoigné Mathieu Joseph. Selon le Québécois, le fait que la grande majorité des éléments du groupe soient présents depuis longtemps a contribué à créer une « chimie », si bien que « plusieurs joueurs sont capables de jouer avec plusieurs joueurs ». À n’en point douter, « la profondeur a contribué à nous amener là où on est rendus ».

Et une fois qu’on a touché au succès, on ne veut plus jamais s’en séparer, a-t-il rappelé. En jouant en finale, il se voit lui-même accorder une chance qu’il n’a pas eue en 2020. Il peut donc témoigner d’à quel point ses coéquipiers et lui sont « affamés de gagner chaque match ».

« Après avoir connu ce feeling l’an dernier, les gars veulent y goûter de nouveau, a-t-il confirmé. Il reste juste une [victoire], on est à un bon endroit, mais il y a encore beaucoup de travail à faire. Un gros match nous attend lundi. »