Il y a un an, aujourd’hui, la LNH annonçait une pause en raison de la pandémie.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

La veille, le Canadien venait de subir une autre défaite, contre Nashville. Avec 11 matchs à disputer, l’équipe se retrouvait à 10 points d’une place en séries éliminatoires.

Outre la perspective de remporter la loterie du repêchage et mettre la main sur Alexis Lafrenière, les sources d’espoir étaient minces à Montréal pour plusieurs fans de l’équipe.

Nick Suzuki montrait de belles promesses, mais il venait de frapper le mur. Le jeune homme avait obtenu un seul point à ses neuf derniers matchs.

Jesperi Kotkaniemi avait été renvoyé à Laval quelques semaines plus tôt, avec seulement 8 points en 36 matchs à sa fiche. Il avait montré de belles choses dans la Ligue américaine, au contact de Joël Bouchard et d’Alexandre Burrows, avant de subir une grave blessure à la rate. Il était en convalescence chez lui en Finlande et bien loin dans l’esprit des fans.

On évoquait l’arrivée éventuelle du jeune défenseur Alexander Romanov, mais allait-il signer éventuellement un contrat à Montréal ? Allait-il être aussi bon qu’on l’annonçait ?

Cole Caufield venait de connaître une première saison intéressante au Wisconsin, avec 36 points en autant de rencontres, mais il avait été presque invisible au Championnat mondial junior.

En raison des blessures, Claude Julien avait été forcé de remanier ses trios avec les moyens du bord. Suzuki jouait avec Artturi Lehkonen et Jordan Weal, Max Domi au centre de Charles Hudon et Brendan Gallagher, Phillip Danault avec Paul Byron et Joel Armia. Jake Evans avait obtenu une promotion et jouait au sein du quatrième trio avec Lukas Vejdemo et Dale Weise et espérait demeurer dans la formation au retour de Tomas Tatar et Jonathan Drouin.

La formation du Canadien il y a un an

Lehkonen-Suzuki-Weal
Hudon-Domi-Gallagher
Byron-Danault-Armia
Vejdemo-Evans-Weise
(Drouin, Tatar blessés)

Chiarot-Weber
Kulak-Petry
Ouellet-Folin
(Mete blessé)

Price
Lindgren

L’entraîneur-chef Claude Julien avait admis être en mode d’évaluation. « Avec la situation dans laquelle nous nous retrouvons maintenant, je n’hésite pas à employer certains joueurs. Si nous étions dans une course ou en position pour participer aux séries, j’hésiterais un peu. Il faut ajuster les priorités. Présentement, les priorités sont d’évaluer et de donner la chance à certains joueurs de se développer. »

La pandémie mondiale a stoppé la saison et évité au Canadien un bilan douloureux. La nouvelle formule des séries éliminatoires, lors du retour au jeu à l’été, allait permettre au Canadien et aux Blackhawks de Chicago d’entrer en séries par la porte de derrière. Les deux allaient en profiter…

On a confirmé des choses importantes dans ces séries. Kotkaniemi s’est non seulement présenté guéri, mais plus solide et confiant. Suzuki a assuré son rôle de centre numéro un. On a pu ainsi confirmer que l’avenir ne passait pas par Domi, un joueur trop peu fiable et trop faible au plan de la compréhension du jeu collectif.

Plusieurs espéraient une défaite aux mains des Penguins en ronde préliminaire de façon à participer à la « loterie Lafrenière ».

En battant Pittsburgh, le Canadien s’est éliminé de la loterie et de la chance de repêcher parmi les huit premiers. Mais il s’est bâti une nouvelle confiance et les jeunes centres Kotkaniemi et Suzuki ont fait des pas de géant.

PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jesperi Kotkaniemi (15) lors de la série contre les Penguins de Pittsburgh, en août dernier.

En quelques mois, le CH est passé de club médiocre à équipe en ascension. Marc Bergevin a réussi un échange inespéré en refilant Domi à Columbus pour obtenir l’ailier de puissance Josh Anderson. Le gardien auxiliaire Jake Allen n’a pas coûté très cher puisque les Blues voulaient alléger leur masse salariale. Le défenseur Joel Edmundson et l’attaquant Tyler Toffoli ont vu le potentiel du club et accepté de déménager à Montréal.

Un an plus tard, le Canadien a une fiche de 12-7-7, au quatrième rang de la division canadienne, à trois points des Jets de Winnipeg et des Oilers d’Edmonton, avec deux matchs de plus à disputer que les Oilers. Les Flames sont à quatre points, mais ont joué un match de plus.

Dix joueurs en uniforme lors du dernier match de la saison régulière en 2020 n’étaient pas de la rencontre à Calgary jeudi. C’est presque la moitié de l’équipe. De ce nombre, cinq ne sont plus dans la LNH, deux dans l’escouade de remplaçants, après avoir tâté avec la Ligue américaine, un rayé de la formation (Lehkonen) et un échangé à Columbus.

Tout n’est pas parfait, évidemment, sans quoi Claude Julien n’aurait pas perdu son poste. Après un premier match plus difficile, Montréal a une fiche de 3-1-3 sous Dominique Ducharme. Il a marqué 21 buts et en a accordé 12.

Suzuki, 21 ans, et Kotkaniemi, 20 ans, sont désormais au centre de trios offensifs. La blessure à Ben Chiarot a précipité l’arrivée de Romanov, 21 ans, au sein de la première paire.

L’équipe possède beaucoup plus de profondeur qu’il y a un an lorsque Weal et Hudon jouaient au sein des deux premiers trios et que Ouellet et Folin formaient la troisième paire de défenseurs.

Il n’y a pas urgence à faire appel à des espoirs. Cole Caufield, 20 ans, a été sensationnel dans la NCAA avec 46 points, dont 25 buts, en 28 matchs. On peut se permettre le luxe de l’envoyer dans la Ligue américaine lorsqu’il aura signé son contrat.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Cole Caufield

Idem avec le défenseur gaucher Jordan Harris. Ce jeune homme de 20 ans, choix de troisième ronde en 2018, est encore méconnu à Montréal. Sa production est passée de 21 points en 33 matchs à 19 points en 18 rencontres à Northeastern. Il est de loin le meilleur joueur de cette équipe. Harris jouait aussi au sein de la première paire américaine (à droite) au Championnat mondial junior en 2020.

Même si le Canadien a reculé au 16e rang du repêchage, il a pu mettre la main sur un bon défenseur gaucher, Kaiden Guhle. Celui-ci a réussi à obtenir un poste au sein de l’équipe canadienne junior à seulement 18 ans et il a impressionné à ses quelques matchs dans la Ligue américaine cet hiver.

L’ailier droit Jesse Ylonen, 21 ans, n’est plus un obscur espoir finlandais. Son début de saison à Laval prouve qu’il s’adapte bien au style de jeu nord-américain. Il ne deviendra sans doute pas une grande vedette, mais on peut espérer une carrière intéressante dans la LNH de sa part.

Le gardien Cayden Primeau poursuit son apprentissage avec beaucoup d’aplomb. Il affiche une moyenne de buts alloués de 2,34 à Laval.

La banque d’espoirs est tellement pleine qu’on peut voir Ryan Poehling plafonner sans crier au meurtre. Les Jan Mysak, Luke Tuch, Mattias Norlinder, Sean Farrell, Jayden Struble, Josh Brook, Cale Fleury et compagnie peuvent continuer à se développer à leur rythme, ils ne sont pas attendus dans un avenir rapproché.

En bref, même si le CH devra continuer à se battre pour s’assurer une place en séries éliminatoires cette année, les choses ont changé pour le mieux à Montréal depuis un an.

La pandémie n’a pas seulement eu des effets négatifs…

À lire

1– L’entraîneur québécois de tennis Sylvain Bruneau a été le premier cas du variant britannique en Australie au début de l’année. Il se raconte à Frédérick Duchesneau.

2– Simon-Olivier Lorange a analysé le match de jeudi soir du Canadien à Calgary et il n’avait pas l’âme à la flagellation. Avec raison.

3– La ministre et ancienne championne de patinage sur courte piste, Isabelle Charest, sera l’objet d’un documentaire vendredi soir sur RDS.