La dernière fois que Jack Campbell a perdu un match, il y avait des milliers de partisans dans l’aréna. Ceux-ci ne portaient pas de masque et avaient même eu le droit de souper ensemble avant d’aller assister à la partie.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Nous voici donc transportés, plus d’un an plus tard, à une époque où les joueurs doivent jouer devant des gradins vides. Et à un moment où Campbell semble invincible.

Contre le Canadien de Montréal, mercredi soir à Toronto, il tentera de battre le record des Maple Leafs du plus grand nombre de victoires consécutives pour un gardien de but. Lundi, à Calgary, il a égalé la marque de neuf gains, détenue conjointement par Félix Potvin, Jacques Plante et John Ross Roach.

S’il remporte cette dixième victoire, son nom figurera seul dans cette catégorie du volumineux livre d’histoire de son club. Et cela constituerait, à n’en point douter, un fait d’armes que personne n’aurait vraiment pu prédire.

Repêché au premier tour (11e au total) par les Stars de Dallas en 2010, Campbell était promis à un avenir florissant.

Double médaillé du Championnat mondial junior, il avait été sacré gardien par excellence du tournoi en 2011, et ce, même si la formation américaine avait dû se contenter du bronze.

Sa carrière professionnelle n’a toutefois jamais pris l’envol espéré, et ce n’est qu’en 2018-2019, alors qu’il faisait partie de l’organisation des Kings de Los Angeles, qu’il a réussi à décrocher un poste à temps plein dans la LNH – comme adjoint, toutefois.

Échangé aux Leafs la saison dernière, il a accompli du boulot honnête avec sa nouvelle équipe avant que la pandémie ne mette fin à la campagne.

Une victoire, puis une autre…

Les choses n’ont pas très bien commencé pour lui cette année, alors que deux blessures l’ont contraint à ne disputer que trois des 31 premiers matchs de son équipe. Il les a néanmoins remportés tous les trois.

Puis, au courant du mois de mars, Frederik Andersen est tombé au combat. Campbell a donc été appelé en renfort, signant d’abord une victoire. Puis une autre. Puis une autre.

Voilà maintenant qu’il montre une fiche de 9-0-0 au moment d’affronter le Canadien, avec à la clé des statistiques hors de ce monde : un taux d’arrêt de,944 et une moyenne de buts alloués de 1,53.

Ses performances sont évidemment tout sauf étrangères à la bonne posture des Maple Leafs au classement – 55 points, loin en tête de la division Nord. Et elles ne manquent pas d’alimenter les discussions à Toronto, à savoir si c’est lui, et non Andersen, qui devrait être l’homme de confiance de son club en vue des séries éliminatoires.

Les pro-Campbell arguent l’inconstance qu’a historiquement affichée Andersen depuis ses débuts dans la Ville-Reine. Les pro-Andersen répliquent que Campbell, à 29 ans, n’a que 65 départs derrière la cravate en carrière et que le charme peut se rompre à tout moment. À vous de choisir votre camp.

Dans tous les cas, son entraîneur Sheldon Keefe a exprimé le souhait, mercredi matin, que la possibilité que le gardien batte un record d’équipe devienne un « point de ralliement » pour ses coéquipiers.

« On n’en a pas vraiment parlé, mais les gars le savent et ils travaillent fort pour lui chaque soir », a dit Keefe en point de presse.

Depuis son arrivée à Toronto en mars 2020, celui qu’on surnomme « Soupy » (Campbell, la comprenez-vous ? ) traîne avec lui une énergie contagieuse qui n’a pas changé depuis qu’il se retrouve sous les projecteurs.

« C’est un gars que les joueurs aiment avoir dans leur entourage, a poursuivi Sheldon Keefe. Qu’il joue ou non, qu’il soit blessé ou en santé, on aime l’avoir dans le vestiaire. Il en fait un meilleur endroit où se trouver. »

On peut se douter que la célébration n’en sera que plus festive s’il décroche cette attendue 10e victoire de suite.

La rencontre entre le Canadien et les Maple Leafs, disputée au Scotiabank Arena, s’amorcera à 19 h 30.