Patrice Bernier a choisi de faire une croix sur sa carrière de hockeyeur lorsqu’il a été échangé des Foreurs de Val-d’Or aux Faucons de Sherbrooke, à sa deuxième saison dans la LHJMQ, en 1998.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le futur capitaine de l’Impact de Montréal s’est senti trahi et a eu du mal à composer avec ce départ forcé de cette équipe qui l’avait adopté, et forcé à se déraciner, un an plus tôt.

Il a terminé la saison à Sherbrooke, mais s’est ensuite tourné vers le soccer à temps plein en se joignant à l’équipe de l’Université de Syracuse, avant de signer son premier contrat professionnel avec l’Impact.

Son choix de carrière a été judicieux, en fin de compte. Il aurait eu à trimer dur dans les circuits professionnels mineurs avant d’espérer atteindre la LNH, tandis que le soccer l’a couvert de gloire et a défini son existence.

Patrice Bernier aurait sans doute néanmoins aimé avoir une oreille attentive du milieu du hockey junior pour mieux composer avec ses émotions à l’époque.

Le plus grand joueur de foot de l’histoire du Québec devait en outre vivre avec les aléas au quotidien d’un athlète noir dans le monde résolument blanc du hockey, à une époque un peu plus folklorique du hockey junior québécois.

L’aide à la portée des joueurs

Quand Natacha Llorens, directrice des services aux joueurs de la LHJMQ, lui a récemment passé un coup de fil afin de l’inviter à former un comité de sept membres pour mettre à jour et améliorer le programme d’aide aux joueurs, Bernier a accepté d’emblée.

« À l’époque où je jouais dans la LHJMQ, il se disait des choses qui n’étaient pas acceptables, confie-t-il au téléphone. On ne tolère plus ça aujourd’hui ; dans la façon de parler aux joueurs, de soutenir les joueurs. On n’en connaissait pas autant, dans le passé. On veut démontrer aux joueurs que l’aide sous toutes ses formes est à leur portée. »

Parmi les autres membres de ce comité des « sages » figurent François Bernier, policier à la retraite du Service de police de la Ville de Montréal, personne-ressource pour l’Armada de Blainville-Boisbriand ; François Boisvert, éducateur spécialisé à la Clinique Syna-Psy, personne-ressource pour les Cataractes de Shawinigan ; Sylvain Croteau, directeur général de Sport’Aide ; Simon Gagné, ancien joueur de la LHJMQ et avocat chez Lavery Avocats ; Sylvain Guimond, psychologue sportif, conférencier et auteur de plusieurs livres ; et Isabelle Leclaire, responsable sport d’excellence, entraîneuse-chef de hockey féminin chez les Carabins de l’Université de Montréal.

« Il y a des moments où il y a eu des attaques, de l’abus, quand je jouais, poursuit Patrice Bernier. Si j’avais su qu’il y avait des personnes-ressources que je pouvais approcher, ça m’aurait aidé. Et pas seulement sur le plan de la discrimination, mais pour composer avec le stress en général.

« On nous demande d’être prêts pour la LNH. On a beaucoup de choses à gérer. On a toujours mis l’accent sur l’aspect physique et technique du jeu. On oublie qu’il y a l’aspect psychologique pour non seulement aider le jeune, mais aussi maximiser ses performances. Ça reste de jeunes étudiants avec leurs angoisses et leurs doutes. »

L’aspect psychologique a trop souvent été oublié dans ce milieu. « Contrairement aux autres sports individuels comme le tennis ou le golf, où il y a des coachs de vie, des psychologues, ça a toujours été tabou dans le sport collectif. »

Il faut ouvrir les yeux et donner des outils à tout le monde, pas seulement les joueurs, mais les coachs, les parents, les dirigeants.

Patrice Bernier

Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, se réjouit de l’arrivée de Patrice Bernier, qui a quitté récemment son poste d’entraîneur adjoint du CF Montréal pour se consacrer davantage à sa famille et se joindre à l’équipe de TVA Sports.

« D’avoir une personne aussi crédible qui représente beaucoup pour l’ensemble du sport au Québec, c’est un gros plus, confie Gilles Courteau. Pour nous, ça fait aussi toujours plaisir d’avoir la chance, comme ligue, de ramener un ancien joueur dans nos rangs, peu importe le poste. 

« C’est un gars qui a un beau parcours dans le monde du soccer et de la LHJMQ, bref, un bel athlète professionnel. Je suis très content qu’il puisse partager son expérience à l’interne, mais aussi qu’il puisse témoigner de la progression qu’on a faite en termes d’encadrement de nos joueurs depuis ses années à Val-d’Or. Il va nous aider à déterminer comment on peut toujours être au maximum de ce qu’on peut faire pour soutenir nos joueurs, de différentes façons au fil de leurs années, sur la glace et en dehors. »

Patrice Bernier est heureux de constater que l’initiative de Gilles Courteau et de Natacha Llorens, dans cette ligue avant-gardiste à plusieurs égards au pays, permettra aux jeunes d’obtenir une aide qu’il n’a jamais pu recevoir.

« Le hockey semble avancer. Le programme d’aide, je réalise qu’on a vécu beaucoup de choses dans la dernière année. Il faut être plus présents et montrer aux jeunes que les outils sont là. »

Avec la collaboration d’Henri Ouellette-Vézina, La Presse