(Montréal) Une bataille perdue le long de la rampe. Une punition après un dégagement dans les gradins. Un changement de lignes fastidieux. Un jeu trop téméraire en zone adverse. Une passe interceptée en sortie de territoire. Six buts du Lightning.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
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Et ça, ce n’était que vendredi soir. Car les erreurs avaient coûté trois buts l’avant-veille, et d’autres encore deux jours avant.

Si bien qu’au terme de ce troisième match, soldé par une troisième défaite de suite, celle-là au compte de 6-3, le Canadien se retrouve à une seule défaite de devenir la première équipe en 23 ans à subir un coup de balai en finale de la Coupe Stanley.

Depuis son entrée en poste, au mois de février, Dominique Ducharme utilise régulièrement une image qui se passe d’explication. Combien de fois, au cours du long hiver qu’a traversé son équipe, a-t-il répété que l’adversaire avait fait « payer cash » les erreurs commises par ses hommes ?

L’entraîneur-chef du Canadien a eu recours à son expression de prédilection après la dernière défaite de son club. Et ça ne pourrait être plus à propos.

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Dominic Ducharme était de retour derrière le banc du Canadien.

Dans ses mots : « On a fait des erreurs d’exécution, ce n’est pas plus compliqué que ça. Chaque fois qu’on en fait une, ils nous la font payer cash. »

Pour avoir une chance de sortir vivant d’une série contre le Lightning, le CH devait être parfait. Il n’a pas eu à l’être contre les Maple Leafs de Toronto, encore moins contre les Jets de Winnipeg. Le premier match contre les Knights de Vegas laissait croire que les Montréalais avaient frappé leur Waterloo, mais les failles dans l’armure adverse ont rapidement été mises en évidence.

Contre Tampa, au risque de se répéter, il fallait être parfait, rien de moins. « On affronte une trop bonne équipe », a rappelé Brendan Gallagher, pour baisser sa garde ne serait-ce qu’un instant.

Son club en a fait la démonstration en connaissant deux débuts de période qui hanteront longtemps les cauchemars de Dominique Ducharme, dont c’était par ailleurs le premier match derrière le banc après la quarantaine de deux semaines à laquelle il a dû se soumettre.

Après 3 min 27 s, en première période, c’était 2-0 pour les visiteurs. Les équipes ont retraité au vestiaire avec une marque de 2-1, mais après 3 min 33 s en deuxième, c’était 4-1.

« Ce n’était pas le départ qu’on voulait, je n’ai pas à expliquer ça », a euphémisé Gallagher.

« On s’est creusé un trou », a-t-il ensuite dit quelques fois. ON peut toutefois dire, sans se tromper, que le numéro 11 a tout fait pour aider le CH à en sortir.

Il été l’un des meilleurs, sinon le meilleur, de son équipe, vendredi. En deuxième période, des caméras de télévision l’ont montré, au banc, répéter à ses coéquipiers assis à sa gauche et à sa droite : « Push for one more. » Traduction vaseuse : poussez pour un but de plus. Et un but, chanceux il est vrai, a suivi.

Son appel n’a été entendu qu’une fois. Car en troisième période, le jeu hermétique du Lightning a éteint les tentatives du Canadien de remonter la pente. Et une séquence épouvantable d’Erik Gustafsson a permis à Tyler Johnson d’inscrire son deuxième but du match, le cinquième de son club.

Le trou du CH s’était approfondi.

Le dos au mur

Déjà que le Canadien n’était pas favorisé par les parieurs avant la première mise au jeu de cette série, son sort ne s’est pas amélioré avec un retard de 3-0.

Le voilà le dos cloué au proverbial mur. Comme c’est de coutume, on affirme désormais penser à gagner seulement le prochain match.

« On a été sous-estimés toute l’année, a rappelé Phillip Danault. On n’a jamais abandonné, peu importent les commentaires [à notre sujet]. Et on n’a pas abandonné non plus quand on tirait de l’arrière 3-1 contre Toronto. Je garantis que personne dans cette équipe ne va abandonner. »

« On n’a plus le choix », a dit Carey Price, qui a convenu qu’il pouvait « certainement mieux jouer ». Selon lui, il n’a pas été « assez bon » dans cette série.

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Selon lui, Carey Price n’a pas été « assez bon » durant cette série.

« Tout le monde va se présenter pour le match numéro 4 », a promis Gallagher. Invité à dire s’il retenait des éléments positifs de ce match, il n’a même pas cherché à patiner. La seule chose qui lui est venue en tête, c’est que son équipe s’était sortie de « plusieurs trous » et que jamais, au grand jamais, elle n’avait douté de ses capacités à le refaire.

Une large part des réalisations de cette équipe, depuis le début de son parcours, repose en effet sur la confiance qu’elle a conservée malgré les épreuves.

Selon le discours officiel, rien n’a changé. Mais à voir certaines mines d’enterrement, on se doute que la conviction dans ce credo, elle, s’est quelque peu effritée.

Dans le détail

Une pas pire côte à remonter…

On peut présumer que vous avez vu passer cette statistique récemment. Vous savez, celle qui montre que les équipes qui s’emparent d’une avance de 2-0 lors de la finale de la Coupe Stanley ont une fiche combinée de 46 victoires contre seulement 5 défaites ? Eh bien, c’est encore pire pour les équipes qui ont un retard de 0-3 à combler. Bien sûr, combler des retards de 0-3, ça n’arrive pas souvent, mais en grande finale, c’est arrivé une seule fois dans l’histoire de la Ligue nationale de hockey : en 1942, quand les Maple Leafs de Toronto ont fini par rattraper un tel retard pour remporter la finale face aux Red Wings de Detroit. Les trois autres fois, ç’a été lors de tours précédant la finale, dont la dernière fois où c’est arrivé, en 2014, quand les Kings de Los Angeles ont fait le coup aux Sharks de San Jose. Bref, si jamais le Canadien gagne les quatre prochains matchs, ce sera non seulement magique, mais aussi historique, carrément.

Un rare balayage en finale ?

Le Lightning n’est plus qu’à une seule victoire de remporter la Coupe Stanley, et s’il y arrive lors du match numéro quatre, présenté lundi soir au Centre Bell, il s’agira d’une première en 23 ans dans la LNH : une Coupe remportée par balayage. Les derniers à avoir réussi un tel exploit sont les Red Wings de Detroit de 1998, qui n’avaient eu besoin que de quatre rencontres pour disposer des Capitals de Washington. Sans surprise, on a appris vendredi soir que la Coupe Stanley était en route, et qu’elle allait être présente dans les couloirs du Centre Bell lors du match numéro quatre, présenté lundi soir. Le dernier club visiteur à avoir levé ce trophée sur une glace montréalaise est les Flames de Calgary, qui avaient gagné la Coupe Stanley en plein Forum de Montréal lors du printemps de 1989.

Un peu comme la finale de 1996…

Dans la même veine, il faut remonter à assez loin pour retrouver une finale de la Coupe Stanley aussi inégale que celle-ci. Pour le moment, en fait, il faut remonter à la finale de 1996, remportée en quatre parties par l’Avalanche du Colorado sur les Panthers de la Floride, avec une marque combinée de 15-4. Ça ressemble à ce que l’on voit en ce moment, car après trois matchs, le Lightning a réussi 14 buts, contre seulement 5 pour le Canadien… Après la rencontre, le défenseur et capitaine Shea Weber a admis que le Canadien avait passé la soirée avec le proverbial vent dans la figure. Un peu comme toute la série, finalement. « Ç’a été une soirée difficile et nous avons passé le match à essayer de combler des retards », a-t-il reconnu.

En hausse

Brendan Gallagher

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Brendan Gallagher (11)

Il était partout dans la première moitié du match, même après le faux départ des siens. Par la suite, il n’a jamais baissé les bras, et ce, alors que plusieurs de ses coéquipiers semblaient l’avoir fait.

En baisse

Jeff Petry

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Jeff Petry du Canadien tente de se défaire de Steven Stamkos.

Pas grand-chose ne fonctionnait pour lui. Un mauvais changement a mené au but de Nikita Kucherov. Un mauvais calcul en zone adverse a provoqué le premier de Tyler Johnson. Et une double confusion tard a donné un but facile à Blake Coleman dans un filet désert.

Ils ont dit

C’est une excellente équipe. On dirait que chaque petite erreur qu’on fait, ils capitalisent. Et nos erreurs sont énormes. Il faut les limiter.

Phillip Danault

On croit qu’on peut jouer avec ces gars. On ne l’a juste pas montré pendant 60 minutes.

Brendan Gallagher

On a affronté de l’adversité toute la saison. On a le dos contre le mur, on doit sortir notre meilleur.

Carey Price

On a perdu en équipe. On perd en équipe, on gagne en équipe. On veut tous faire mieux.

Dominique Ducharme, après une question sur la performance de Carey Price

Le chiffre du match

1

Depuis l’introduction du format 4 de 7 en finale de la Coupe Stanley en 1939, le Canadien a été balayé une seule fois. Ça s’est produit en 1952 lorsque les Red Wings de Detroit, menés par Gordie Howe, Ted Lindsay et Terry Sawchuk, se sont imposés en quatre rencontres.