David Desharnais insiste : son expérience de joueur du Canadien de Montréal a été « extraordinaire ». Deux fois, dans la même phrase, l’ancien numéro 51 du CH emploie ce qualificatif.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mais il y a aussi un revers à la médaille, comme dans tout. Il en a été victime au début de la saison 2013-2014, quand Denis Coderre, alors maire de Montréal, avait suggéré sur Twitter de l’envoyer dans la Ligue américaine. Et aujourd’hui, même s’il est installé en Suisse, il sait bien à quel point le débat autour de Jonathan Drouin peut être explosif.

« Quand tu froisses une feuille de papier, elle ne redevient jamais aussi lisse qu’avant », illustre-t-il.

Le Canadien a annoncé, mercredi matin, que Drouin s’éloignerait de l’équipe pour une période indéterminée, citant « des raisons personnelles » pour expliquer son absence.

On ignore la nature exacte de ces raisons personnelles. Dominique Ducharme a rejeté une des possibilités en répondant par la négative à un confrère qui lui demandait si Drouin avait été admis au programme de lutte contre la dépendance de la LNH. « On parle de raisons personnelles. On se doit de respecter ça », a affirmé l’entraîneur-chef.

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« On est sensibles, on le soutient, on va l’aider et on va lui donner le temps dont il a besoin pour régler les choses qu’il doit régler », a ajouté le directeur général Marc Bergevin sur les ondes de RDS, mercredi soir.

Mais ce que l’on sait, c’est que le joueur était au cœur d’une léthargie offensive, que la situation était visiblement lourde pour le jeune homme.

Le débat à son sujet est aussi toxique. Sur le site web de RDS, l’article annonçant son absence a été fermé aux commentaires du public, situation relativement exceptionnelle. Sur la page Facebook du Canadien, les commentaires ont également été bloqués au bas de cette publication.

Ce qui nous amène à parler des moments difficiles, toujours durs à gérer dans le marché montréalais, encore plus pour les Québécois.

« Quand tu es Québécois, tout le monde s’attend à plus de toi. Surtout un joueur de la trempe de Drouin, qui joue dans le top 6 et qui doit faire des points. Ils vont moins critiquer une personne de l’extérieur qu’un joueur du Québec. Ce n’est pas un secret que c’est plus dur pour les Québécois », affirme Desharnais.

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

David Desharnais en 2017

Sans même que l’on aborde le sujet, Desharnais revient lui-même sur l’incident avec Denis Coderre. En novembre 2013, Desharnais compte un seul point après 19 matchs. C’est au cœur de cette séquence que le fameux tweet est publié.

« J’étais clairement le premier centre du Canadien, rappelle celui qui joue maintenant pour le HC Fribourg-Gottéron. Le maire voulait me renvoyer. Les gens s’acharnaient. Je sais très bien quelle situation Drouin vit, j’ai déjà été dans ses souliers.

« Les gens devraient retenir que ce n’est pas quand ça va bien que tu as besoin d’une tape dans le dos. C’est quand ça fait 20 games que tu ne scores pas.

« Là, tout le monde s’excuse. Ce n’est plus le temps de s’excuser ! Pourquoi avoir attendu qu’il parte ? C’est de l’intimidation. Quand ça fait 10 matchs que tu scores, pas besoin d’une tape dans le dos. Mais des mauvaises séquences, ça arrive. Cristie, essayez de l’aider. Tout le monde s’excuse, on a été trop durs. Trop tard ! »

Médias et réseaux sociaux

Pour certains, ce climat vient des médias, une catégorie très large qui inclut à la fois les journalistes qui couvrent l’équipe et posent des questions aux joueurs et les commentateurs qui analysent le tout à distance.

« Prends un courtier à la Bourse, illustre Louis Leblanc, ancien choix de premier tour du Canadien. Tu as de bonnes et de moins bonnes années. Mais à moins que tu gères un gros fonds de pension, ça ne se rend pas dans les journaux. Il n’y aura pas 50 médias qui vont lui demander pourquoi il a fait ça ! C’est ça, la différence avec le Canadien. C’est une religion. »

Pour d’autres, ce sont les réseaux sociaux. Mercredi matin, Phillip Danault indiquait qu’il avait fermé son compte Twitter et s’en tenait à Instagram. Desharnais, lui, assure qu’il s’en tient loin. C’est d’ailleurs le texto de La Presse qui l’a mis au fait de la situation de Drouin !

Mais Desharnais rappelle aussi que la séparation n’est pas nette entre médias et réseaux sociaux.

« Que ça vienne des réseaux sociaux ou des journalistes, si tu te fais poser la question, tu sais que c’est parce que ça se jase. Ils posent la question, tu vois où ils s’en vont avec ça. »

Le poids des attentes

Guillaume Latendresse, lui, a joué à Montréal de 2006 à 2009, soit bien avant que les réseaux sociaux ne deviennent ce qu’ils sont aujourd’hui. Mais les attentes, il les percevait quand même, et c’est à son avis la base du problème de la pression montréalaise.

« Ça vient des attentes, plus que du reste, estime l’ancien joueur, coanimateur de l’émission balado La poche bleue. Moi, on voulait que je score 30 buts par année. Mais je jouais 8-12 minutes et je n’avais pas d’avantages numériques. Jonathan, on s’attend à 80 points, mais c’est un gars de 50 points qui n’en a jamais fait 70. Est-ce que c’est un gars de 85 points ? Je ne pense pas. Est-ce un gars de 60, qui va atteindre le 70 des fois ? Peut-être. La gestion des attentes est problématique.

« Les attentes, ça part d’un contrat de six ans. Quand tu es payé comme le big dog, ça crée des attentes de statistiques. Ça part de l’échange pour Mikhail Sergachev. Ça monte vite, les attentes. »

« J’étais un choix de premier tour, rappelle Louis Leblanc. J’avais connu du succès à Hamilton, ça allait assez bien. Donc, après les matchs ou les entraînements, je me faisais poser plus de questions que le gars qui venait d’un autre pays, d’une autre ville. L’attention était vers moi. Tous mes mouvements étaient analysés à la loupe. “Pourquoi t’as fait ça ?” Mais c’est ça, le marché de Montréal. »

Est-ce qu’il y a une solution ? Je ne sais pas. Les gens sont tellement passionnés. C’est leur équipe, ils en sont fiers. Je ne pense pas qu’ils le font méchamment, dans leur fin fond, mais ils sont émotifs.

Louis Leblanc

Des solutions, il n’y en a évidemment pas des tonnes. Desharnais en suggère une.

« Moi, quand j’en ai arraché, j’aurais peut-être aimé parler à Stéphane Richer, à Patrice Brisebois, à Guy Carbonneau. Peut-être qu’ils auraient aimé me parler. Les anciens, ils doivent bien servir à quelque chose ! Tu peux demander à ton père des conseils, mais il n’a jamais été dans tes souliers, dans les souliers de Drouin, de Richer. Les anciens ont peut-être quelque chose à dire. »

Un peu de soutien à cet effet ne pourrait effectivement pas nuire. Cela dit, ça ne réglerait pas le problème de la toxicité des échanges, visiblement un produit de notre époque.