Contenir des attaquants dangereux répartis sur plus d’un trio ? Le Canadien est passé par là, deux fois plutôt qu’une. Affronter (et déjouer) un gardien appartenant à l’élite de la LNH ? Coché également.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Mais affronter une défense complète, diversifiée et pleinement opérationnelle ? Ajoutez cette mission au rayon des nouveautés pour le Tricolore.

Les défenseurs des Golden Knights de Vegas attendent les attaquants montréalais de pied ferme à l’approche de la série de troisième ronde qui s’amorce lundi. Leur escouade, déjà bien garnie, a accueilli Alex Pietrangelo au cours de la dernière saison morte. Malgré les succès qu’a connus cette franchise depuis sa récente arrivée dans la LNH, cette version de son champ arrière semble la plus aboutie à ce jour.

La bonne tenue d’un gardien de but fait toujours bien paraître ses défenseurs. Avec une moyenne de buts alloués sous le seuil symbolique des 2 par match (1,91) et un taux d’arrêts de ,923, Marc-André Fleury n’échappe pas à cette tendance. Or, le Québécois n’a pas eu à sauver son équipe. En tout cas, pas tous les soirs.

En comparant les productions offensives en saison du Wild du Minnesota et de l’Avalanche du Colorado par rapport à celles que les deux équipes ont présentées dans leur série contre les Knights, on constate qu’à cinq contre cinq, non seulement ont-elles marqué moins de buts, mais elles ont également généré considérablement moins de chances de marquer de qualité ainsi que de buts anticipés par rapport à la qualité des tirs.

L’exploit des Knights est particulièrement digne de mention contre l’Avalanche, qui a terminé au premier rang de la LNH pendant la saison pour les buts marqués par 60 minutes et les buts anticipés. La performance défensive est encore plus colossale lorsqu’on exclut du calcul la dégelée de 7-1 subie au match numéro 1. Ainsi, au cours des cinq derniers matchs de la série, l’Avalanche n’a inscrit que 1,63 but par 60 minutes, à peine plus de la moitié de sa récolte de la saison.

Une longue bataille

Les attaquants du Canadien sont les premiers à savoir qui ils affrontent. « On doit se préparer à une longue bataille près du filet », a prévenu Nick Suzuki, ajoutant que son équipe devait « tirer avantage de ses habiletés et de sa vitesse ».

L’équilibre et la profondeur sont frappants au sein de cette brigade défensive, a souligné le joueur de centre. Pietrangelo et Shea Theodore en sont bien sûr les noms les plus connus, mais derrière eux, Alec Martinez et Zach Whitecloud accomplissent du boulot monumental. Les deux ont d’ailleurs disputé plus de 23 minutes chacun au cours du sixième et dernier match contre l’Avalanche.

Les employés de soutien ne sont pas en reste, eux non plus. Nick Holden, Brayden McNabb et Nicholas Hague ont tous passé une moyenne de 16 à 17 minutes sur la glace lorsqu’ils ont joué en séries éliminatoires, ce qui n’a rien à voir avec la dizaine de minutes dont ont dû se contenter Erik Gustafsson et Alexander Romanov ni même avec les 13 minutes, environ, consenties à Brett Kulak et à Jon Merrill.

En tant que groupe, les sept défenseurs employés jusqu’ici par les Knights sont légèrement plus grands que les huit utilisés par le CH (6 pi 3 po, en moyenne, contre 6 pi 2 po), mais pratiquement aussi lourds (212 lb contre 211 lb). Ils apparaissent surtout comme une unité plus fluide, mieux équilibrée.

« Ils se servent bien de leurs bâtons et sont capables de fermer l’espace rapidement en zone défensive, a analysé Dominique Ducharme, entraîneur-chef du Canadien. Et ils utilisent bien leur physique pour essayer de contenir [leurs adversaires] dans les coins. »

D’une manière générale, a poursuivi Ducharme, les formations qui sont encore actives en séries sont « des équipes qui jouent bien, qui sont en confiance et qui se défendent bien ».

Cela n’empêche pas que, toujours selon l’entraîneur, ses attaquants soient suffisamment « dynamiques » pour réussir à se démarquer.

Le défi reste toutefois de taille. Car si les Knights ont réussi à faire taire les gros canons, le Tricolore n’a pas été constant dans la mission inverse, soit celle de faire flancher la défense adverse.

À cinq contre cinq, les Maple Leafs de Toronto et les Jets de Winnipeg ont tous les deux accordé moins de buts contre le Tricolore qu’ils ne l’avaient fait pendant la saison. Les Leafs ont en outre amélioré leurs performances en matière de buts anticipés et de chances de marquer de qualité accordées. Contre Toronto, le CH a en outre joué sous ses propres standards offensifs.

Contre les Jets, par contre, n’eût été Connor Hellebuyck, on peut se douter que les corrections auraient été beaucoup plus sévères, car le Canadien s’est lâché sur le plan des buts anticipés (plus de 3 par 60 minutes !) et des chances de marquer.

« Du bon côté »

Quelle version verra-t-on contre les Knights ? Ça reste à voir.

Un comparatif encourageant arrive étonnamment de Dallas. Les Stars avaient, rappelons-le, surpris les Knights en finale de l’Association de l’Ouest, l’été dernier. Ils avaient réalisé l’exploit peu commun de gagner la demi-finale en six rencontres en marquant un but de moins (12) qu’ils en avaient accordé (13).

Corey Perry était un membre des Stars à ce moment. Il parle donc en connaissance de cause quand il insiste sur l’importance de « bien jouer défensivement » et d’« éliminer les chances de qualité ». Le vétéran a aussi rappelé à quel point le gardien Anton Khudobin avait été « incroyable » dans cette série. Carey Price doit donc se tenir prêt.

Par contre, « je regarde dans ce vestiaire [celui du Canadien], et je pense qu’on peut faire la même chose et les frustrer », a-t-il dit. Et d’ajouter : « Il faut juste être du bon côté de la rondelle la plupart du temps. »

Un jeu si simple, qu’ils disaient.

Petry, Evans et Merrill seraient absents lundi

Jeff Petry (doigt), Jake Evans (commotion cérébrale) et Jon Merrill « progressent bien », a dit Dominique Ducharme, mais il y a peu de chances qu’ils soient en uniforme pour le début de la série contre les Knights. « On n’a pas de grandes attentes, mais tout peut arriver », a néanmoins nuancé l’entraîneur-chef, qui n’a pas souhaité révéler quel joueur était le plus près d’un retour. Tout porte à croire qu’on pourrait néanmoins les revoir au courant de la série. La blessure à Jon Merrill, subie contre les Maple Leafs, n’a pas été divulguée, mais le défenseur a été aperçu avec une attelle à un poignet, la semaine dernière.