Vous souvenez-vous du jeu des huit erreurs ?

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Un classique de l’édition papier de La Presse. Deux dessins, en apparence identiques, étaient publiés un au-dessus de l’autre. Le lecteur devait trouver les huit différences. C’était très subtil. Un sourcil qui se prolonge. Deux traits sur une colline, plutôt que trois. Pour œil de lynx seulement.

Le hockey international et celui de la LNH sont un peu comme ces deux dessins. En apparence, ils sont pareils. Pourtant, des dizaines de petits détails les différencient.

Des exemples ? Le trapèze derrière le filet. Les règles de contestation pour les entraîneurs. Dans les compétitions internationales, après un but, c’est l’arbitre qui met la rondelle en jeu. Dans la LNH, c’est un juge de ligne. Dans les tournois, l’entraîneur-chef du club local dispose de cinq secondes pour déléguer ses joueurs sur la glace. Dans la LNH, ce délai est de huit secondes.

Du tataouinage.

La Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) veut tout harmoniser. Pour faire simple, elle propose d’adopter les règles de la LNH, nous apprend le quotidien suisse Le Matin. Un vote auprès de ses membres sera tenu cet été. « Une formalité », assure une source au journaliste Emmanuel Favre.

Ma première réaction ?

Super ! Personne n’est contre la vertu, après tout.

Puis j’ai eu un doute. Car il existe une différence plus importante que les autres entre le hockey international et celui de la LNH.

Les bagarres.

PHOTO JEFF MCINTOSH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jujhar Khaira, des Oilers d’Edmonton, après une bagarre contre Brett Ritchie, des Flames de Calgary

Présentement, l’IIHF les interdit. C’est-à-dire que si un joueur se bat, il est expulsé de la rencontre et suspendu pour un match. C’est la règle en vigueur presque partout ailleurs qu’en Amérique du Nord. Dans un tournoi de cinq parties, c’est très dissuasif. Alors que dans la LNH, un combat n’est puni que cinq minutes.

Quelles sont les intentions de l’IIHF à cet égard ?

L’article du Matin ne le précise pas. Mais une source au courant des discussions a confirmé mes craintes. La Fédération veut calquer ses sanctions sur celles de la LNH. L’expulsion serait réservée à des cas exceptionnels. Genre une bagarre non consentante.

Une idée stupide. Navrante. Rétrograde.

Une proposition qui va à l’encontre de toutes les recommandations scientifiques pour réduire le nombre de coups à la tête et les commotions cérébrales.

Sérieusement : qui est pour ça ? Je veux dire, à part les hadrosaures qui encouragent aussi des adolescents à se battre à mains nues, sur patins, pour combler leur quota quotidien de violence ?

Quels ankylosaures réclament que nos jeunesses canadiennes et américaines puissent se faire justice, au Championnat du monde junior, et revenir au jeu cinq minutes plus tard ?

C’est honteux. Scandaleux. Totalement en contradiction avec l’esprit des Jeux olympiques, la compétition phare de l’IIHF. Permettez-moi de citer quelques extraits de la Charte olympique, qui définit les grandes lignes du mouvement olympique, dont l’IIHF fait partie.

« L’esprit olympique exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play. »

Bjorn, me comprends-tu si je veux en toute amitié t’étamper mon poing dans la face et t’envoyer aux soins intensifs ? C’est pour une bonne cause. Mon équipe perd 2-0. Ça renforcerait la solidarité dans le vestiaire.

« Le but de l’olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine. »

Evgeni, je te rassure. Mes intentions sont pacifiques. Si je te matraque de 20 coups à la tête en 30 secondes, c’est pour que la paix règne sur la glace, et que nous puissions ensuite jouer de façon harmonieuse jusqu’à la fin du match.

« L’olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. »

Klaus, t’avoir défiguré m’a procuré une grande joie. Car j’ai mis beaucoup d’effort dans chacun de mes coups. D’ailleurs, puis-je t’offrir ce vers de Baudelaire : « Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d’un art. » C’est beau, non ?

* * *

Depuis plus de 100 ans, l’IIHF est la bonne conscience du hockey. Celle qui punit plus sévèrement les bagarres que la LNH. Celle qui, dans ses championnats internationaux, propose un refuge sans violence aux meilleurs hockeyeurs de la planète.

Ce rôle, il lui va très bien. À elle de le protéger, et de ne pas céder à la tentation d’harmoniser sa politique de gestion des bagarres avec celle de la LNH.

Ce serait une erreur historique.