Les plus grands penseurs du sport professionnel vous le diront : pour obtenir du succès, la clé, c’est la constance.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Ce n’est ni un secret ni un mystère. Parfois, on pense à tort que les joueurs peuvent décider de se lever et qu’ils peuvent, un soir donné de leur choix, décider de mener une équipe aux sommets. Ce n’est pas exactement comme ça que ça fonctionne, encore moins au hockey et encore moins cette saison, où le calendrier ne donne pas de répit.

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PHOTO SERGEI BELSKI, USA TODAY SPORTS

Andrew Mangiapane (88) déjoue Jake Allen (34) en première période.

Ainsi, vendredi soir à Calgary, les joueurs du Canadien ont tout simplement… manqué de talent. Ça explique, en partie du moins, cette défaite de 4-2 face aux Flames.

Je ne sais pas comment expliquer ça. Ça joue dans la tête. Il faut être meilleurs que ça, match après match…

Phillip Danault

C’est le bout important ici : match après match.

C’est bien beau d’avoir battu les Oilers d’Edmonton mercredi soir, dans un match presque parfait, mais encore faut-il faire mieux, ensuite, que ceci, une soirée dans laquelle le Canadien n’a tiré que 19 fois vers un Jacob Markstrom fragile qui ne demandait pourtant qu’à être humilié.

PHOTO SERGEI BELSKI, USA TODAY SPORTS

Joel Armia (40) célèbre son but inscrit en première période.

Les clubs qui manquent de talent sont souvent aussi ceux qui ont un problème de constance. C’est facile à comprendre : quand le talent est si limité qu’il faut un match presque parfait de la part de l’équipe au complet pour obtenir une victoire, eh bien, les victoires ne viennent jamais facilement.

On pourrait d’ailleurs résumer le Canadien de 2021 de cette façon : gagne, perd, gagne, perd. Il y a des variations, mais c’est à peu près ça, et c’est pourquoi cette équipe n’a pas réussi à enfiler deux victoires de suite depuis le 1er avril.

« La constance, c’est d’essayer de jouer de la même façon tous les soirs, a répondu Jake Allen. On ne gagnera pas tous les soirs. Mais on doit avoir la même attitude, la même mentalité tous les soirs. Si on le fait en tant que joueur chacun de son côté, on le fera collectivement en tant qu’équipe aussi. »

PHOTO JEFF MCINTOSH, LA PRESSE CANADIENNE

Jake Allen se fait battre par un tir en troisième période.

Tout cela est très bien, mais qui peut croire que le Canadien va régler son problème de constance comme par magie en séries ? Parce qu’en séries, gagne, perd, gagne, perd, c’est rarement une formule pour le succès. On ne peut pas penser non plus que cette équipe parfaitement ordinaire va se transformer en équipe championne en mai parce que les leaders, tout d’un coup, vont décider de se lever.

À ce sujet, un mot sur le capitaine, Shea Weber. Après un match fort solide mercredi à Edmonton, le vétéran a enchaîné avec une soirée très difficile et un -2 à sa fiche. En voilà un qui devrait être pas mal plus constant, mais ça n’arrive pas.

Au fait, dans un match où le Canadien avait choisi de miser sur sept défenseurs, pourquoi a-t-il été le seul de ce groupe à dépasser la barre des 20 minutes de jeu ? Qu’est-ce qui justifie en ce moment une telle utilisation d’un défenseur qui a visiblement du mal à suivre ? À la limite, ce n’est pas lui rendre service que de l’envoyer sur la glace aussi souvent.

Alors, que reste-t-il ? Il reste la pensée magique. L’optimisme aveugle. Croire au fantastique, penser que tous ces gars-là, les Weber, Price (absent vendredi), Drouin (même chose), Petry, Chiarot et autres, vont soudainement se mettre à jouer le hockey de leur vie en mai, et que leurs adversaires vont voir ce qu’ils vont voir.

Si vous croyez à ça, vous croyez peut-être aussi qu’Elvis est encore vivant.

Ils ont dit

Les Flames pratiquent un style de jeu qui est lourd. Ils attendent nos erreurs et ils en profitent. Sur les buts, c’est ce qui est arrivé. Ils jouent comme ça et [l’entraîneur-chef Darryl] Sutter a toujours dirigé ses équipes de cette façon, chez les Kings aussi. On doit s’inspirer d’eux et leur imposer le même style de jeu.

Jake Allen

C’est là qu’on devrait être plus affamés. On sait que les Flames jouent bien contre nous, donc on doit être affamés dans les coins, gagner nos batailles. Ce sont des matchs serrés contre eux.

Phillip Danault

Je ne peux pas vraiment expliquer ce manque de constance. On savait que c’était un gros match. Ils tentent de nous rattraper au classement. On voyait les deux derniers et ces trois matchs comme une série trois de cinq. Ils mènent 2-1. On n’a pas généré assez d’attaque. C’était un tir et c’était fini, trop souvent, de notre part.

Joel Edmundson

Je m’attendais assurément à plus, à plus d’énergie. Je sais qu’ils sortent d’une situation différente de la nôtre. Mais je m’attendais à plus d’énergie que ça dans notre jeu. La fatigue, non, pas de notre part. Mais ils avaient plus d’énergie que nous. Sortir du coin, battre le joueur devant le filet… Tu accumules ça et tu peux payer le prix. On a payé. D’un autre côté, tu dois provoquer ça. On s’attend à jouer des matchs serrés. On doit en faire plus.

Dominique Ducharme

Dans le détail

Drouin abdique

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathan Drouin

Dominique Ducharme avait promis une formation sans changement pour le match de vendredi soir, mais finalement, ce n’est pas ce qui est arrivé. Au terme de l’échauffement d’avant-match, Jonathan Drouin a déclaré forfait, « en raison de maux non reliés au virus de la COVID-19 », selon le compte Twitter du Canadien. L’entraîneur-chef a confirmé que l’attaquant québécois ne se sentait pas bien. « Plus ça avançait dans la soirée, plus il était malade, a expliqué Ducharme. Il a pris part à l’échauffement. Il aurait peut-être pu jouer, mais à combien de sa capacité ? » En lieu et place, le Canadien a choisi de miser sur une formation à sept défenseurs, ce qui a permis à Erik Gustafsson, acquis à la date limite des transactions, de prendre part à son premier match avec le Tricolore. Il a été employé pendant 7 minutes et 12 secondes de jeu.

10 joueurs sans tirs

Non, ça n’a pas été une grande soirée pour les joueurs du Canadien, et à ce chapitre, la feuille de pointage disait tout ce qu’il y avait à dire. Ainsi, c’est pas moins de 10 joueurs du Canadien qui n’ont pas été en mesure d’effectuer un seul tir vers le gardien des Flames, Jacob Markstrom, qui n’a peut-être même pas eu à prendre une douche au terme de cette soirée un peu facile pour lui. « On a créé de l’attaque par moments, mais pas assez, a expliqué Dominique Ducharme. On ne s’attend pas à faire des festivals offensifs contre eux. On s’attend à des matchs serrés. On a fait des erreurs. Il faut aller au filet, être plus dynamiques. Mais défensivement, on leur a donné trop d’occasions. »

Et maintenant… Cole Caufield ?

On ne sait trop si Jonathan Drouin se sentira mieux ce samedi, pour ce deuxième match en deux soirs du Canadien à Calgary. Mais s’il ne se sent pas mieux, est-ce que ça voudra dire que Cole Caufield pourra, enfin, obtenir une place dans la formation ? Pas si vite. Selon le site spécialisé CapFriendly, le Canadien pourrait rappeler un autre attaquant d’urgence, mais pour des raisons liées au plafond salarial, le club devrait remplacer le salaire de Cayden Primeau par celui de Charlie Lindgren, de sorte que c’est ce dernier qui serait alors l’un des deux gardiens. Si ça a l’air compliqué, c’est parce que ça l’est…