Qu’ont en commun Marie-Philip Poulin, Ann-Renée Desbiens, Lauriane Rougeau, Ann-Sophie Bettez et Mélodie Daoust ?

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Les cinq Québécoises du programme canadien féminin ont fait leurs études universitaires en anglais tout en jouant au hockey. Les deux dernières sont tout de même restées ici et ont étudié à McGill ; les trois autres se sont expatriées aux États-Unis.

« Et c’est correct aussi comme cheminement, je ne suis pas contre ! Je veux juste que les joueuses aient plus d’options si elles veulent faire leur éducation en français. »

Celui qui parle, c’est Julien BriseBois. Le directeur général du Lightning de Tampa Bay a bouclé la boucle. Son alma mater a annoncé lundi que BriseBois faisait un don de 75 000 $, somme versée spécifiquement au programme de hockey féminin des Carabins. BriseBois devient aussi membre du Club des Gouverneurs des Carabins.

« Au hockey féminin, tu as les différents programmes nationaux, de même que quelques ligues professionnelles. Le pipeline pour ces équipes, c’est le hockey universitaire, entre autres canadien, qui n’a rien à envier au hockey américain », a souligné BriseBois, en entrevue avec La Presse.

« Le cheminement d’une hockeyeuse au Québec, c’est incontournable de passer par le midget, le cégep et l’université, pour ensuite rêver au programme national ou aux ligues dites professionnelles », a souligné Danièle Sauvageau, directrice générale de l’équipe de hockey féminin des Carabins, en visioconférence.

« Garder nos étudiantes-athlètes ici au Canada, au Québec et à l’UdeM fait partie d’un investissement social. »

L’annonce est majeure, quand on sait à quel point les ressources sont limitées pour le programme de hockey féminin des Carabins. Manon Simard, directrice générale du CEPSUM et des Carabins, n’a pas voulu dire quel est son budget annuel, mais a donné un exemple bien concret. « Est-ce que les filles ont les meilleurs bâtons et ont droit d’en casser plus qu’un par match ? Non. Et Danièle cogne souvent à ma porte. »

C’est un montant qui, pour la LNH, ne semble pas gros, mais pour nous, c’est beaucoup. C’est la différence entre avoir un entraîneur-chef à temps plein et un à temps partiel. Ça permet d’avoir un entraîneur adjoint.

Danièle Sauvageau, directrice générale de l’équipe de hockey féminin des Carabins

Sauvageau donne l’exemple des différentes consultantes, par exemple Mélodie Daoust, qui donnent une quinzaine d’heures par semaine.

« On parle souvent de dons [en argent], mais plusieurs font un don de soi, un don de temps. Si on n’est pas capables de les compenser pour au moins ce que ça leur coûte de venir travailler, c’est de continuer à penser que le hockey féminin, ça ne vaut rien », a laissé tomber Sauvageau.

Là où tout a commencé

Une bonne partie du parcours de Julien BriseBois s’est dessiné quand il était étudiant en droit à l’Université de Montréal.

Ses études l’ont par la suite mené au hockey. Et son emploi de commis de plancher dans une pharmacie de Saint-Lambert lui a permis de rencontrer sa conjointe, qui était caissière. « Comme le slogan le dit, on trouve de tout chez Jean Coutu ! », lance-t-il en riant.

PHOTO COURTOISIE

L’album de la 120e promotion (1996-1999) de la faculté de droit de l’Université de Montréal

Sur les bancs d’école, l’idée de travailler dans la LNH, « ça ne m’est jamais passé par la tête ! » Il se voyait plutôt en droit fiscal. « Mais ce que j’aimais du droit fiscal, c’est du travail que les comptables font. Les avocats en droit fiscal rentrent dans le dossier quand il y a un différend avec l’État », explique-t-il.

Ce qu’il ne savait pas au début de son stage chez Heenan Blaikie.

« À ma première journée, j’ai rencontré l’associé, je lui ai expliqué que je voulais faire du droit fiscal. Il m’a répondu que je ne voulais pas faire de droit fiscal ! Je lui ai répliqué que je voulais vraiment en faire. Finalement, il m’a donné un dossier et m’a donné une semaine pour trouver la réponse. Le lundi suivant, je lui ai donné sa réponse et je lui ai dit : ‟Vous aviez raison, je ne veux pas faire de droit fiscal !” »

Son bureau souhaitait alors développer le droit du sport et cherchait un jeune avocat bilingue. BriseBois avait le profil recherché, et de fil en aiguille, il a gravi les échelons, des Bulldogs de Hamilton au Lightning. Son nom est gravé sur la Coupe Stanley depuis quelques mois.

Ce qu’il retient de ses études en droit ? « Ça te donne des repères, ça te montre où trouver des réponses, comment penser, ça te donne tes premières connaissances, assez pour ensuite faire le Barreau, puis travailler comme stagiaire ou jeune avocat. Mais comme dans bien des domaines, t’apprends beaucoup sur le tas ! »

BriseBois a appris au point où il gagne assez bien sa vie pour se permettre un don qui avoisine les six chiffres. Il souhaite que son initiative fasse des petits.

« La réalité est que les institutions francophones reçoivent moins de dons que les anglophones. Culturellement, c’est moins dans nos réflexes de redonner à l’alma mater. Regarde McGill, leurs niveaux de dons sont de plusieurs fois supérieurs à ceux de l’Université de Montréal. Dans les ‟prep schools” américaines, les investissements sont impressionnants.

« Je suis sûr que l’annonce d’aujourd’hui va inciter d’autres à le faire. Si on veut préserver la qualité de nos institutions et avoir des centres du savoir de renommée internationale, il faut qu’on s’investisse. Il faut que les diplômés redonnent pour lutter à armes égales. »