Shea Weber n’a jamais aimé parler de lui-même. Donnons-lui ce qui lui revient : quand ça va bien comme quand ça va mal, il esquive les questions sur ses performances individuelles.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Prenez l’été dernier, quand le Canadien a éliminé les Penguins, notamment grâce au brio de Weber et de Ben Chiarot. Après le match décisif, Weber se fait demander comment lui et Chiarot s’y sont pris pour neutraliser l’attaque de Pittsburgh. Réponse : « C’est du travail en unité de cinq. »

Des exemples du genre, il en pleut, si bien qu’au fil du temps, quand Weber connaît de bonnes séquences, les journalistes préfèrent généralement poser les questions à ses coéquipiers.

Cela dit, quand un joueur a des difficultés, il importe aussi de lui poser les questions directement ! Certains s’ouvriront sur leurs propres problèmes, comme le font Brendan Gallagher et Jonathan Drouin, comme le faisait l’ancien capitaine Max Pacioretty à une autre époque.

D’autres se refermeront. Weber appartient à la seconde catégorie. Ce qui ne fait pas de Pacioretty un meilleur capitaine. Le travail devant les micros n’est qu’une partie de leur tâche de meneur.

Invité deux ou trois fois à parler de ses performances individuelles, après l’entraînement de mardi, Weber a esquivé les questions et a parlé du jeu collectif. Relancé une dernière fois, Weber a répondu ne pas « avoir besoin de le faire ». « C’est un sport d’équipe, non ? », a-t-il ajouté.

Dominique Ducharme, lui, s’est porté à la défense de son capitaine. Il a d’abord rappelé que Weber avait changé de partenaire, mais précisons que depuis trois matchs, il est de retour avec Chiarot – son complice depuis longtemps.

« On traverse de l’adversité. Il fait tellement de choses qui sont positives. On peut s’attarder à quelques jeux, mais en général, on veut que tous nos joueurs soient à leur plein potentiel. On se concentre là-dessus d’ici la fin de la saison, que tout le monde monte son jeu, joue du hockey des séries. »

Défenseurs en panne

S’il est tant question de Weber, c’est qu’à 35 ans, il n’affiche pas son aplomb des beaux jours.

Défensivement, sa gestion de la rondelle a donné lieu à des erreurs inhabituelles de sa part, et le voici à - 6 à ses sept derniers matchs. Dans deux matchs la semaine dernière, Ducharme lui a même préféré le duo de Jeff Petry et Joel Edmundson pour affronter les premiers trios adverses.

Offensivement aussi, il fonctionne au ralenti, lui qui est maintenant à 18 matchs de suite sans avoir marqué. Il a obtenu sept mentions d’aide au cours de cette période.

Cela dit, l’incapacité des défenseurs à marquer des buts est généralisée chez le Canadien. Dans les 15 derniers matchs, les arrières du Tricolore ont marqué seulement deux buts : Edmundson, le 20 mars, et Brett Kulak, le 14 avril. Petry, le moteur de l’attaque en première moitié de saison, est sans but à ses 16 derniers duels.

C’est un net contraste par rapport à ce qu’on voyait plus tôt cette saison.

Buts des défenseurs du Canadien

Après 10 matchs : 10 buts sur 44 (22,7 % des buts de l’équipe)

Après 28 matchs (moitié de la saison) : 19 buts sur 90 (21,1 % des buts de l’équipe)

15 derniers matchs : 2 buts sur 35 (5,7 % des buts de l’équipe)

Weber s’est contenté de parler du jeu « qui se resserre ». Drouin a quant à lui montré du doigt le groupe d’attaquants – dont il fait partie.

« On ne peut pas mettre la faute sur les défenseurs. Les attaquants, on ne sort pas de la zone ensemble à cinq gars, a expliqué le Québécois. En début de saison, c’est vrai que les défenseurs appuyaient plus l’attaque, mais on jouait plus en groupe de cinq. C’était plus facile pour eux d’appuyer l’attaque. »

Voilà pour la partie à l’origine des attaques. Et pour la finition, tournons-nous vers Ducharme. L’entraîneur-chef parle ici de Weber, mais le reste de sa réponse s’applique à l’ensemble de ses défenseurs.

« Quand il est en position de tirer, les équipes le voient venir, elles vont le couvrir, elles vont tricher vers lui, a rappelé Ducharme. Mais ça fait partie de ce qu’on veut créer offensivement, avoir du trafic, mais aussi avoir des joueurs qui arrivent sur le poteau opposé, qui sont dans l’enclave avec le bâton sur la glace. »

Présence au filet

Le commentaire de Ducharme est intéressant parce qu’il décrit parfaitement un des cinq buts de Weber cette saison.

C’était le 23 février à Ottawa. Weber tente un tir de routine vers le filet. Corey Perry se poste justement près du poteau opposé, forçant Nikita Zaitsev à le couvrir. Que se passe-t-il ? La rondelle dévie… sur le patin de Zaitsev !

Sans Gallagher, le Tricolore est privé de son meilleur joueur près de la peinture bleue. « Gally, ce n’est pas compliqué, a rappelé Drouin. C’est d’amener des rondelles et du monde au filet. En ce moment, quand le défenseur tire, il n’y a personne au filet. Moi aussi, je dois me trouver une place au filet. »

Drouin s’est donc inclus dans le problème, et son entraîneur l’a également souligné.

« C’est quelque chose que Jo doit faire plus. J’ai des séquences en tête où il a eu des chances au filet qui n’ont pas fonctionné, où la rondelle n’est pas venue ou le bond est sorti du mauvais côté.

« Mais il faut se donner plus de chances à cet endroit-là. À ce temps-ci de l’année, beaucoup de buts vont se marquer là. Ça vaut pour lui, ça vaut pour d’autres aussi. »

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, les clubs heureux non plus. Les questions de responsabilité devant les micros ont alimenté les discussions toute la journée mardi. Quand une équipe est sur la pente descendante comme l’est le Canadien depuis quelques semaines, certains débats peuvent prendre des proportions étonnantes.

En bref

Drouin rétrogradé

Jonathan Drouin a été relégué au sein d’une unité avec Perry et Eric Staal. Ducharme ne numérote jamais ses trios, mais Staal est le centre le moins utilisé du Tricolore à forces égales dans les cinq derniers matchs. Drouin a rappelé qu’il jouerait avec « deux vétérans d’expérience, calmes, bons pour garder la rondelle ». Il ne s’est pas défilé non plus tout au long de sa période d’entrevue, répétant souvent qu’il devait lui-même se « salir le nez » davantage afin de mettre fin à sa séquence de 25 matchs sans but. À la toute fin, Drouin en a toutefois eu assez quand il s’est fait demander ce qu’il pouvait faire de plus. « Il y a une autre colonne à droite, si tu veux la regarder », faisant référence aux mentions d’aide, une catégorie qu’il mène chez le Canadien avec 21.

Une semaine sans Price

Carey Price ratera au moins une semaine d’action parce qu’il suit le protocole des commotions cérébrales, a indiqué Dominique Ducharme. Price a quitté le match de lundi après la première période. L’entraîneur-chef a répété, comme il l’a dit lundi soir, que sa blessure était survenue lors du contact avec Alex Chiasson, jeu sur lequel les Oilers ont marqué, avant que le but soit refusé en raison de ce contact. Jake Allen défendra le filet du CH ce mercredi, mais Cayden Primeau a de bonnes chances d’obtenir un des deux départs à Calgary, vendredi ou samedi, si on se fie aux propos de Ducharme.

Caufield : encore des complications…

Ducharme a ajouté que cette blessure compliquait davantage sa tâche pour rappeler, par exemple, Cole Caufield. Le rappel de Primeau, précisons-le, ne compte pas comme le quatrième et dernier auquel Montréal a droit cette saison, puisque c’est un rappel d’urgence dû à une blessure. Mais le CH était déjà serré sous le plafond, et le rappel de Primeau fait en sorte qu’un salaire s’ajoute dans l’équation. Le salaire de Price, lui, continue aussi à compter. La situation de Caufield a d’ailleurs pris une tournure inattendue mardi, quand on a appris que deux matchs du Rocket de Laval avaient été avancés à cette fin de semaine. Rappelons qu’une des raisons invoquées pour justifier la présence de Caufield dans l’équipe de réserve – même s’il ne joue pas – est qu’il raterait un seul match du Rocket. Il en ratera maintenant trois.

Un premier match pour Merrill ?

Jon Merrill a participé à un premier entraînement avec ses nouveaux coéquipiers. Il s’est exercé à la droite d’Alexander Romanov, excluant donc Brett Kulak des six premiers défenseurs. Ducharme n’a pas voulu confirmer que Merrill serait en uniforme ce mercredi, toujours contre les Oilers. Le défenseur acquis des Red Wings de Detroit participera à l’entraînement optionnel et une décision sera alors prise. L’autre nouvelle acquisition, Erik Gustafsson, finit sa quarantaine ce mercredi matin, mais ne jouera pas en soirée.