Il faut être caché dans une caverne creuse et lointaine, depuis quelques jours, pour ne pas savoir que le Canadien s’apprête à affronter Max Pacioretty.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Avec la forte représentation de Québécois au sein des Golden Knights de Vegas, la présence du numéro 67 contre son ancienne équipe alimente l’essentiel des conversations à quelques heures du premier match de cette série demi-finale.

Il faut dire que l’évènement n’est pas le plus banal : depuis la création du club en 1909, ce sera seulement la deuxième fois que le Tricolore affronte l’un de ses anciens capitaines en séries éliminatoires. Doug Harvey, qui avait porté le « C » à Montréal au cours de la saison 1960-1961, s’est retrouvé dans le camp adverse en finale de la Coupe Stanley en 1968. Il évoluait alors avec les Blues de St. Louis.

Aussi fascinant cet état de fait puisse-t-il être, la personne qui semble a priori s’y intéresser le moins, c’est Max Pacioretty.

En visioconférence, dimanche, l’Américain a expédié la première question à ce sujet à lui être posée – la première tout court, en fait.

« Peu importe contre qui tu joues, tu dois traiter chaque match de la même manière, a-t-il dit d’un ton monocorde. Nous sortons de deux séries émotives. Ce n’est pas différent d’affronter la meilleure équipe de la ligue [l’Avalanche du Colorado] ou une équipe pour laquelle j’ai joué dans le passé. »

Pacioretty, vaut-il la peine de le rappeler, a été échangé par le Canadien aux Knights en septembre 2018 en retour de Tomas Tatar, du jeune espoir Nick Suzuki et d’un choix de deuxième tour au repêchage. La transaction a bien servi les deux organisations.

Comme il l’a déjà fait au cours des dernières années, l’ailier gauche a réitéré que ses années à Montréal avaient été formatrices et qu’elles lui avaient donné « de l’expérience sur laquelle bâtir ». Il a néanmoins indiqué à quel point il avait du plaisir avec sa nouvelle équipe, qu’il accompagne en demi-finale pour la deuxième fois déjà.

Motivation

Le principal concerné a beau maintenir que l’identité de son adversaire du moment ne lui fait ni chaud ni froid, ses coéquipiers offrent une lecture différente de la situation.

« C’est toujours plaisant de jouer contre ses anciens coéquipiers », a insisté Alex Pietrangelo, qui a rejoint les rangs des Knights l’automne dernier après avoir passé toute sa carrière chez les Blues de St. Louis.

« C’est sûr que ce sera une motivation additionnelle pour lui », a pour sa part prédit Jonathan Marchessault. Or, selon le Québécois, « ça va se calmer après une période ». L’attaquant prévoit toutefois « une bonne bataille », probablement forte en émotions, et c’est pourquoi il estime que ses coéquipiers et lui devront être « là pour Pacioretty ».

Le prolifique marqueur semble particulièrement populaire dans le vestiaire des Knights. Avec Chandler Stephenson et Mark Stone, il a formé l’un des trios les plus efficaces de la LNH pendant la saison. La confiance et le leadership qu’il démontre sont en outre un bon exemple pour les joueurs plus jeunes, estime Marchessault.

PHOTO JOE CAMPOREALE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Jonathan Marchessault

Surtout, il peut s’exprimer sur la glace sans avoir à composer avec la pression d’un marché comme celui de Montréal.

Marchessault a soulevé à quel point il pouvait être « drainant mentalement » de jouer pour une équipe constamment sous observation comme le Canadien ou les Maple Leafs de Toronto, par exemple.

En outre, quand Pacioretty est arrivé dans la ville du vice, « on était déjà une équipe établie avec de gros noms », a rappelé William Carrier.

On n’avait pas besoin de son leadership à tout prix, on n’était pas un jeune groupe perdu. C’était un morceau supplémentaire. On ne lui a mis aucune pression, il n’avait qu’à faire son travail. Je pense que ça l’a aidé à revenir aux sources.

William Carrier

Rôle-clé

L’entraîneur-chef des Knights, Peter DeBoer, a pour sa part rappelé le rôle déterminant que son attaquant jouait désormais au sein de l’équipe.

Blessé, Pacioretty a raté les six premiers matchs de son club au premier tour des séries contre le Wild du Minnesota. Lorsqu’il a renoué avec l’action, son équipe venait d’être blanchie dans le match numéro 6 et avait laissé filer une avance de 3-1 dans la série.

Non seulement a-t-il marqué dans la victoire de 6-2 des siens qui a permis de passer au tour suivant, mais en plus, il a inscrit son nom sur la feuille de pointage à chacune des rencontres contre l’Avalanche du Colorado. Le voilà donc avec une jolie récolte de 8 points en seulement 7 matchs, l’équivalent de sa production en 16 joutes l’année dernière en séries.

Max [Pacioretty] a gagné en maturité. Chaque année, il a ajouté des couches à son jeu et connu du succès. Il est un étudiant du jeu qui veut constamment s’améliorer, même à 32 ans.

Peter DeBoer, entraîneur-chef des Golden Knights

La motivation d’affronter un « ex » sera grande d’un côté comme de l’autre, a prévenu l’entraîneur.

Et ce, même si Pacioretty persiste à prétendre le contraire.